Admin:
Archives:
mai 2026
D L M M J V S
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  
En vos mots 58

rodriguez-de-la-torre-jesus-3.jpg

Dans quelle ville est la lectrice de Jesus Rodriguez de la Torre? Que lit-elle ainsi dans le flou du jour qui se lève? À vous de le dire, en vos mots, comme chaque dimanche. Pour que la toile vive, pour que vos mots la racontent, pour que plus rien ne soit figé.

Nous lirons dimanche prochain ce qu’elle vous aura inspiré alors que je validerai les commentaires d’un bloc et que j’installerai une autre toile pour donner cours à votre imagination.

La catégorie En vos mots est à vous, juste à vous. Place à eux!

4 réponses

  1. Liza était une fille équilibrée et assez bien dans sa peau, malgré ses longues périodes d’ostracisme, comme si elle cherchait à se mettre hors du monde. Elle pouvait rester des journées entières silencieuse, presque irascible, ce qui laissait tous ses collègues et amis un peu perplexes, puisque d’habitude, elle était de nature communicative et joviale.

    Travaillant à ses côtés depuis quelques années, j’avais remarqué que cela lui arrivait à quelques périodes précises.

    Avant Noël, on sentait toujours chez elle une certaine angoisse et une grande fébrilité. Comme si cette période de l’année avait un effet inexpliqué sur son comportement et son caractère.

    Pourtant, je la savais mélomane et grande collectionneuse de chansons de Noël. Elle m’avait d’ailleurs confié dans une des nos nombreuses conversations, avec enthousiasme, qu’elle devait avoir au moins 200 disques de Noël.

    J’ai été étonné. Je ne savais pas qu’il pouvait avoir autant de disques de Noël, alors que j’avais l’impression d’écouter toujours les mêmes chansons, année après année.

    Et pourtant, elle parlait si bien de ses musiques. Que ce soit celles de Noël ou d’ailleurs. J’étais, à chaque fois, enchanté et ravi de découvrir des chanteurs et des chansons insoupçonnées pour le commun des mortels.

    Puis les anniversaires. Elle n’aimait pas trop les anniversaires. Elle participait aux frais, mais elle avait toujours une excuse de dernière minute. Il lui était même arrivé de ne pas venir travailler le jour de l’anniversaire de quelqu’un. Je la soupçonne d’avoir ainsi évité de participer à un de ces repas où je la savais mal à l’aise.

    Un après-midi alors que le système informatique était en panne, nous avons longtemps parlé de nous. C’est d’ailleurs la seule fois où elle s’est vraiment laissée aller. Probablement un jour d’envie de se glisser de l’autre côté du miroir où on n’a pas besoin de se forcer à être autre chose que ce qu’on est vraiment, sans faux semblants ou artifices. Comme si, pour quelques instants, elle avait eu besoin de poser son « sac » et de se vider un peu. Pour poursuivre son chemin un peu plus légère…

    Elle était comme on dit chez nous « la vertu », puisqu’elle était née entre son frère, âgé d’un an de plus et une sœur, âgée d’un an de moins.

    Leur mère les avait abandonnés dès leurs premiers jours, si bien qu’elle ne se souvenait même pas de son visage. Son frère avait été confié à la garde de son grand-père et sa sœur avait été placée dans un collège de bonnes sœurs. D’eux elle ne savait pas grand-chose. Et ce pas grand-chose ne la remplissait pas de bonheur.

    Pour ce qui était de son père, elle avait pour lui une certaine admiration, puisqu’il ne l’avait jamais laissée tomber, même si elle gardait en elle quelques douleurs à cause de son état de quasi perpétuelle ébriété qui lui causait honte et souffrance. Elle avair toujours conservé cette image d’un homme malheureux et amer. Violent parfois. Comme elle disait, c’était très lourd à porter.

    Je comprenais sa phobie des anniversaires, fêtes, Noëls. Tout ce qui pouvait la ramener à l’idée d’une famille qu’elle n’avait pas connue et sans doute tant désirée.

    L’idée qu’elle puisse me confier un secret si lourd me faisait me sentir un peu « son frère », tolérant et protecteur. Puis il faut dire qu’elle avait plein de bons côtés. D’ailleurs en avait-elle vraiment de mauvais?

    Je crois que non. Elle avait juste des souffrances. À fleur de peau. Des lambeaux d’enfance inachevée, avec lesquels elle avait appris à composer.

    Moi je savais quand les choses allaient « tourner ». Quand elle commençait « ses crises », elle avait l’habitude de me dire, comme pour se justifier, « tu sais je m’en fous… le pas d’amour je sais ce que c’est, alors… »

    Mais je sais qu’au fond d’elle-même elle ne s’en foutait pas tant que cela et qu’elle en souffrait énormément.

    Elle m’avait raconté que dans son enfance, on avait eu des mots assez crus pour elle et sur le fait que même sa maman n’avait pas voulu d’elle. Ça lui torpillait la tête, quelquefois. Je le sais. D’ailleurs, elle me disait en souriant : « tu sais, je suis mauvaise graine, ma mère a tout de suite compris… ». Je ne lui répondais jamais. Je sais que c’était la souffrance qui parlait à sa place.

    C’est justement quelques jours, à la vieille de son anniversaire, que je me suis aperçu des premiers signes de ce qui semblait être une nouvelle « crise ». Elle s’était isolée davantage. Était devenue plus silencieuse. Quand elle avait besoin d’expliquer telle ou telle chose, elle était assez brouillon et parlait comme si elle avait des spasmes nerveux dans la gorge. Par moments, on aurait pu croire qu’elle allait fondre en pleurs.

    Je la surveillais du coin de l’œil mais je ne lui adressais pas beaucoup la parole. Sauf pour des choses anodines. Je crois qu’elle appréciait en moi cette compréhension et cette acceptation de son intimité, puisque de temps à autre, elle me faisait l’amitié de m’offrir ce qui ressemblait assez fort à un sourire. Triste. Mais c’était un sourire.

    Ce jour-là, le soleil était un peu maussade, malgré que le calendrier indiquait que c’était un jour de printemps. J’avais acheté un ballotin de pralines et un joli bouquet de fleurs dans les tons d’orange et quelques branches de vert.

    J’ai regardé ma montré pour la quinzième fois au moins et malgré qu’elle indiquait 10 heures du matin, Liza, qui d’habitude n’arrivait jamais plus tard que huit heures et demie, n’était pas encore là. J’ai téléphoné chez elle et j’ai eu l’honneur d’écouter ce crétin de répondeur qui répétait depuis des années les mêmes sottises : « Bonjour, si vous voulez parler à Liza, elle n’est pas là, si vous ne voulez pas parler a Liza, vous avez fait un faux numéro… » Hilarant!

    J’ai décidé de remonter la rue et d’aller chez elle. J’étais inquiet. Comme un mauvais pressentiment. Dans de tels moments, tout me vient en tête. Surtout que je me disais qu’elle serait capable de mettre fin à ses jours. On ne sait jamais. Un moment où la souffrance déchire plus que d’habitude et où le cœur cherche le chemin de la paix intérieure. Oui, je sais. C’est idiot.

    Je remonte la rue à grandes enjambées, à bout de souffle, m’excusant auprès des passants que je bouscule. Soudain, je vois une silhouette. Seule. Sur le trottoir. Immobile. C’est Liza. Je suis soulagé.

    Je m’approche et je lui dis, comme si je la grondais : « M’enfin Liza, il fallait prévenir, bordel… tu m’as flanqué une de ces trouilles…  »

    C’est alors que je me suis aperçu qu’elle avait les larmes aux yeux. On s’est fixé un moment. Puis elle m’a souri. Et elle m’a tendu, sans un mot, la lettre qu’elle était en train de lire… Et j’ai vu ces quelques mots gravés sur le papier de médiocre qualité, par une écriture lourde et tremblante :

    « Ma très chère fille,
    Je ne voulais pas quitter ce monde sans que tu saches toute la vérité. Je ne t’ai jamais abandonnée. J’ai beaucoup souffert des coups que ton père me donnait et j’ai été chassée de la maison. Je ne savais pas quoi faire… Personne n’a voulu me recueillir et moi j’étais si jeune…
    … »

    J’avais du mal à poursuivre tellement j’étais ému. La gorge serrée et les yeux humides, je l’ai regardée.

    Elle me souriait.

    J’ai alors compris qu’elle venait de naître. Ces larmes étaient propres à tous ceux qui viennent de naître. J’aurais dû les reconnaitre.

    Elle a repris sa lettre. Puis elle m’a caressé la joue, m’a donné le bras et m’a dit avec son air moqueur : « Alors comme ça, tu t’inquiètes pour moi?… »

  2. CLAIR-OBSCUR À BEYROUTH

    La lumière s’éclate en torrent de verdure
    Et Beyrouth fulmine!
    Derrière la dame en noir fixée à sa lecture
    Beyrouth s’illumine!

    Mais la guerre de retour installe ses ténèbres,
    Beyrouth souffre à mort!
    Enveloppée du drapeau où domine le cèdre,
    Beyrouth saigne encore!

    Flairjoy

  3. Non, ce n’est pas possible. Il fallait que j’en aie le coeur net, se dit Jane.

    Hier, j’ai acheté le quotidien et un article a attiré mon regard. Le journaliste disait qu’une femme s’était perdu dans une ville inconnue ! Bizarre ! La jeune femme ne connaissait donc pas la ville ? elle aurait pu demander à un passant son chemin. Mais non. Elle ne pouvait pas, la ville était déserte. Aucune lumière aux fenêtres. Demain, je prendrai rendez-vous avec le journaliste.

    L’article disait aussi que dans certaines rues de cette ville troublante, il poussait des feuilles hautes, si hautes que cette jeune femme ne pouvait pas revenir sur ses pas. C’était impossible.
    Jane se dit que cela avait tout l’air d’un film.

    Mais cette personne… c’est moi, je suis en train de lire un article et je me sens mal à l’aise.
    Que se passe t-il ? Quelle est cette ville ? Oh, je crois voir une ombre, une personne sans doute ? Mais non. Rien à l’horizon.

    Je sens comme un petit vent derrière et un bruissement derrière moi et à ce moment là, Jane se réveilla en sursaut, en sueur. Elle venait de faire un rêve troublant en se voyant dans cette rue inhabitée.

    Ouf ! je suis dans mon lit et le vent que je sentais dans mon dos, c’est l’air qui passait au travers des voilages. Quant aux feuilles si hautes, c’est mon jardin. Hier, j’ai planté des tournesols et je me réjouissait de les voir pousser. Voilà d’où vient mon rêve. Enfin, si je peux aller cela un rêve.

    Mon beau rêve, est de voir pousser mes tournesols ! Ils sont si beaux, tournés vers le soleil que c’est un enchantement. Cela est la réalité.

  4. Les années de peste sont terminées, celles du moyen âge et des autres siècles.
    Les cadavres invisibles jonchent le sol et comme les feuilles font cortège à l’Avenir.
    Clio déroule notre Histoire et appelle les noms les uns après les autres : silence !
    En vain !
    Elle recommence. Silence…
    Mais soudain elle entend un murmure qui enfle : Arménie, Birmanie, Shoah, Darfour,Cambodge, Treblinka, Cuba…
    et elle crie : « Silence ! »
    En vain !
    Le murmure enfle et Clio avance, avance…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *