En ce premier dimanche de mars, c’est une scène livresque pleine de tendresse que je vous propose. Peinte par la Suédoise Emma Ekwall, elle met en scène un vieil homme et sa petite-fille.
Que lisent-ils? C’est à vous de nous le dire. En vos mots, en vers ou en prose, ou même en une seule phrase. Il n’y a pas de règles au pays de Lali. Et comme le veut l’habitude, ce n’est que dans sept jours que vos textes seront validés d’un coup.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

Une réponse
Pendant longtemps, je n’ai jamais vraiment considéré ma mère comme autre chose que ma mère.
Cette femme qui était là, depuis mes tout premiers souvenirs et qui a bercé toute mon enfance de contes de fées et d’histoires de mondes inconnus pour que je m’endorme sans peur du noir et de l’inconnu de la nuit.
Cette femme qui me conduisait à l’école. Fière et rassurante. Avec ses mots tendres qu’elle allait puiser à la fontaine de son cœur.
Et puis, plus tard, quand elle souriait, discrète, de ma fugue, de mes angoisses et de la maladresse de mes premiers émois amoureux. C’est d’ailleurs à cette période que je l’ai trouvée encombrante. Et je crois que je lui ai provoqué quelques larmes. Même si elle ne l’a jamais dit.
Plus tard, lors de mon diplôme d’ingénieur, elle était là. Accrochée à mon bras. La tête haute et le regard heureux.
C’est drôle. J’ai l’impression que je regarde cette photo pour la première fois de ma vie. Et dire qu’elle a toujours été sur la commode, dans le living, à côté de celle de mon baptême, de ma première communion et de mon mariage, et d’autres souvenirs de famille auxquels ma mère semblait tenir plus que tout au monde.
C’est ma première nuit d’orphelin. Et je suis pour l’instant le seul a le savoir. Demain, au lever du jour, il m’incombe le fardeau d’annoncer la nouvelle.
J’ai quitté l’hôpital il y a deux heures ou presque.
Maman s’est endormie en me tenant ma main. Elle y tenait. Elle était calme et douce. Comme d’habitude. Elle m’a parlé de son père. Un homme simple et tendre. À qui elle a toujours confié ses secrets de petite fille.
Je l’entends encore me dire, comme une dernière confidence : « Il aurait été si fier de toi. Tu aurais été si heureux de le connaître. »
Je crois que ce furent ses derniers mots. Enfin, je ne suis pas vraiment sûr, mais, en tout cas, ce sont sont ceux qui dansent encore dans ma tête.
Il est trois heures du matin. La nuit est fraiche. Je n’ai pas sommeil. Et le Tage s’étonne de m’entendre parler aux étoiles.