Il m’arrive de me demander, quand je me retrouve une fois de plus à écrire à partir de toiles ou de sculptures, penchée sur mes papiers comme l’écrivaine de Ghislaine Howard ou devant mon écran, si ce n’est pas là l’aboutissement de quelque chose qui de tramait depuis des lunes. Depuis l’enfance, en fait, alors que mes parents nous emmenaient ma sœur et moi, quelques dimanches par année, dans des galeries d’art. Il me semble que déjà j’inventais des histoires en m’attardant sur des détails. La petite tache rouge là-bas, c’était un coquelicot, même dans un paysage enneigé. Le monsieur avec un chapeau revenait de voyage. La petite fille dans le champ n’était pas là par hasard : elle cherchait son chat. Et ainsi de suite.
Et je crois que ça n’a jamais arrêté. Chaque toile des nombreux musées visités me racontait une histoire sans que je ne l’écrive. Chaque sculpture me révélait l’insoupçonné. Et je vivais toutes ces aventures dans ma tête sans même penser que je pourrais les écrire.
La première fois où j’ai mêlé mots et arts a été pour un projet fou ou hautement ambitieux, comme on en a à 20 ans. Autant le cours sur François Villon et le prof qui le donnait étaient passionnants, autant je n’avais pas envie de m’attaquer à l’analyse littéraire d’un texte du poète. Plus je pensais à cette éventualité et moins j’avais envie de faire ce travail.
Quel hasard, quelle chance m’ont emmenée à découvrir chez Rodin matière à faire un travail de création plutôt qu’une analyse littéraire? De ce détail, je n’ai plus aucun souvenir.
Je sais seulement que de découvrir une sculpture de l’illustre Rodin intitulée Celle qui fut la belle heaumière a été le point tournant de l’aventure. Était-elle celle qui avait inspiré à Villon Les regrets de la belle heaumière? Peut-être. Mais l’idée était trop belle. Et j’avais un professeur pour qui le mot création avait un sens. Tant pis si je ne faisais pas comme mes confrères et consœurs. Ou tant mieux?
Je sais juste que j’ai mis en parallèle – et aussi en opposition – la sculpture et le poème abordant le personnage de la belle heaumière. Deux regards sur une même femme. Deux impressions. Ou plutôt trois, puisqu’à celles-ci s’ajoutait la mienne. Impressionniste. Volontairement non didactique, non axée sur l’art, non résolument littéraire. Une expérience dont j’ai tiré un grand bonheur. Lequel me revient en tête ce soir alors que je laisse mon imagination raconter quelques toiles. Parce que, je crois, et c’est là le plus important, j’aime le faire.

Une réponse
j’aime beaucoup ton texte Lali..moi aussi je me racontais des histoires devant les tableaux petite mais je ne savais pas forcémnent écrire ce que je ressentais..