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Le poème de Jovette Bernier

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Sait-on quand on ouvre un livre qui regroupe plusieurs auteurs pourquoi l’un de ceux-ci nous touchera plus qu’un autre? Savait-elle, la lectrice de Gaston de La Touche que les vers de Jovette Bernier la bouleverseraient?

J’abdique tout

Je ne suis plus qu’un peu de chair qui souffre et saigne.
Je ne sais plus lutter, j’attends le dernier coup,
Le coup de grâce et de pitié que le sort daigne
Assener à ceux-là qui vont mourir debout.

J’abdique tout. J’ai cru que la cause était belle
Et mon être a donné un peu plus que sa part;
La mêlée était rude et mon amour rebelle,
Ma force m’a trahie et je l’ai su trop tard.

Je suis là, sans orgueil, sans rancœur et sans arme;
Mais l’espoir têtu reste en mon être sans foi,
Même si je n’ai plus cette pudeur des larmes
Qui fait qu’on a l’instinct de se cacher en soi.

La vie âpre, insensible, a vu ma plaie béante
Et tous les soubresauts qui ont tordu mon corps;
J’ai crispé mes doigts fous aux chairs indifférentes,
Mon amour résigné a pleuré vers la mort.

Qu’elle vienne, la mort, celle des amoureuses,
La mort qui vous étreint comme des bras d’amant,
Et qu’elle emporte ailleurs cette loque fiévreuse
Qu’est mon être vaincu, magnifique et sanglant.

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