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Quelques poètes du XXe siècle 5

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La lectrice du peintre italien Eugenio Viti a ouvert le numéro d’avril-juin 1985 de la revue Poésie 1 au hasard. Parce qu’elle se dit que le hasard n’existe pas, que ce qui décidera de son choix ne sera ni plus ni moins que ce qui devait arriver, une forme de destin. Et c’est ainsi qu’elle a découvert Luc Decaunes et plus précisément ce poème :

Passage

Tu passais c’était comme au ciel
et sur les maisons les nuages
pour te regarder faisaient halte
au milieu d’un concert d’oiseaux

Tu passais oh le beau dimanche
les roses pâles sur l’autel
un bonheur allait apparaître
entre deux branches de lilas

Le temps de détourner la tête
de soupirer à demi-voix
le temps que batte la paupière
et déjà tu n’est plus là
(Luc Decaunes)

nuit d’encre

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de mes bras de silence
je caresserai ton regard

une nuit d’encre veillera
sur la lune qui nous étreint

(septembre 2010)

*toile de Marshall Goodman

Deux courtes nouvelles délicieuses

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C’est ce que propose Jean-François Delapré avec Catalène Rocca et L’homme au manteau de pluie, deux nouvelles mettant en scène des libraires et réunies dans un tout petit livre jaune qui se glisse facilement dans une enveloppe. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a franchi l’océan depuis Fontainebleau, accompagné d’un autre livre, introuvable ici, que Chantal a eu la gentillesse de me faire parvenir.

Et quel bijou que ce petit livre! Un véritable trésor! Catalène Rocca en quelques pages résume le travail d’un libraire qui s’acharne à tenter de trouver le livre d’un auteur inconnu tandis que L’homme au manteau de pluie met en scène le mystérieux client d’une librairie dont l’identité ne sera révélée qu’à la dernière page.

Une belle surprise que ce cadeau! Un véritable coup de foudre. Je ne remercierai jamais assez celle qui m’a offert ce livre que je risque d’offrir à mon tour à la moindre occasion!

Éliane

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Elle a regardé mon livre sans s’y attarder. Visiblement, il ne l’intéressait pas. Et puis, elle avait tellement de choses à raconter. C’est que ce matin-là Éliane allait chez le docteur et qu’il a fallu qu’elle m’explique ce qu’elle allait y faire en n’omettant aucun détail. Et pourtant, deux minutes avant qu’elle ne me fasse voir sa jambe pour m’expliquer son bobo, elle ne m’avait jamais vue. Or, il a suffi que sa maman dise que je travaille dans l’immeuble voisin de celui où est son bureau pour que tout soit réglé. Si je travaille dans la bâtisse rouge et si je connais son prénom, elle peut tout me raconter.

Je range mon livre dans mon sac tandis qu’Éliane saute sur place pour tenter de voir si l’autobus n’est pas loin. Puis le babil reprend de plus belle. J’avoue : elle est étourdissante. Mais aussi absolument craquante. Irrésistible.

Isabelle ose une réprimande mais Éliane fait la sourde. Ou plutôt, elle n’entend que sa voix à elle, celle qui chante un vieux rock des années 60 en agitant les bras et en lançant un pied vers la droite, l’autre vers la gauche. Décidément, je suis de plus en plus étourdie. Et même en faisant des efforts, je n’arrive pas à imaginer une scène plus paisible. Éliane est bien trop « grouillante » pour tourner sagement les pages d’un livre. Même s’il renferme des centaines d’illustrations.

Et comme si Isabelle lisait dans mes pensées, elle me dit :
« Heureusement que Josiane est tout le contraire de celle-ci. Tu me vois avec deux numéros comme ça? » Et on a ri toutes les trois.

*illustration de Lisa Adams

La suggestion du 2 septembre 2010

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Je me demande ce que penserait le poète John Keats (ici peint par William Hilton) s’il découvrait ce site lui est consacré…

Aimez-vous le chocolat?

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Moi, oui!!!!!!!!!!!! Et Armando le sait puisqu’il a pensé à moi en prenant cette photo!

Ce que mots vous inspirent 223

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Un silence peut être parfois le plus cruel des mensonges. (Robert Louis Stevenson)

*toile de Baastian de Wit

Et je m’envole à mon tour

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Je choisirais ce fauteuil. Celui de la chambre, aux premières heures du jour, alors que des chants d’oiseaux viennent troubler le silence. Pas longtemps. Le temps de quelques piaillements, de deux ou trois roucoulements, de nombreux cris, de quelques notes chantées à l’unisson et les voilà envolés.

Je regarde leurs ailes se déployer. Heureuse de ne pas connaître leur langage. Car leurs échanges pourraient me sembler aussi banals et sans intérêt que ceux entre collègues, voisins ou membres d’une même famille, si jamais je le connaissais.

Et tandis que le silence enveloppe à nouveau le jour qui se lève, je reprends le livre laissé là la veille. Et je m’envole à mon tour.

*toile de Myra Anderson

Quelques poètes du XXe siècle 4

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C’est la lectrice peinte par l’artiste Walt Kuhn qui ce soir intéressé au numéro d’avril-juin 1985 de la revue Poésie 1 consacré aux poètes du XXe siècle. Un numéro dont la lecture lui a donné l’occasion de faire connaissance avec quelques auteurs et parmi eux Alain Borne, auteur de l’extrait de ce soir :

La main touche une jupe

La main touche une jupe
muguets fanés, je me souviens,
tiède comme un début de peau,
un feu de sans brûle les os.

les joncs craquent sous le corps soupir,
et le miel bout dans l’œillet pourpre,
sur le brasier de myosotis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain,
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin.

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes,
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

José Eduardo Agualusa, retenez ce nom

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Voilà le troisième roman de l’écrivain angolais José Eduardo Agualusa que je lis. Et comme dans Le marchand de passés et dans Les femmes de mon père, il se révèle un remarquable conteur.

À partir d’un personnage fictif qui aurait disparu mystérieusement à Luanda en 1992, la poétesse Lidia do Carmo Ferreira, c’est l’histoire de l’indépendance de l’Angola (avant, pendant, après) qui nous est dévoilée grâce à des personnages que nous retrouvons aux différentes heures de ce combat. Des entrevues que Lidia aurait données au narrateur aux épisodes complexes à cause des différents mouvements politiques désirant chacun leur part du gâteau, le roman dépeint une lutte sans merci où nombreux sont ceux qui trouvent la mort, et cela non sans humour à cause des personnages colorés dont Agualusa parsème son récit.

Un roman sur une période tragique de l’histoire vue par un journaliste-narrateur qui ne néglige pas les notes en bas de page afin d’éclairer le lecteur. Un roman qui ne ferme pas les yeux sur la cruauté ni sur les trafics. Un roman qui, malgré son réalisme parfois cru, reste teinté de poésie parce qu’il donne voix aux poètes. Un grand roman qui est aussi « un moment historique qui appartient exemplairement à l’histoire de l’humanité, au même titre que La storia d’Elsa Morante », affirme le quatrième de couverture. Un roman exploré avec minutie par Dominique Aussenac dans un billet que je vous invite à lire ici.

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à me mettre sérieusement au portugais puisque seuls quatre de ses livres ont été traduits en français. Mais bonheur, il m’en reste encore un à me mettre sous la dent!