La cicatrice
La blessure cicatrisée, on oublie la douleur.
[ Proverbe chinois ]
Combien de fois enlèveront-t-elles la gale alors que la cicatrice commence à se faire ? Combien de fois rendront-elle la plaie vive ? Combien de fois les lectrices de James Carroll Beckwith, alors qu’elles réussissaient à vivre à nouveau, vont-t-elles regarder derrière elles et relire ad nauseam des lettres? Combien de fois ? Autant de fois que nous le faisons tous, probablement. Souvent volontairement, surtout quand la douleur est omniprésente parce que récente. Puis de moins en moins consciemment, mais avec régularité, comme pour se prouver qu’on a vécu.
Elles n’en sont pas encore là. Que l’une soit assise dans ce jardin qui lui rappelle combien il avait hâte à l’été pour le partager avec elle ou que la nuit, l’autre sorte chacun des billets qu’il laissait traîner, elles ne font qu’attiser la douleur de l’absence. Et sûrement qu’elles le savent. Comme elles savent aussi que la mort leur a enlevé celui qu’elles aimaient et qu’il ne reste que des mots sur du papier pour leur rappeler qu’il les aimait.
Un jour, elles n’ouvriront plus la paie. La fiancée comme la sœur la laisseront se cicatriser. Et peut-être, oui, peut-être oublieront-elles la douleur.