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Lettres à MD 17

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C’est étrange, pensant à vous, je pense à la neige et à la mort, je pense à la douleur, je pense aux cris de révolte, et à la plainte racinienne, mais aussi : je pense au nescafé, aux lits à faire, aux listes de courses, aux femmes et aux enfants, je cherche le mot juste, sans hiérarchie, sans poids ni mesure, comme je sais que vous le faisiez. Avec cet espoir fou dans la littérature, son mystère absolu et son pouvoir si profond.

(extrait d’une lettre de Geneviève Brisac, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Ben Scheele

Lettres à MD 16

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Vous avez tant donné de vous dans vos livres, vous vous êtes tant perdue dans l’écriture qu’il ne vous restait, certes, plus grand chose à emporter dans la mort. Mais qu’avez-vous trouvé – c’est la question que je vous pose et c’est pourquoi j’ose vous écrire aujourd’hui – qu’avez-vous trouvé au bout de cette longue, si longue quête jalonnée de moments de fulgurance où une sorte de magie, une alchimie, de vous seule connue, jaillie du fond des âges, vous poussait à vous emparer des mots, à les projeter l’un contre l’autre afin d’en faire jaillir l’invisible, le mystère d’un au-delà, une vérité : un sens. Vous qui êtes partie « dans le devenir du vent », avez-vous enfin obtenu la réponse?

(extrait d’une lettre de Françoise Faucher, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Milé Murtanovski

Lettres à MD 15

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Est-ce que quelque chose, est-ce que quelqu’un vous manque? Est-ce que vous ressentez le manque? Est-ce que vous ressentez quelque chose?
Et l’écriture? Parvenez-vous à vous passer de l’écriture? Qu’est-ce que ça veut dire avoir écrit, quand on n’est plus de ce monde? Là où vous êtes, est-ce que ça veut dire quelque chose l’écriture, les livres?

(extrait d’une lettre de Danielle Laurin, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Noel Hefele

Lettres à MD 14

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J’ai pris le train, j’ai vu la campagne défiler, j’ai dit adieu à Londres et je vous écris comme l’on se noie, sans cohérence, de façon désordonnée, avec des mots en vrac comme ces gestes qui provoqueront l’asphyxie, mais je m’en fiche, j’avais envie de vous parler, à vous, parce que quand je vous ai lue vous m’avez empêchée de mourir et j’ai cru que vous n’écriviez qu’à moi, à moi seule.

(extrait d’une lettre de Fanny Ardant, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de John Gilluly

Lettres à MD 13

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Combien de fois vous ai-je avoué que vous aviez apaisé chez moi l’angoisse d’écrire, le devoir obsessionnel de me fabriquer un lieu pour écrire, vous qui m’avez appris qu’on écrivait n’importe où, qu’un écrivain apportait avec lui ses mots et ses histoires, qu’il ne lui fallait pas attendre de pouvoir s’enfermer quelque part. Il n’y a pas d’excuse pour qui ne veut pas affronter ses œuvres, ses mots, ce qu’il se doit d’écrire. L’écrivain s’emporte, s’exalte et se doit à lui-même. Chère Marguerite, vous avez fait du monde, des villes où j’habite, ma table de travail, et je vous le redis encore, ce fut un bien grand cadeau.

(extrait d’une lettre d’Hugues Corriveau, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Roger Fry

La suggestion du 11 avril 2010

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La lectrice du graphiste et dessinateur Ernest Fiene est en manque de rouge, de bleu, de jaune et de vert… Heureusement, j’ai trouvé pour elle un endroit qui devrait beaucoup lui plaire!

Lettres à MD 12

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Chère Marguerite Duras,

On n’écrit ni pour soi ni pour les autres, mais pour attendrir un dieu, auquel on ne croit peut-être pas, en vue d’obtenir sa clémence, dont on ne saura que faire et que sans doute on ne mérite pas. C’est du moins ce que la faible clarté d’équinoxe de ce matin m’autorise à croire. Mars, chez nous, assemble traîtreusement la désespérance et l’espoir dans le cœur, comme vous savez le faire dans vos livres. Je les connais tous, les aime tous, suis lié à tous par cette attache immatérielle et solide qui réunit parfois mystérieusement l’auteur et son lecteur.

(extrait d’une lettre de Robert Lalonde, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile d’Antoinette Farrar Seymour

Lettres à MD 11

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Quand vous êtes morte, je me suis dit que c’était moche, que vous n’écririez plus, que désormais je ne pourrais plus attendre le prochain Duras, qui viendrait rejoindre les autres Duras sur ma table de chevet, toujours un Duras ancien ou nouveau dans le sac à main, racorni, taché de café peut-être.

(extrait d’une lettre de Paule Baillargeon, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de James Stuart Dowie

Lettres à MD 10

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Je ne sais définir ce qui me touche réellement dans vos livres : ces personnages féminins traversés du désir des autres, ces regards qui dévorent des corps, ces relations obsessionnelles, dévorantes et pourtant toujours à distance, cette quête perpétuelle de reconnaissance, de sens, de Dieu?
En fait, je ressens votre œuvre comme un fleuve que la marée fait vivre et respirer, et qui dépose sans cesse ses alluvions au pied des berges.

(extrait d’une lettre de Brigitte Haentjens, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Stefan Dimitrescu

Lettres à MD 9

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Je ne vous ai jamais rencontrée. À vrai dire, je n’aurais pas voulu voir voir en chair et en os, me rendre compte que vous étiez une femme bien réelle, la femme attachante et monstrueuse que vous avez été, semble-t-il, pour vos proches. Je vous voulais ainsi, Marguerite Duras, en dehors du temps et de l’espace. Sortie tout droit d’une hallucination.

(extrait d’une lettre de Louise Dupré, in Lettres à Marguerite Duras)

*toile de Richard Diggle