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En vos mots 989

  

Pour ce nouvel En vos mots, je vous propose de faire vivre cette lectrice imaginée par l’illustratrice Lisa Masse, une artiste que j’ai découverte grâce à une carte postale envoyée par Anémone.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc amplement le temps d’examiner cette image sous tous les angles et de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier avant d’écrire quelques lignes. C’est avec plaisir, comme toujours, que nous vous lirons.

D’ici là, bon dimanche à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

2 réponses

  1. J’ai quelquefois mauvaise conscience à prendre un livre, et à m’allonger paresseusement sur le canapé ou sur le tapis. Cela signifie tant de tâches non accomplies, reportées et à l’abandon !
    J’aime particulièrement le tapis, à plat ventre, comme au temps de mon adolescence. Cette position presque à même le sol peut paraître inconfortable, et je dois avouer qu’elle est un tantinet à la dure . Mais outre mes jeunes années, elle me rappelle inévitablement quelque peu la plage. Et plus fortement encore l’herbe des jardins et des prés, où enfant j’observais l’herbe telle une forêt miniature, et les insectes s’y mouvant parfois maladroitement.
    Ce n’est donc que quand la lassitude m’enjoint de me reposer, que je me décide à rejoindre le plancher des vaches pour m’y étendre. Le chat m’y invite d’ailleurs très clairement, et se réjouit toujours de me voir baisser les armes devant un affairement qui le dépasse et qu’il ne comprend aucunement.
    Si vous tendez un peu l’oreille, vous n’entendrez d’ailleurs pas que son ronronnement, mais aussi le mien, plus discret et tout intérieur, quoique des plus intenses.

  2. Dans ces lieux où les enfants que la vie n’a pas choisis échouent, tout devient étouffant au point que l’enfance a peur d’exister.
    De nos jours, on dit les choses joliment en parlant de ces lieux. On les nomme des institutions pour enfants en situation de vulnérabilité. Que c’est joliment dit. Dickens n’a qu’à revoir sa copie.

    Et même si la mémoire est si souvent mensongère, je garde précieusement le souvenir de mon premier livre. Celui qui, en le lisant, a fait naître, au fond de moi, le goût de lire. L’irrésistible envie d’en ouvrir d’autres.

    On devait être dans la deuxième moitié des années 1960, aux portes de l’été, lorsqu’on échangeait les quatre murs sombres de l’orphelinat par les quatre murs d’une colonie de vacances.

    Le grand air n’appartenait qu’aux royaumes de nos rêves éphémères et sans ailes.

    La maîtresse nous regardait avec son sourire triste, qu’avec le recul je me demande s’il n’était pas dû au fait de regarder une classe d’enfants sans destin. Promis à un chemin parsemé d’échecs.
    Un jour, je ne me souviens plus pour quelle raison, elle m’a posé des questions sur moi. Peut-être a-t-elle été touchée par ma solitude. Quelques jours après, elle m’a fait cadeau d’un petit livre, prétendant qu’ à chaque fois que je le lirais, je serais moins seul.

    Et elle avait raison. C’est en lisant l’histoire d’un aviateur perdu dans le Sahara et d’un jeune garçon venu d’ailleurs qu’une fenêtre s’est ouverte vers le dehors. Je me souviens de l’ivresse d’une bouffée d’air nouveau caressant mon visage, comme un bonheur inattendu.

    Les années ayant fait leur œuvre, j’ai rangé dans l’étagère le petit précieux livre, pour m’offrir, de temps en temps, quelques lignes par gourmandise. Chaque fois, l’image de son sourire triste s’y promène dans le jardin intime de mes pensées.

    M’est revenu ce souvenir, il y a une poignée de jours, après avoir partagé quelques déchirements de l’enfance avec une presque-sœur, bibliophile dès sa naissance, et qui m’a appris que Le Petit Prince avait vu le jour en France, mais avait été conçu au Québec, lors d’un séjour où Antoine de Saint-Exupéry, en 1942, fasciné par les paysages du Québec, et inspiré par les nombreuses maintes questions du petit Thomas, un blond espiègle, a dessiné dans son esprit les premières esquisses du Petit Prince.

    Il n’est pas souvent que, malgré ses turlupinades, la vie nous offre des moments d’une émotion rare. Lorsque je l’ai quittée, dans mon esprit m’est venu le souvenir de l’orphelinat. D’une solitude tourmentée. D’une professeure. D’un livre. Et de ces quelque mots échangés avec une presque-sœur.

    Et je me dis que ce sentiment inexplicable de me sentir heureux, lorsque je me promène dans les rues et les ruelles de Montréal, ne peut pas être tributaire du hasard. Sûrement pas.

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