En ce dernier dimanche de janvier, ce dimanche qui précède l’un des deux anniversaires que connaîtra la catégorie En vos mots cette année, à savoir la 200e édition dans sept jours et ses quatre ans d’existence en avril, c’est une toile signée Diego Rivera que j’ai accrochée à votre intention.
Libre à vous maintenant de nous faire part de ce qu’elle évoque pour vous en mettant l’accent sur la lectrice ou sur celle qui l’accompagne, ou les deux. À vous d’inventer une scène ou de trafiquer vos souvenirs le temps d’une nouvelle, d’un récit, d’un poème, voire même d’une chanson. Car tel est l’exercice auquel je vous convie et auquel se prêtent certains d’entre vous, avec assiduité ou à l’occasion. Ce qui donne toujours lieu à des différences et à des ressemblances ainsi qu’à des tons qu’on reconnait souvent dès les premiers mots.
Puisse la toile de ce dimanche vous donner le goût de nous la raconter dans des textes que nous découvrirons dans exactement une semaine et pas avant.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

10 réponses
Toujours ainsi tu te tortillais…
Mon amour
Tu m’es apparue
De soie bleue vêtue
Sur de petits souliers
Face à moi tu te tortillais…
Tu n’étais plus une petite enfant
Mais mon cœur t’a reconnu en un instant
Mon amour
Tu m’es revenue
Une dame devenue
Si bien enchignonée…
Mais encore tu te tortillais !
Je l’avais tellement, tendrement, souhaité
Ton retour depuis, par delà, l’Éternité
En rêve seulement tu m’es apparue
Et je me suis abandonnée
Au bonheur de t’imaginer
Encore une fois devant moi te tortiller.
*Vers toi mon étoile.*
Eléonore ma chère soeur, il y a un moment que je t’observe depuis le canapé. Tu tiens un livre et tu ne lis pas. Tu me sembles bien triste et complètement ailleurs, ton regard est perdu dans le vide… que t’arrive t-il ma chérie? Tu sais que tu peux tout me raconter. Je sais rester très discrète. Tu me fais de la peine, crois-moi!
Merci Thérèse, tu es adorable et aux petits soins pour moi mais vois-tu, depuis quelques jours, je me sens mélancolique. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive. Ma concentration me fait défaut et rien de m’intéresse. Parfois, je me surprends a sentir quelques larmes glisser sur mes joues. Oh, voilà que ces larmes coulent encore… Je vais m’asseoir près de toi ma soeur et pose ta tête sur mon épaule… voilà, c’est bien ainsi et laisse-toi aller, pleure si tu en as envie. Tiens, prends ce mouchoir.
En fait, oui, je connais ma peine. Il y a cinq jours, te rappelles-tu Thérèse, j’avais rendez-vous avec Gilles. Nous avons passé un week-end splendide. Nous nous sommes promenés main dans la main dans cette jolie ville d’Aoste en Italie, à un détour de rue, nous avons découvert un petit restaurant. Au fond, il restait une table pour deux personnes. Juste pour nous. Le repas était succulent avec un vin du pays. Tu m’écoutes toujours Thérèse? Oui, oui, Eléonore! raconte encore…
Nous en étions au dessert et une fleuriste passait de table en table avec des roses dans une corbeille. Gilles m’en offrit cinq. Comme elles étaient belles et une senteur merveilleuse. Il me prit par l’épaule, m’embrassa tendrement. Puis comme deux adolescents, nous avons continué notre balade en nous arrêtant devant chaque vitrine. Gilles souhaitait tout m’offrir.
Que du bonheur! Même si je suis triste en ce moment, ces deux jours resteront gravés dans mon coeur, comprends-tu Thérèse?
La raison de ma tristesse, c’est que depuis notre retour, je n’ai plus de nouvelles de Gilles et je suis là en train de me morfondre.
Bon! Ecoute moi Eléonore. Il se peut qu’il ait eu un gros empêchement, qu’il lui est impossible de te joindre mais cela ne veut pas dire qu’il ne pense pas à toi. Il est certainement débordé de travail et parfois, on ne fait pas toujours comme l’on veut.
Je sais, tu as raison Thérèse mais lorsque l’on aime…
Eléonore, il me vient une idée! Nous allons sortir entre soeurs et nous faire une belle soirée. Je te suggère de porter ta belle robe verte. Elle te va à ravir.
Tout d’abord, nous irons au Grand Théâtre écouter l’opéra en trois actes de Vincenzo Bellini qui est une nouvelle production en coproduction avec de Nederlandse Opera Amsterdam.
Ensuite, nous irons manger dans ce restaurant que tu affectionnes tant. La soirée va être magnifique.
Je suis d’accord Thérèse. Tu as toujours de bonnes idées et merci d’être là avec moi.
Comme le temps passe, je vais me préparer.
Installées dans une loge au Grand-Théâtre, toutes les deux étaient émerveillées. A l’entracte, Eléonore et Thérèse se dirigent vers le bar. C’est alors que Thérèse glisse dans la main de sa soeur un petit billet. Avant de partir de la maison, elle a pris soin d’écrire une citation de Victor Hugo pour sa soeur qu’elle aime profondément
« Car dans l’homme jamais l’espérance n’est vaine. »
Eléonore lui a répondu par un très doux sourire!
DISCORDE
Les bleus et les marrons vibrent sans commun accord.
Les dames embarrassées se fondent dans le décor;
Tandis que l’une veut lire, l’autre veut aller dehors.
Sans espoir de sortir le petit chien s’endort.
Flairjoy
Souviens-toi, il n’y a pas si longtemps. Leurs regards étaient alourdis par le mépris, comme si l’amour, notre amour leur faisait peur. On se promenait dans les rues nos doigts entrelacés, comme font les rosiers, quand ils grimpent vers le ciel, pour mieux s’approcher de la lumière.
Nos familles baisaient les yeux, tellement on leur avait appris la honte des choses, que seules la moralité et la cupidité des hommes condamnent. L’amour connaitrait des genres dignes de l’être et puis d’autres pour lesquels l’amour s’appellerait une maladie. Honteuse. Parce que les hommes ne pensent pas. Ils jugent. Ils bannissent. Comme des animaux apeurés par ce qu’ils ignorent.
Et malgré eux. Malgré ceux qui jugent et ceux qui se taisent, on se murmure des mots d’amours mélangés de tendresses féminines. Puisqu’on s’aime. Et puisque l’amour est plus fort que tous les dédains.
Souviens-toi, il n’y a pas si longtemps… La neige blanchissait la nuit et l’hiver rêvait déjà de printemps. Tu m’as dit je t’aime. Pour la première fois. Et nous avons savouré longuement le péché de nos lèvres…
D’aucuns l’appellent « le plus beau jour de ma vie »
Elle avait accepté de lui donner sa main . Il ne la rendrait pas malheureuse, c’est la seule chose dont elle était sûre .
Elle s’était installée dans la chambre bleue, avait saisi, dans cette pièce refuge, un livre en haut de la pile qu’elle appelait affectueusement, ma meilleure amie . Philippe Soupault .Poèmes retrouvés.Un livre à couverture rouge cuivré ,dont elle avait fendu les feuilles seigle avec délectation en frangeant les pages une à une . Un livre qu’on ne peut pas feuilleter, qui laisse pudiquement deviner quelques promesses, qui se découvre vierge à celui qui le déflore .Elle ne put s’empêcher d’évoquer la nuit de ses noces…Elle l’attendait confiante…
Mais comment expliquer,à sa demoiselle d’honneur,qui la pressait de se coiffer d’une couronne de fleurs d’oranger, qu’elle ne ressentait aucune excitation, aucune euphorie.Elle devait affronter la réalité , elle quittait son monde ,celui qu’elle libérait en elle par l’afflux d’images et de rêves .Grâce à ces nouveaux » poètes cubistes », les surréalistes…elle lut « l’Ode à l’amour » ,et quitta le bleu du boudoir ; Frida l’attendait dans le couloir .
Barbara.
ODE A L’AMOUR
Demain c’est peut-être la mort
et c’est tout ce que je désire tout
l’éternité et votre regard et vos lèvres
et votre vie votre vie votre vie
vos mains vos mains vos mains
vos ongles vos ongles vos ongles
votre joie ma joie votre joie
et votre tristesse qui est l’éternité
Vous êtes née un jour ce jour là
et je ne le savais pas je ne savais pas
vous vivez et je vis depuis ce jour où vous êtes née
nous vivons les mêmes secondes les mêmes exactement
les mêmes siècles depuis que vous êtes née
et nous oublions que ces secondes et que ces siècles
sont les nôtres les nôtres et bien davantage.
1968.
Philippe SOUPAULT ,Poèmes Retrouvés 1918-1981, Ed.Lachenal et Ritter,1982.
La Tourangelle bleue
(Paul Fort – Ballades françaises)
L’orbe, au-dessus des yeux, du plus fin bleu des bleus, et tout le ciel bleu-ciel de vos si grands beaux yeux, sur champ de roses, oui, mais que chérit l’azur du vrai ciel qui s’en va frôlant votre nez pur ;
au chapeau de soleil cinq rangs de bleus rubans (pour votre ange gardien ces portées de plain-chant où les notes sont des bleuets) ; sur votre nuque bleutée, mêmes rubans, mais qui font la culbute ;
au velouté de votre cou l’ombre est blondine, fors un, frisson frisant le bleu sous le menton ; ô cher triangle d’ombre azurant le sein blond et le collier d’or qui se berce à la câline ;
tout cela, c’est le haut bleu, blond, rose de vous, hé ! que diront mes yeux de tout le divin reste ? des pieds en fine flèche aux nacres vers le cou ? rien, sinon que votre vêture, et jupe et veste,
gants, souliers, arborant les couleurs préférées du beau temps et qui sont les vôtres, adorée, « Saphir » vous eût nommée Hafiz, « Opale » Ambroise, fi ! moi votre grand turc, je vous nomme « Turquoise »…
Belle à ressusciter Mistral en ces beaux lieux, que savoureux, les adorant, vos grands beaux yeux, comment vous nomme-t-il ? – son Ombre n’est plus feue ! – doucement, tendrement : « la Tourangelle bleue ».
« En vos mot » 199 n’est que bonheur! J’ai relu deux fois tous vos mots pour bien m’en imprégner. C’est magnifique.
Vos textes et poèmes s’associent tellement bien avec la toile. C’est un enchantement de vous lire.
Merci les Héphémères, Flairjoy, Armando, barbara et LOU pour ce moment exquis 😉
Merci infiniment Lali et Armando pour tout ce plaisir que vous nous offrez 🙂
Bisous à vous tous!
Dimanche à lire vos mots .Cela fait peu de temps que vous me tenez compagnie , mais vous m’êtes devenus précieux .Beaucoup d’émotions encore. J’ai compris qu’Armando était un pilier et l’instigateur de la rubrique, grâce au billet de Lali . J’en suis impressionnée. Ça n’a pas influencé pourtant ma lecture de son texte que je trouve admirable.
Que vos regards et mots sont touchants, emplis de tant de délicatesse, de sensibilité…
De tout coeur, merci pour ces doux moments de lecture que l’on ne peut se contenter de lire une fois!
Bonjour tout le monde,
je voudrais signaler que je ne suis pour rien dans cette histoire d' »en vos mots » (faut que certaines arrêtent le sirop d’érable à 30 degrés) même si j’ai été toujours présent. Flairjoy m’a tenu compagnie pendant les 100 premiers puis elle en a eu assez de me voir me salir les doigts d’encre… mais ça c’est une longue histoire.
L’important est que semaine après semaine on puisse profiter des sensibilités des uns et des autres. Je suis ravi de voir que, au bout de presque 4 ans cette rubrique tient toujours et s’enrichit de nouvelles présences.
Merci à toutes et un merci à Barbara pour ses mots qui me touchent beaucoup. Ils me touchent tellement que je fais ici le serment que, si un jour Pépé l’ennuie, elle n’a qu’à me le dire. Je ferai ce qu’il faut pour le remettreàa sa place, celui-là.
Bisous.