Et dans la nuit vacillante, à l’heure des tremblements du cœur quand on aime, la lectrice de Mary French a ouvert l’anthologie comme d’autres avant elle. Elle est allée de page en page, ses yeux se mouillant parfois, son rire éclatant dans la nuit d’autres fois. Et quand elle a lu ces vers d’Alain Grandbois, c’est là qu’elle a compris, ce sont les vers qu’elle espérait, qu’elle attendait.
Avec ta robe
Avec ta robe sur le rocher comme une aile blanche
Des gouttes au creux de ta main comme une blessure fraîche
Et toi riant la tête renversée comme un enfant seul
Avec tes pieds faibles et nus sur la dure force du rocher
Et tes bras qui t’entourent d’éclairs nonchalants
Et ton genou rond comme l’île de mon enfance
Avec tes jeunes seins qu’un chant muet soulève pour une vaine allégresse
Et les courbes de ton corps plongeant toutes vers ton frêle secret
Et ce pur mystère que ton sang guette pour des nuits futures
Ô toi pareille à un rêve déjà perdu
Ô toi pareille à une fiancée déjà morte
Ô toi mortel instant de l’éternel fleuve
Laisse-moi seulement fermer mes yeux
Laisse-moi seulement poser les paumes de mes mains sur mes paupières
Laisse-moi ne plus te voir
Pour ne pas voir dans l’épaisseur des ombres
Lentement s’entr’ouvrir et tourner
Les lourdes portes de l’oubli

Une réponse
Comme c’est beau…je comprends la jeune lectrice !