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À la lumière du jour

lionel spani

Il n’y a rien que la lectrice de Lionel Spani préfère à la lumière du jour pour lire. C’est pour cette raison qu’elle s’est hâtée de tout faire, le rangement, les courses et cuisiner, pour que quand la lumière serait telle qu’elle l’aime, elle pourrait s’installer et lire ce livre acheté depuis quelques jours. Et lire tant que la lumière entrera dans la pièce.

D’autres peuvent lire sous l’éclairage d’une lampe ou d’une chandelle, mais pas elle. Il lui faut absolument la lumière du jour. La pénombre est faite pour rêver, pas pour lire, affirme-t-elle, en guise d’excuse, là où elle n’a pas à s’excuser.

La lectrice des cafés

elvira bach

Le samedi, beau temps ou pas, hiver comme été, la lectrice d’Elvira Bach sort chercher des journaux et des magazines qu’elle va lire dans un café. Rarement le même. C’est sa manière à elle de visiter Berlin que de lire ailleurs de chez elle. Elle a ainsi vu tous les quartiers, a goûté des cafés exceptionnels comme de beaucoup moins bons.

Elle aime aller constater la lenteur de la vie du samedi, le temps quasi suspendu, quand les gens ne sont pas à la course. Et du coin de l’œil, tandis qu’ils discutent, qu’ils mangent, qu’ils remplissent les cases blanches d’une grille de mots croisés, elle les regarde. Et ce qu’elle voit, ce qu’elle imagine, tandis qu’elle leur prêtes des vies hors de ces cafés, n’a peut-être rien à voir avec la réalité et est peut-être aux antipodes de celle-ci. Mais c’est son activité du samedi matin au même titre que l’arrêt pour acheter de quoi lire et le café commandé au comptoir. Le samedi, elle se fait son cinéma à partir d’un geste, d’un vêtement. Et quand tous les « personnages » du café ont été exploités, elle laisse là les journaux et rentre. Écrire.

Le désir du peintre

victor rousseau 2

Victor Rousseau a été l’un des sculpteurs wallons les plus importants de son époque et a laissé peu de dessins derrière lui au profit de sculptures et de bas-reliefs nombreux. Lui dont on disait qu’il sculptait avec grâce, délicatesse et sensualité les corps féminins, a, dans le trait pudique des lignes, peut-être dessiné – amoureusement – une lectrice plus impudique que toutes celles dont la nudité s’étale.

Dans l’épaule, dans la nuque, dans l’arrondi des fesses, il n’y a que désir. Il n’y a que le désir flagrant du peintre pour sa lectrice qu’il a dessinée comme il aurait caressé et étreint son corps.

Le reste de l’histoire n’appartient qu’à eux.

En écoutant Francis Poulenc

poulenc 2

Il y a du café et du chocolat noir. Et la musique de chambre de Poulenc. Et moi qui n’ai pas envie de dormir. Qui ai juste envie de me laisser emporter par les sonates, par le piano de Patrick Rogé et la flûte de Patrick Gallois.

Car j’aime le désordre de ces pièces qui, je ne sais pourquoi, m’aide à ordonner mes pensées et me pousse à écrire. J’aime ces envolée aux chutes qui désorientent. J’aime ce que cette musique suscite en moi d’histoires. À moins que ça ne soit parce que cette musique est accompagnée de café et de chocolat ?

Rien ne viendra la troubler

leduc

Des gens parlent-ils autour d’elle ? Ou alors est-elle dans le silence ? Cela n’a pas vraiment d’importance. La lectrice d’Ozias Leduc a fait abstraction de tout ce qui est autour d’elle pour se consacrer uniquement à son livre. Rien ne viendra perturber l’harmonie qu’elle a créée. Et quiconque la connaît sait cela. Et qui ne la connaît pas le sent. Peut-être confusément, mais il le sent.

Rien ne viendra troubler ce qui la lie au livre. Rien.

La lectrice de Gwen John

gwen john 1

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Deux fois, elle a peint sa lectrice dans une pose quasi identique. Deux fois, Gwen John s’est attardée à peindre à nouveau sa lectrice.

Était-ce de l’acharnement à trouver la perfection ? Était-ce un besoin de nuancer le tableau de départ ? Ou alors voulait-elle transmettre avec le plus de justesse possible le regard attentif de la lectrice sur son livre ?

Déjà ailleurs

isenberger

C’est toujours ainsi qu’il la trouvait. Allongée, avec un livre. Absorbée. Et comme il aurait voulu un jour réussir à ce que ses yeux se posent sur lui avec autant de passion qu’elle en avait quand ceux-ci se posaient sur les pages d’un livre.

Toujours il manquait un soupçon d’étincelle. Un rien. Mais juste assez pour qu’il ressente ce manque.

Pourtant, la lectrice d’Eric Isenberger s’abandonnait à lui. Pourtant, elle était entièrement à lui dans l’amour. Mais ce n’était pas assez. Il aurait voulu lui manquer dès qu’il franchissait la porte. Or, il savait que ce n’était pas le cas. Elle était déjà ailleurs, loin de lui, loin de leur récente étreinte, allongée, avec un livre.

Nuit complice

guillou-brennan

Elle n’a pas encore regardé dehors. À quoi bon savoir tout de suite si elle apportera un parapluie ou non, alors qu’il fait bon lire sous l’éclairage de la lampe du salon ? La lectrice de Chantal Guillou-Brennan jettera un œil par la fenêtre plus tard. Bien plus tard. Quand il fera suffisamment clair pour que le ciel puisse lui donner des indices. Pour l’heure, seuls lui suffisent les pages, les mots sur celles-ci. Pour l’heure, il n’y a que le livre qui compte. Tous les jours, elle a rendez-vous avec lui, alors que la nuit qui se termine se fait leur complice.

Quand quitter un livre est impossible

vilmos aba-novak

Elle est sortie du bain et s’est laissée sécher tout en continuant de lire. La lectrice de Vilmos Aba-Novak a été incapable d’abandonner là le livre. Si bien qu’elle a ajouté de l’eau chaude à plusieurs reprises avant de se décider à sortir de la baignoire. Et malgré le fait qu’elle avait bien l’intention de continuer sa lecture plus tard, quand sa toilette serait faite, quand elle serait habillée, il lui a été impossible de le faire. Et bien que sa peau soit maintenant bien sèche, elle ne fait que tourner les pages, avide. Comme si rien d’autre ne comptait.

Lire dans la neige

hendricksen

Combien de jours, de semaines, la lectrice de Ken Hendricksen lira-t-elle ainsi dehors, chaudement vêtue, alors que peu à peu la neige fondra pour laisser place au printemps, à ses bourgeons, aux crocus et aux tulipes ? Même si elle aime ces journées de fin d’hiver où il ne fait pas vraiment froid, pour s’adonner à son plaisir dehors, elle a hâte de pouvoir enlever quelques couches de vêtements et s’allonger à même la roche ou le gazon tandis qu’elle tourne les pages. Elle aime ce contact avec le sol quand elle lit et qui ne lui est pas totalement possible en hiver. Mais chaque chose en son temps. La lumière est si belle en hiver qu’elle ne peut pas faire d’ombre au printemps qui ne va plus tarder.