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Terre de femmes 9

Nuit d’encre

Le balancier du temps s’est déréglé
Rire
Mais qui va rire du charivari des tonnerres avariés
sous la sarabande
des pluies hystériques et la clownerie des vents aveugles?
Pillage des passions éparpillées dans le délire des maux sans âge
Liaisons fabuleuses entre l’or des éclairs
et l’opéra mensonger des orages

Pourtant j’entends une voix qui traverse le temps des ouragans
Voix de chemins neufs
Voix de clarté sauvage
Voix d’eaux vives et de sève ardente
Voix de mirages debout dans la confusion des averses
des éclats de rire des amours syncopées
et des désirs inassouvis
Il pleut des confettis de feux sonores dans la nuit d’encre

Demain les amants se réveilleront dans la plénitude
d’une aube nouvelle

Marie-Alice Théard
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Vilhelm Hammershoi

La maison qui penche

Peut-être que le titre, La maison de guingois, attirera un enfant curieux des mots. Mais ce qui est beaucoup plus certain est qu’il remarquera les illustrations et qu’il s’en délectera. Ce n’est pas tous les jours qu’on croise des personnages qui vivent dans une maison en forme de banane qui penche d’un côté et puis de l’autre, et qui ne devient stable qu’à certaines conditions.

Ce qui est sûr aussi est qu’ils retiendront le mot guingois. Et peut-être le fait qu’un certain équilibre est important pour ne pas basculer dans le vide ou perdre pied…

Un album signé Marc Mongeau à qui on doit aussi les illustrations des plus ludiques et très colorées. Et pour tout vous dire, un album qui m’a fait sourire de la première à la dernière ligne!

Le moulin en été

Je vous l’ai montré en automne et en hiver. Le voici donc sous le soleil d’été!

Le charme des pavots 1

Il y avait tant de pavots au Jardin botanique qu’il y aura deux billets sur le sujet!

Ce que mots vous inspirent 701

Tout ce que nous voyons n’est qu’une ombre projetée par les choses que nous ne voyons pas. (Martin Luther King)

*toile de Christoffel Bisschop

Terre de femmes 8

Affirmation

je ne suis pas un poète du dictionnaire
je ne suis pas un poète de tes marges de droite ou de gauche
je ne suis plus l’effigie à qui tu rendrais hommage
dans la collection soudaine de tes souvenirs retrouvés
parce qu’aujourd’hui le mutisme a bâillonné puis cloué
au pilori les oubliettes de la citadelle

je suis la vie que tu saisis à pleines mains
jour après jour nuit après nuit
cellule ouvrière machine indestructible
de la production régénérée
et ce verre béni que tu lèves à l’amitié
ce vin d’espérance dédié à toute la terre
je suis l’eau de l’avenir
sans laquelle tu n’existes pas
ton ombre et ta lumière
ta chance et ta gloire

je ne suis pas un poète de l’opportunité
ni ton mythe ni ta légende
je suis la vie tendue à portée de ta bouche
le soleil de la génération présente et future
le sujet troublant de tes méditations
car tu te demandes
d’où vient-elle
de qui naît-elle
quels accents attribuer à sa force
à ses dons à sa fraternité

je ne suis pas l’opiacé de tes insomnies
ni l’amertume de tes doutes
ni le rachat de ton passé
ni la récompense de ta sueur
je marche et je chante
je pleure je ris je t’attends
toi qui me cherches partout ou qui t’inventes
tant de bains d’érotisme de quoi meubler
ta frustration et tes misères dorées

je ne suis pas un poète figuré
je ne suis pas un poète-meuble
un figurant si peu devin que tu l’inscris
en lettres majuscules
au revers de tes illustrations et sur tes annonces
ni ton sens propre ni tes angles ni tes courbes
ni tes proportions de justice et de culpabilité
je ne suis pas l’envers du décor
ni ton mirage ni ton oasis

je suis la vie à laquelle tu t’accroches sans trop y croire
je suis cette cause venue du plus noir de tes origines
et qui te lie de toute éternité
à ta chaîne à ta beauté à ta vérité
à ta culture de titan libre souverain
d’être un homme projeté dans le temps
et qui s’avance
à la mesure de sa dimension et de sa dignité

Jacqueline Beaugé-Rosier
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Josep Guardiola i Bonet

Le génie du pousse-pousse

J’aime les beaux livres. J’aime aussi ceux dont il reste quelque chose la dernière page tournée. C’est pourquoi j’ai beaucoup aimé Le génie du pousse-pousse, raconté par Jean-Côme Noguès, enseignant à la retraite qui met à profit son temps libre pour le consacrer à l’écriture, et illustré par Anne Romby.

Agrémenté d’un lexique qui traduit en français les mots en chinois qui servent d’intercalaires et qui donnent le ton (pouvoir, souffle, doux, effort, chemin, etc.), ce conte qui se déroule en Chine met en scène Chen, un jeune garçon qui n’a pour tous biens qu’un pousse-pousse et un chapeau de paille desquels il se contente jusqu’à ce qu’il désire acquérir des objets plus somptueux. Mais rien ne se gagne en claquant des doigts et c’est ce que le jeune garçon apprendra en même temps qu’il découvrira la valeur de ce qui l’entoure et de ce auquel il tient, comme l’amitié.

Raconté avec finesse, avec une sagesse toute orientale, Le génie du pousse-pousse nous livre des illustrations si réussies qu’on peut rester longtemps à en admirer tous les détails tout en ne perdant pas de vue la mission que l’auteur s’est donnée de nous prouver que tout se gagne à la sueur de son front et pas autrement. Un livre pour qui aime les beaux livres. Les très beaux livres.

Les illustrations de Leandro

Les illustrations de Leandro Lamas m’ont tellement séduite que j’ai eu envie de partager avec vous quelques-unes des plus livresques afin de vous inviter à feuilleter ses carnets qu’il ne cesse de remplir depuis 2008.

Paradis montréalais

Montréal possède un endroit paradisiaque connu de nombre de gens, mais un paradis si étendu que même s’il y a foule à l’entrée, le lieu demeure paisible. Il s’agit, vous l’aurez compris, du Jardin botanique, où j’ai passé de longues heures il y a quinze jours afin de vous offrir pavots, campanules, pivoines et roses à profusion. Voici donc le premier de plusieurs billets mettant en vedette ce lieu que j’aime tant.

Ce que mots vous inspirent 700

Les vérités différentes en apparence sont comme d’innombrables feuilles qui paraissent différentes et qui sont sur le même arbre. (Gandhi)

*toile de Beverly Branch