Malgré le froid qui est revenu après un weekend pascal on ne peut plus estival, les crocus ne se laissent pas intimider et commencent à garnir de plus en plus les parterres sur mon chemin!
Malgré le froid qui est revenu après un weekend pascal on ne peut plus estival, les crocus ne se laissent pas intimider et commencent à garnir de plus en plus les parterres sur mon chemin!
Installez-vous à votre aise. Le fauteuil peint pour vous par l’artiste Joan Griswold semble confortable et tout désigné pour lire le livre qui a été déposé par terre. Un livre qui réunit vos textes, ceux qui ont animé la toile du 4 avril, ainsi que la toile qui a été accrochée hier afin que vous la fassiez vivre elle aussi. Allez, installez-vous à votre aise!
La lectrice de l’artiste Blake Harrisson a pris son temps. Elle voulait retenir du recueil de René Daumal intitulé Le Contre-Ciel un texte qui la toucherait plus que tout autre. Le voici donc :
La pierre lucide
Océan, ô des pleurs et des maléfices, ah! qui dit : toujours?
et quelqu’un se tait,
et l’autre meurt blanc qui se croyait un fleuve
et moi je vais sur la lisière, et méchamment ah! qui dit : toujours?
mais moi de nier et renier
et l’un meurt bleu,
et l’autre à l’océan,
retourne et quelles plumes! ma vanité d’envol,
autour de mon cou qui est le vôtre
vu je ne sais dans quel miroir
ô mon amour-néant, le vôtre aussi (et la mer!) autour,
autour les cordes brûlent, autour de votre cou
et : ah! qui dit : toujours?
sans l’effroi de ce pendu bleu et blanc
oh! non jamais, et moi de dire : jamais,
jamais dans ce miroir,
miroir sans avenir.
Marguerite,
Vous êtes entrée un jour dans ma vie. Comme ça. Sans savoir ce que vous alliez provoquer. Et je l’ignorais aussi.
Je sais seulement qu’après quelques lignes mon regard avait changé et mes mots appris à se taire. Le temps que je reprenne pied. Que cesse le trouble de voir là étalé tout ce que n’écrirais jamais.
Aujourd’hui encore, alors que près de trente ans ont passé depuis vos premiers mots, vous lire me déboussole et m’empêche d’écrire. C’est pourquoi je vous lis rarement.
Mais j’ai besoin de vous savoir là. Sur cette affiche qui fait la promotion de ce roman paru en 1965, Les yeux bleus, cheveux noirs, où vous vous tenez à la fenêtre face à la mer, comme dans cette toile de Dali connue de tous que j’ai fait laminer et que je croise plusieurs fois par jours.
Parce qu’un jour vous avez écrit « L’écriture ne m’a jamais quittée. »
Et que c’est ce à quoi j’aspire.
Lali
La révolte, se révolter contre l’état des choses, c’est aussi assouvissant, aussi heureux que d’être amoureux, par exemple. Je ne fais pas de différence. C’est la même chose. Il est impossible d’aimer vraiment, par exemple, si on n’est pas capable de se révolter vraiment. Pour moi, c’est pareil. Donc, ce sont deux états que je dirai « heureux ». Il n’y a pas de désespoir là-dedans. Même si l’action révolutionnaire n’aboutit pas, elle est assouvissante par opposition à la soumission, à l’inertie…
(extrait d’un entretien entre Marguerite Duras et Jean Mascolo, son fils, retranscrit grâce aux soins de Jean-Marc Turine, in Lettres à Marguerite Duras)
*toile d’Enoch Wood Perry
Marguerite écrivait, faisait la cuisine, rôtissait des grains de café. Elle invitait à déjeuner ou dîner écrivains célèbres ou inconnus. Nous sortions le soir et allions au Tabou. Nous passions des heures au café de Flore…
Au centre du noyau, Marguerite : elle régnait sur nous; c’était la reine des abeilles.
(extrait d’une lettre d’Edgar Morin, in Lettres à Marguerite Duras)
*toile de Richard Nitsch
Voilà, ça fait dix ans que Duras est morte. Ça va mieux, si j’ose dire. Ça y est. J’ai passé un cap que l’on appelle le deuil. J’ai appris à vivre seul. Il m’a fallu tout ce temps.
Avant, je ne pouvais même pas prononcer son nom. J’avais comme une sorte de honte aussi à être désigné comme le type de Duras. Il n’y avait aucune histoire privée : elle a tout raconté dans ses livres.
(extrait d’un entretien accordé à Danielle Laurin par Yann Andréa, in Lettres in Marguerite Duras)
*toile d’Istvan Nagy
Chère Marguerite,
Tu me manques. Tes éclats de rire me manquent. Tes discussions sur Dieu, Racine, le bleu du ciel, me manquent. Tes avis passionnels sur la politique et le foot me manquent. Heureusement tes mots demeurent et je te relis souvent, en cachette, sans le dire à personne, comme un secret tissé entre nous.
(extrait d’une lettre de Laure Adler, in Lettres à Marguerite Duras)
*toile de Kyle McKenzie
Tu créais des malaises, des violences, mais aussi des moments de vie intense. Tu donnais à combattre et à admirer aussi. Combien de splendeurs m’as-tu appris à découvrir? La révélatrice en toi me manque.
Depuis que tu es partie, notre village de Neauphle-le-Château a perdu pour moi son attrait. Je n’y vais presque plus, je fuis la tristesse devant ta maison qui s’abîme.
En revanche, loin de Neauphle, ru es toujours proche. La question : « Que dirait-elle aujourd’hui? » me vient à chaque fois que je me pose à moi-même une question.
(extrait d’une lettre de Michèle Manceaux, in Lettres à Marguerite Duras)
*toile de Tom McEwan
Chère Marguerite Duras,
J’aime vous écrire, car il est toujours plus facile de s’adresser aux morts qu’aux vivants. Et pardonnez-moi cet emploi du mot « chère », vous que je n’ai pas connue. Les écrivains créent cette fausse intimité du partage. À eux d’en subir la douteuse familiarité. Un peu de votre être cohabite en moi. Ainsi survivent les œuvres de vérité, même travesties par les écrans du mensonge. Avez-vous voilé vos souvenirs par orgueil ou par courtoisie? La question flotte dans mon esprit, Mais qu’impotent les faits nus? La mythologie les transcende. Et que serait la littérature sans voile?
(extrait d’une lettre d’Odile Trembay, in Lettres à Marguerite Duras)
*toile de Ruth Jensen McGrath
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