Une librairie, même si plusieurs personnes en examinent la toute nouvelle vitrine, n’inspirera jamais autre chose que le silence ou un chuchotement de la part de ceux qui sont là. C’est pourquoi toutes les têtes se sont tournées vers celle qui, visiblement, n’avait pas conscience de l’endroit où elle hurlait, telle une enragée, dans le microphone de son téléphone cellulaire.
– Votre retard m’a fait perdre 5000 dollars!
– …
– Vous êtes une inconsciente. Ça n’a pas de sens de remettre vos textes 24 heures après la date prévue!
– …
– Et pour des raisons personnelles en plus. Vous me prenez pour qui? Comme si j’allais vous donner ma bénédiction alors que vous me faites perdre de l’argent?
– …
– Et vous avez perdu quoi, vous?
– …
– Un bébé? Vous en ferez un autre.
– …
– Encore des excuses pour vous défiler. Vous pensez que je vais croire ça, que ça vous a pris six ans pour tomber enceinte alors qu’il y a des tas de filles de 15 ans qui tombent enceintes la première fois qu’elles couchent avec un garçon? Vous me prenez vraiment pour une idiote.
– …
– Vous ne vous rendez vraiment pas compte de la situation! Vous n’êtes qu’une incompétente! Vous n’avez aucune conscience professionnelle! Vous…
Puis, plus rien. Visiblement, son interlocutrice avait raccroché. Tous, nous la regardions quand un homme s’est approché d’elle.
– Vous êtes toute une femme d’affaires! Puis-je avoir votre carte professionnelle?
– Vous êtes dans quel domaine?
– Les communications.
– Avec plaisir. Voici ma carte!
– Merci. Je vais m’empresser de faire circuler votre nom dans mes réseaux.
– Oh! c’est trop!
– Trop? J’espère juste que ce sera suffisant pour ruiner votre réputation.
Et l’homme a quitté la scène. Nous étions trop émus pour applaudir.
*toile de John Wheatley

4 réponses
Consternant. Où est passée la compassion…
J’ai souvent entendu dire que dans le monde des affaires on ne fait pas de sentiment. Une émouvante illustration.
Comme J’aimerais croire, Lali, qu’il ne s’agisse ici que d’une fiction.
C’est surement une fiction. Une histoire écrite par un esprit malveillant. Et je ne cherche même pas à m’intéresser à qui pourrait en être l’auteur. Je connais un peu le monde des hommes… faut de l’imagination pour écrire une histoire pareille.
T’inquiète donc pas Chantal.
Bisous
Une vraie scène de film! En quelques lignes tu as su créer une multitude d’émotions. Comme les spectateurs je suis bouche bée.
J’aurais bien aimer être présente et tenir la porte grande ouverte pour que sa sortie lui soit facilitée : dehors !