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Des lectrices du Nebraska

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Je passe des heures et des heures à les chercher sur la toile, des heures et des heures à lire sur elles alors qu’elles lisent tranquillement, comme celles de Linda Hotovy Welsch. Sans me lasser, constamment séduite. Comme je l’étais il y a un an alors que je tentais de me mettre au diapason côté chanson francophone.

Il me faut constamment découvrir, apprendre. Et depuis des mois, c’est la peinture qui me nourrit. Paradoxe puisque celles qui lisent sur les toiles s’alimentent essentiellement de mots, alors que je m’abreuve d’images, de couleurs pour jeter ici les phrases qu’elles m’inspirent. Paradoxe, vraiment ? Ou alors juste le constat qu’il s’agit là de deux formes d’art qui se répondent ?

Le premier café d’une lectrice

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Quand la lectrice d’Oszkar Nagy s’offre son premier café de la journée, il fait toujours encore un peu sombre.

Elle aime le boire à cette heure matinale où, encore engourdie de sommeil, il s’ajoute au plaisir de la lecture et de la lumière qui va doucement gagner la pièce. Et de toutes les tasses qu’elle pourra avaler en cours de journée, aucune n’aura le goût de la première. Aucune n’aura l’effet non plus. Aucune ne la réchauffera aussi bien. Je ne veux pas dire physiquement, mais émotionnellement, car ce premier café elle le prend toute seule, devant un livre et non pas avec des collègues. Il est savouré, dégusté. Et chaud, non pas tiédasse, comme ça arrive au bureau, alors qu’elle est constamment dérangée. Oui, ce café des petites heures est un de ces bonheurs essentiels de la vie.

La lectrice de Kroll

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Et dans des décors enchanteurs ou après l’amour, il la peignait. Et il aimait qu’elle lise pendant qu’il fixait sur la toile toute la sensualité qui émanait d’elle. Comme si le geste de tourner les pages lui conservait plus que tout autre activité cette sensualité. Et le bonheur était là, tout simple entre le peintre et la lectrice.

Et si je prête à Abraham Leon Kroll et à sa muse une liaison qui n’a peut-être pas eu lieu, peu importe. J’aime cette idée du peintre qui peint sa lectrice.

Dans un décor peint pour elle

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Il y a eu le décor et ensuite la lectrice. Ça ne peut qu’être ainsi que Leo Brooks a fait les choses. Et si ce n’est pas le cas, on a vraiment cette impression d’un décor bien léché dans lequel la lectrice est entrée comme elle serait entrée dans un livre. Pour s’y attarder, mais en sachant qu’elle franchira le décor installé pour elle, qu’elle n’est là que temporairement, en équilibre sur une roche dont on ne possède aucune assurance que ça en soit une.

La lectrice est entrée dans le décor du livre qu’elle lit. Ni plus, ni moins.

Nouveau projet

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Et si pour les prochaines années je me donnais comme projet de goûter un maximum de variétés de chocolats? Et pourquoi pas? Si le projet semble d’emblée fou et même très fou, il est bien entendu qu’il va m’emballer et que je vais m’y jeter à pieds joints. Il en est ainsi de tout ce que je fais. Pas de demi-mesure en amour, pas de demi-mesure dans ma passion pour écrire, pas de demi-mesure dans ma quête incessante de découvrir de nouvelles lectrices à partager. Alors, pourquoi pas aussi le chocolat? Surtout que la tablette savamment fourrée de pistaches n’est plus et que son goût qui persiste sur ma langue me donne le goût du chocolat à perpétué. Peut-être pas aussi quotidiemment que l’écriture, mais disons… régulièrement ?

La guitare de Pierre Bensusan

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Il y a des soirs où il me faut de la guitare, où il me faut entendre gratter. Il y a des soirs où l’album Intuite de Pierre Bensusan est exactement ce qu’il me faut. Pour l’originalité, pour la maîtrise, pour ce qui se dégage des compositions.

Et de toutes les pièce de cet album où l’artiste fait corps avec son instrument, où chaque pièce est le résultat d’une recherche, c’est « Bourrée voltige » que je préfère avec son clin d’œil à Jean-Sébastien Bach. Mais chacune des pièces possède sa propre couleur, sa chaleur.

Et ce que j’aime aussi chez Bensusan est qu’on n’entende pas juste les cordes, mais aussi le bois de la guitare, le corps à corps, la complicité. Un artiste à part que celui-ci. À écouter sans modération.

Lettre après lettre

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Elle aura beau relire lettre après lettre, elle ne trouvera pas la clé, elle ne connaîtra pas la véritable raison de sa disparition sinon celle qu’il lui aura donnée. Et la lectrice de Louise Jopling a beau savoir tout ça, a beau se le répéter, elle n’aura de cesse que quand elle aura relu une à une chacune des 200 lettres, le plus souvent courtes, griffonnées en vitesse, mais dont l’intensité est toujours là. Et c’est ce qu’elle fait, même si cela réveille en elle quelque chose qu’elle doit désormais taire et qui s’appelle le désir.

La lectrice aux lèvres tremblantes

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Tout n’est toujours que perception. Ceux et celles qui chercheront dans le visage de la lectrice de Philippe Visson à quoi elle peut bien penser ne percevront probablement pas la même chose. Et c’est ce qui est formidable avec la peinture. Elle est une porte ouverte à l’interprétation.

Et cette lectrice, que raconte-t-elle? Je l’imagine troublée par sa lecture. Je le vois à ses lèvres qui tremblent, à ses yeux qui se mouillent un peu, à son souffle qui se fait haletant. Je vais même jusqu’à imaginer un mouchoir plié ou roulé en boule dans les poches de la veste qu’elle porte.

Oui, j’imagine, je ne fais que ça, je ne sais faire que ça.

Pause brioches

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C’est un matin pour les brioches à la cannelle et aux raisins. C’est un matin pour un café très fort et très chaud. C’est un matin pour se faire plaisir au moment de la pause, surtout quand sortir de chez soi pour se rendre au bureau est une expédition tant le froid est vif et pénétrant. C’est un matin pour s’offrir une récompense et les brioches en constitueront l’essentiel. Ce ne sont sûrement pas les plus exquises que j’aie goûtées dans ma vie, mais elles ont ce matin tout ce qu’il faut pour que je sois heureuse et réchauffée.

La lectrice au pull rouge

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Il fait froid, trop froid. Encore une journée où il faut se couvrir de pulls.

Quel bonheur ce serait de n’en porter qu’un seul, comme la lectrice de Michele Ramirez. Quel bonheur encore plus grand ce serait de sortir en pull… Mais je viens de ce pays où l’hiver est long, où l’hiver est froid. Et ce jour plus que les précédents. Le genre de jour où on se demande ce qu’on fait dans un pays aussi froid.

Comme je serais bien avec un seul pull. Et sans bottes, sans manteau, sans foulard et tutti quanti. Je sais, je sais, ça viendra.