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Les vers de Claude 4

la surface du poème
dépose un peu de buée
sur ta nuque
chaude

tous les bruits d’été
dans la rue font glisser
la mémoire
je ne vois par ma vitre
que l’écran
illisible du jour

Claude Latendresse, Un bruit sourd entre les choses

*choix de la lectrice signée Philipp Dott

faire comme si

faire comme si
se dire qu’on peut vivre sans
en fermant les yeux
pour ne pas mourir
davantage

(octobre 2011)

*toile d’Armand Schönberger

Le garçon en pyjama rayé

Le garçon en pyjama rayé est un des livres les plus bouleversants qu’il m’ait été donné de lire sur la Seconde guerre mondiale et sur l’amitié.

Bruno a neuf ans. Quand le récit débute, les siens sont en train de tout empaqueter. Une nouvelle vie les attend ailleurs qu’à Berlin, un lieu en pleine campagne, loin de ses amis, des marchands de légumes et de l’agitation du samedi. Un endroit dont il n’arrive pas à prononcer le nom et qu’il appelle Hoche-Vite. Un endroit où, de la fenêtre de sa chambre, on voit des gens au loin, sûrement de la même famille, puisqu’ils vivent ensemble et qu’ils sont tous habillés de la même manière.

Or, Bruno s’ennuie. Il voudrait bien trouver quelqu’un avec qui jouer, car ce n’est pas avec sa peste de sœur et ses poupées qu’il le fera. C’est ainsi qu’il va s’approcher des fils barbelés. C’est ainsi qu’il va faire la connaissance de Shmuel, un garçon de son âge, qui va peu à peu lui apprendre ce qui se passe de son côté de la clôture, car chaque fois qu’il ne pleuvra pas, les deux enfants se retrouveront. Pour parler. Pour comparer leurs vies.

Même si Bruno ne saisit pas toute l’horreur liée au camp où sont internés Shmuel et son père, ainsi que des milliers d’autres qui sont nés Juifs, il perçoit suffisamment d’éléments pour comprendre que son père — que le Fourreur a nommé directeur du camp — n’est peut-être pas la bonté incarnée, surtout quand il constate dans quel état de terreur celui-ci met son ami.

Parce que sa mère veut rentrer à Berlin, car elle ne supporte plus Hoche-Vite, Bruno devra faire ses adieux à Shmuel. Et parce qu’ils sont les meilleurs amis du monde, ils ne peuvent se quitter sans se serrer l’un contre l’autre, comme des frères. C’est pourquoi Bruno, pour passer inaperçu lorsqu’il se glissera sous les fils de la grille, enfile un pyjama rayé identique à celui de Shmuel.

Le reste ne se raconte pas. Des larmes vont couler sur les pages du livre.

Ce livre est aussi bouleversant que L’ami retrouvé.

Vous avez dit bleu?

Bleu comme Bruxelles? Bleu comme le bleu d’Armando? Bien entendu, puisque c’est lui qui a pris ces photos et de plus, à Bruxelles!

Ce que mots vous inspirent 517

Rien n’est plus vrai ni plus durable que la fragilité des sentiments, l’éphémère des émotions et les sensations fugitives. (Claude Roy)

*toile de Rein Dool

Ah le ciel…

Que racontera-t-il aujourd’hui?

Les vers de Claude 3

ce soir rien
ne ressemble à la vie
même ta lampe
allumée, et cette main
qui bouge

les mots tombent
dans ta gorge
comme des roches

déjà refermé
le poème s’ouvre encore
pour regarder mourir
l’émotion
de l’écrire

Claude Latendresse, Un bruit sourd entre les choses

*choix de la lectrice de Pierre Cornu

ma place

parfois le vent
pour toute caresse
pour faire illusion
me tirer de l’oubli
et feuilleter l’album
où tu t’étires
pour que je retrouve
ma place

(octobre 2011)

*toile de Pierre Poli

Oubliez-le

Oubliez-moi est un roman gentillet, sans grande envergure, pavé de bonnes intentions : celles avec lesquelles on ne fait pas nécessairement de la bonne littérature. Ceci dit, Oubliez-moi ne vous coûtera pas plus de deux heures de votre temps si vous n’avez rien d’autre à vous mettre sous la dent. À moins que vous ne soyez une ado attardée ou que vous ayez un faible pour les happy ends à la Danielle Steel, vous ne trouverez dans le roman de Stéphane Bern ni sujet exaltant ni écriture renversante.

Tant pis pour Noëlle, fortement inspirée par l’actrice Gisèle Pascal, qui s’est exilée en Grèce il y a 35 ans afin de se faire oublier, et qui pendant quelques semaines changera la vie de ceux à qui elle a loué sa maison, il ne restera rien des aventures rose bonbon qui nous sont racontées ici. Une seule chose à faire en ce qui concerne ce roman : l’oublier.