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Ce que mots vous inspirent 29

godin

Quand on lit beaucoup, on finit par avoir un autre œil. On finit par voir entre les mots des relations secrètes. Un texte littéraire est d’abord une nuit. Plus ou moins étoilée. Lentement, on se met à voir des constellations. Et de temps en temps, on se met à savoir que c’est notre destin qui nous est montré en dessin. (Claire de Lamirande)

Et peut-être est-ce ce qui arrive à la lectrice d’Éric Godin. Et peut-être est-ce ce qui vous arrive à vous aussi.

Ce que mots vous inspirent est là pour vous. Pour ce que les mots suscitent en vous d’imagination. Pour ce qu’il vous suggèrent. Pour votre regard impressionniste ou vos réflexions. Comme tous les mercredis. Et avec une semaine devant vous pour les commenter à votre guise, jusqu’à ce que je valide les commentaires et laisse ici une autre phrase à vos soins, à vos réflexions.

En espérant que celle de cette semaine saura vous inspirer.

Une réponse

  1. La lectrice a lu toute la nuit et a relu plusieurs fois le très beau texte de Robert Desnos. Elle voulait comprendre mais le sommeil la rattrapa. Elle reprendra sa lecture demain et tout sera clair pour elle.

    Si tu savais
    À la Mystérieuse (l926)

    Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
    Loin de moi et cependant présente à ton insu,
    Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
    Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
    Si tu savais.
    Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
    Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou, ce qui revient au même, que j’en doute.
    Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés
    Loin de moi parce que tu es cruelle.
    Si tu savais.
    Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
    Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
    Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
    Si tu savais.
    Loin de moi, ô mon présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
    Si tu savais.
    Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
    Loin de moi, c’est une île qui se détourne au passage des navires.
    Loin de moi un calme troupeau de boeufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
    Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
    Si tu savais.
    Loin de moi une maison achève d’être construite.
    Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres des belles inconnues et leurs rêves- à minuit, et les secrets voluptueux surpris par les lames de parquet.
    Loin de moi,
    Si tu savais.
    Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
    Comme je suis joyeux à en mourir.
    Si tu savais comme le monde m’est soumis.
    Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
    Ô toi, loin de moi, à qui je suis soumis.
    Si tu savais.

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