Valider vos textes, comme je viens de le faire pour ceux déposés sur la scène livresque de la semaine dernière, est un véritable moment de bonheur, je ne vous le dirai jamais assez. C’est le signe que vous êtes là, que vous vous êtes laissés prendre au jeu et que vous avez relevé le défi de faire vivre en vos mots un tableau, une sculpture ou une illustration portant sur la lecture et les livres.
C’est aussi un autre moment de bonheur que celui où je choisis la scène que je vous proposerai. Et peut-être en est-ce un autre pour vous quand elle vous est dévoilée chaque dimanche, à 8 h, heure de Montréal.
J’espère que ce sera le cas aujourd’hui et que cette toile peinte par Elsa Backund Celsing suscitera autant de textes que l’aquarelle de dimanche dernier, textes que je vous invite d’ailleurs à lire et à commenter.
Cette toile vous appartient. Elle prendra son envol grâce à vos mots, à votre regard, à votre imagination. Et, comme le veut l’habitude, aucun texte ne sera validé avant dimanche prochain.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

3 réponses
Oh! lire à trois, avait-elle dit,
Pleine d’espoir,
Quoique pas sûre de recueillir tous les suffrages.
Mais confiante.
Les deux autres s’étaient montrés d’accord.
Elle s’était installée au centre,
Avec le livre choisi en commun.
Chacun, chacune, y allait d’une observation
En fonction de ses préférences,
De ses connaissances, de sa spécialité.
Ou posait des questions
Sur les éléments qui manquaient,
Mettant en partage les qualifications
Et qualités complémentaires.
Parfois les passions se déchaînaient
Sur un même sujet.
L’une ou l’un parlait d’un thème
De façon tellement convaincante,
Que les deux autres étaient subjugués.
La lecture était combien plus riche,
Combien plus vivante, ensemble!
Souvent, ils riaient.
Et toujours régnait entre eux,
Magique autant qu’inexprimable,
Cette indicible complicité.
Cette surnaturelle grâce.
Et de plus il pleut !
Il fait sombre dans le jardin vide de tous rires qui hier le peuplaient.
Ainsi que dans mon esprit d’ailleurs, qui hier encore était aux anges.
Et je n’ose l’avouer, et dans mon cœur aussi.
Hier, la vieille Maison était en Fête.
Tout son petit monde était là, sous ses ailes maternelles, qui s’ouvraient toutes grandes, comme autrefois, pour les protéger.
Elle en gloussait, à qui savait l’entendre, la Vieille Maison.
Tous ces petits qu’elle avait vu venir au monde, tous ces biberons, qui les uns après les autres avaient fait de petits écoliers ou écolières.
Puis des Mamans relisant pour la ixième fois aux petits enfants les livres de leur jeunesse à elles lorsqu’elles étaient petites.
Tous ces petits qu’elle avait vus grandir sous sa protection Vieile Maison, puis fleurir
Le vent les éparpillant chacun leur tour, vers d’autres bonheurs.
Oubliées ces chansons qui faisaient rire toutes mes marmailles, comme « La Souris verte» et bien d’autres comptines.
Chaque évasion était remplacée par quelques touches de silence, jusqu’au jour où le Silence avait tout envahi.
Le moindre recoin, jardin, chambres d’enfants, même le grenier où ils aimaient se cacher pour faire des bêtises ou lire quelques vieux bouquins, bibliothèque verte ou rose.
Plus de « Souris Verte », que quelques souris grises et moi broyant quelques noirs cafardeux, malgré toutes les teintes que pouvait contenir ma palette.
Oh ! Je colorais bien quelques toiles.
Mais au fond de mon cœur toutes les teintes, même les plus rutilantes, devenaient mélancoliques.
Mais hier, c’était la fête.
Toutes les couleurs de ma palette riaient avec toute une menue marmaille, qui biberon en main ou sucettes en bouche ou bien de grands yeux en formes d’exclamation devant les joujoux dont Papy avait fait provision et que multitude de petites menottes déballaient fébrilement.
Même le chat ne s’occupait plus des souris grises, voulant lui aussi avoir sa part de jeux.
J’ai entendu la « Souris Verte », celle qui se faufile de générations en générations.
Pour certains, premiers mots balbutiés.
Tout reprenait couleur.
Le Silence ne savait plus où se tapir.
Tous les menus recoins résonnaient de rires, d’éclats de voix.
On courait, sautait, dansait partout à la fois.
Un doux vacarme avait repris possession de la place.
Puis tout à l’heure, mille bisous de tous arômes, sucrés, collants, mouillés ou même accompagnés de nouveaux parfums en vogue, le tout dans une ronde pétillante de délicieuses cacophonies.
A cela, s’ajoutent des bruits de moteurs, de portières claquant.
Dernier accord de voix.
« Au revoir Papy. Bisous. On te téléphone ! »
Le dernier accord s’est tu.
D’un seul coup, le Silence en Maître des lieux est revenu en force reprendre place.
Couvrant de son tintamarre en négatif, jusqu’au moindre recoin.
Le chat en est remonté au grenier.
J’ai repris ma palette, les couleurs avaient disparues.
Je regarde en mon cœur, tout est redevenu gris.
Une casette oubliée sur le magnétophone.
Machinalement j’appuie sur un bouton encore tout collant, tout sucré.
« Une Souris Verte, Qui courait dans l’herbe… »
Le plus doux des accords résonnaient dans la Vieille Maison.
Comme un arc-en-ciel, une extrémité dans le Passé, l’autre en mon cœur, se penchant sur la Musique, s’enroulant avec, la colorant.
Dansant, valsant avec les échos de cette dernière journée.
Je suis sûr que là-haut, au grenier le chat a dû voir des souris dignes de la palette d’un peintre.
Cette après-midi, chez Laetitia, la Poétesse, j’ai coloré quelques lignes encore sucrées, d’où gazouille également ma petite marmaille.
« Une Souris Verte, qui courait dans l’herbe. Je l’attrape par la queue. Je la montre à… »
Mais au fait ! C’est Mamie qui vous avait appris cette Chanson.
Eh oui !
Mamie est toujours là quelque part, partie intégrante de la Vieille Maison.
Pierre
16 Nov 2003
Une voix transparente
Aussi fragile que le verre
Lorsque la parole enchante
Elle fait naitre l’imaginaire
La raconteuse d’histoires
Dessine des printemps fleuris
Il faut dire que son auditoire
Croit en tout ce qu’elle lui dit
La colombe deviendra princesse
Dans un royaume de nuages
Les anges chanteront à la messe
Dans la vieille église du village
Et sur son cheval fougueux
Un beau prince viendra
Ils tomberont fous amoureux
L’amour n’est fait que pour ça
Et tout se termine par du bonheur
Comme dans un conte oublié
Pour apaiser les petits cœurs
Qui ne demandent qu’à rêver.