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Le droit à la lecture

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Il a fait, toute la journée, un temps pour lire. Enfin, il me semble que c’est l’expression consacrée pour parler des jours de pluie. Du moins, pour une grande partie des gens. Car toute température est bonne pour celui ou celle qui a envie de lire. La pluie torrentielle qui invite à rester chez soi, comme le plein soleil qui donne envie de chaise longue; la neige qui donne un éclairage à la chaise de lecture près de la fenêtre comme le vent qui fait se balancer le rideau du salon tandis que les pages des magazines volent toutes seules.

Non, il n’y a pas que la pluie qui invite à la lecture. Mais elle donne l’excuse de ne pas faire autre chose, comme du rangement et autres obligations domestiques, par manque de lumière adéquate. Je sais, je sais, ce sont des prétextes, mais s’il en faut à d’aucuns, à eux de les utiliser. Et si la pluie quasi continue du jour a permis à certains, comme la lectrice de Jules Pascin, de se la couler douce devant un livre, elle devient alors providentielle.

Alors, que souhaiter sinon que de bénéfiques jours de pluie occasionnels à ceux qui n’osent pas, par grand soleil, perdre leur temps ainsi ? Car il y en aura toujours pour dire que la lecture est une perte de temps. Jusqu’à ce qu’un jour – peut-être- ils se rendent compte de leur méprise. Mais je ne suis pas là pour juger, moi, la lectrice des beaux jours et des moins beaux. Juste pour revendiquer, comme toujours, le droit à lecture, partout et n’importe où, et par tous les temps.

Pas de regrets pour ma vie de libraire

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Jean me demandait il y a deux semaines si la vie de libraire me manquait. Et sans une seconde, j’ai affirmé que non et sincèrement, je ne mentais pas. Il est vrai qu’il a lui-même vécu avec une libraire qui n’a jamais pu se détacher du monde de la librairie, même après avoir vendu sa boutique. Mais elle n’avait peut-être pas une vie parallèle, comme j’en ai toujours eu une. Et c’est peut-être au bénéfice de cette autre vie que celle de libraire qui a été la mienne pendant un quart de siècle, que je ne range plus quotidiennement des livres sur les rayons ni ne rencontre des représentants ou forme du personnel. Une vie où les mots ont pris toute la place, où je tente de trouver le plus juste, celui qui fait sens dans le contexte, quatre jours durant, afin que les autres je puisse avoir une vie où je lis, où j’écris, où je découvre.

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Et je le redis pour Jean, dubitatif face à ma réponse : non, la vie de libraire ne me manque pas. Je suis heureuse de l’avoir vécue, mais ma vie est ailleurs… Et je puis désormais, sans avoir le cœur retourné en tous sens, entrer dans une librairie, faire le tour des nouveautés, regarder les titres en inventaire et commander un livre. Il m’arrive même, comme aujourd’hui avec Danielle, alors que nous étions aller chercher un livre qui va nous être utile au bureau, de replacer un ou deux livres qui avaient échappé à l’ordre alphabétique de la section poche. On ne se refait pas.

Et j’aime bien cette librairie que j’ai choisie. Une vraie de vraie librairie et à deux pas de chez moi. Une librairie vaste mais à l’échelle humaine, avec un personnel qui aime ce qu’il fait.

Où que je sois, dans n’importe quelle ville du monde, j’aimerai toujours entrer dans une libraire. Car bien avant qu’une en particulier ne devienne ma seconde demeure, je les aimais. Comme j’aime aussi celles de la peintre montréalaise Laurie Campbell qui donnent envie de franchir le seuil et de fouiner.

Une vraie librairie, pas ces self-services sans âme et interchangeables, invite à la prospection. On y entre sans savoir ce qu’on cherche et avec l’intime conviction de l’avoir trouvé. Et c’est ce plaisir-là que je retrouve, ce plaisir d’avant, venu de l’enfance et qui fait que non, décidément, cette vie ne me manque pas, même si je l’ai aimée.

Escapade gourmande en Montérégie

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C’est à Saint-Pie-de-Bagot que l’histoire débute, du moins deux histoires, celle de ma mère et celle du périple d’aujourd’hui. Car c’est là qu’est née ma grand-mère, et son père et sa mère avant elle, et peut-être la génération précédente, mais je ne connais pas tous ces détails. Et curieusement, maman n’avait jamais vu Saint-Pie; mon arrière-grand-mère, alors veuve avec trois jeunes enfants, a quitté son patelin pour aller apprendre le métier de modiste aux États-Unis avant de s’installer à Montréal. C’est donc moi qui ai emmené maman sur les traces de ses ancêtres et non pas ma grand-mère qui n’y est jamais retournée, n’y ayant plus de famille au village, celle-ci plutôt dispersée dans les villages des alentours.

L’église n’a pas bougé, c’est celle du siècle dernier, celle où Marthe, ma grand-mère a été baptisée et où elle a fait sa première communion. Et même si le village compte de nombreuses maisons au moins centenaires, celle-ci ne reconnaîtrait probablement que vaguement ce village qui s’est étendu et a fait place à de nombreuses entreprises agricoles.

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Mais elle aurait reconnu celui de Saint-Paul d’Abottsford, même si elle n’a pas eu l’occasion de voler au-dessus du mont Yamaska, comme j’ai pu le faire en deltaplane motorisé et atterrir dans un champ, il y a trois ans. Elle aurait reconnu la ferme de son cousin Marcel, voisine de celle des Guertin, qui se consacrent désormais, outre la culture des petits fruits, à la fabrication du vin.

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C’est d’ailleurs dans leur boutique Les artisans du terroir que le maître des lieux nous a accueillis et fait goûter aux diverses confitures, comme celle de poires à la vanille et celle de rhubarbe aux noix, à son chutney, à ses cornichons, à sa gelée de pommettes et à celle de piments rouges.

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Et c’est avec fierté que Réjean Guertin nous a fait déguster ses vins. Ils ont tous un petit quelque chose mais c’est pour une bouteille de Yamaskassis que j’ai craqué : du sirop de cassis qui a macéré dans le vin rouge. De quoi accompagner le fromage, les viandes bien assaisonnées et le gibier. Ma bouteille est déjà au frais et je me réjouis de la déguster.

Nous sommes sortis de chez les Guertin les bras chargés de bouteilles et de bocaux. Il y aura des repas bien arrosés et des déjeuners sucrés pour mes parents, je le sens. Et nous avons descendu le rang de la Montagne, jeté un œil à l’école de deltaplane et de parapente fondé par mon cousin Philippe qui s’est tué en plein vol il y a quelques années et qui, de nombreuses fois, a atterri dans le champ du cousin Marcel, qui était bien fier de dire que le petit gars qui vole, il est de la famille. Le temps de ramasser au village des pommes, des tomates, du miel, du pain de ménage et des glaïeuls et nous partions pour Rougemont.

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Destination la cidrerie Michel Jodoin pour une visite suivie d’une dégustation. Quel bonheur de se retrouver dans un endroit où l’accueil est si chaleureux, où ça sent bon la pomme et où on sent la passion du travail bien fait pour ceux qui ont choisi d’en vivre.

Et après une gorgée de mousseux rosé, de blanc mousseux sec, de liqueur à base de cidre, nous sommes repartis encore une fois les bras chargés et un peu grisés, et d’excellente humeur. Les petites routes nous attendaient : Marieville, Sainte-Madeleine, des champs de maïs et des vergers à perte de vue.

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À Saint-Damase, petite halte chez Damafro, question de se titiller les papilles devant le choix, d’hésiter longuement devant l’un ou l’autre et d’embarquer quelques fromages et du yogourt au café. Et nous avons repris la route, cette fois-là direction Montréal, le coffre de voiture chargé de provisions, la tête pleine d’images, et laissé derrière nous les villages de la Montérégie, jusqu’à une prochaine fois. Car il y en aura d’autres. Les victuailles ne durent qu’un temps.

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