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En vos mots 166

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Qui sont-elles? Qui est-il? Quelle est cette musique qu’elles interprètent? Quel livre lit-il? Voilà de quoi aborder la toile de ce dimanche afin de la raconter en vos mots. Et cela sans savoir ce que les autres ont pu écrire avant vous puisque les commentaires ne seront pas validés avant sept jours.

À vous donc de nous livrer ce que la toile du peintre Earl Henry Brewster, né aux États-Unis, mais qui a passé la plus grande partie de sa vie en Inde, suscitera chez vous et au bout de votre plume.

3 réponses

  1. C’est un après-midi très chaud à Florence. Les persiennes sont baissées. Le dimanche, après le repas, c’est devenu un rituel. Colette au piano et Adriana au violon. Quant à Carlos, toujours tiré à quatre épingles aime s’installer près de ses soeurs en lisant mais tout en les entendant jouer de magnifiques mélodies.

    Mais ce dimanche est différent. Carlos sait que ses soeurs sont tristes et comme un fait exprès, toutes les deux vivent un chagrin d’amour. Cela fait quelques temps qu’il a constaté qu’elles n’avaient plus leur sourire habituel, elles qui étaient gaies comme des pinsons et taquinent.

    Faisant semblant de lire, il se dit qu’il aurait dû être plus présent auprès de ses soeurs car leurs parents déjà d’un certain âge ne se sont aperçu de rien.

    J’aurais dû leur poser des questions, les entourer, les gâter puisque je suis l’aîné. Il s’en voulait.

    Bon se dit-il! Lorsqu’elles auront fini de jouer, je vais leur parler. Je leur dirais que la vie continue. Toutes les deux ont un bel avenir dans la musique. J’ai un ami chef d’orchestre et je pourrais lui glisser deux mots. Il pourrait peut-être les prendre à l’essai dans son orchestre philharmonique. Oui, pourquoi pas!

    Je leur raconterais aussi mes chagrins et la chance que j’ai eu d’avoir un grand-père merveilleux, présent, m’écoutant, avec lequel je pouvais me confier et toujours de bons conseils. Malheureusement, elles ne l’ont pas connu.

    Un jour où j’étais triste, mon grand-père m’a lu une citation, celle de Maurice Magre:

    « Quand on porte un chagrin, il faut le porter loin pour le laisser un peu s’égrener sur la route. »

    Je vais leur expliquer tout cela…

  2. Depuis plus de vingt ans que je n’avais pas mis les pieds dans la maison familiale. Vingt ans, six mois et trois jours pour être précis. Ces heures je les avais comptées. Une par une. Haine par haine. Depuis cette nuit où les larmes m’avaient arraché à mon sommeil, d’habitude si lourd.

    Elle était là, avec Éléonore, en larmes elle aussi, qui lui chuchotait des mots d’enfants. Cette nuit où je me suis approché d’elles pensant encore à un de ces cauchemars auxquels Julie, du haut de ses sept ans, nous avait habitués et où j’ai aperçu un fin fil de sang qui coulait entre ses jambes.

    Mon Dieu, comment a-t-il pu. Une colère immense que je n’avais jamais connue m’a transpercé le cœur. Je suis sorti de la chambre rapidement en criant son nom comme un damné. Il était là, assis dans le noir, avec son verre d’alcool à la main, le front moite et les lèvres sèches. Je n’ai pas supporté son sourire sournois d’enfant attardé qui vient de commettre une bêtise. J’ai poussé un long cri de haine. Un cri presque animal. Puis, je ne me rappelle de presque plus rien.

    Je me vois, menotté, entre les deux policiers. Les regards perdus de Julie et d’Éléonore. Et puis ma mère qui pleurait, assise dans les escaliers en murmurant inlassablement des mots désespérés et insensés.

    Je ne me suis jamais senti coupable de rien. Bien au contraire. Même pas quand le juge m’a condamné a vingt ans de prison. Ce n’est d’ailleurs que quelques mois plus tard que je me suis rappelé du murmure étonné qui a traversé la salle. Puis j’ai pensé aux mots de tous ceux qui sont passés à la barre pour parler de l’honnête homme à qui j’avais ôté la vie dans un moment de colère. À ceux de ma mère qui est venue expliquer à la cour le mari exemplaire et l’ami de ses enfants avec lequel j’avais de problèmes de communication. À croire que ce procès n’était pas le mien. Moi je n’avais que vengé deux vies, incapables de se défendre et brisées à jamais.

    Vingt ans. Et les regards épars d’Éléonore et de Julie qui ne comprenaient rien. Je me souviens leur avoir souri et leur avoir fait un clin d’œil avant de disparaitre à jamais de leurs petites vies. J’aurais tant aimé leur caresser les joues. Les embrasser avant que la lumière de la liberté s’éteigne.

    Quinze ans ont passé lorsqu’appelé au parloir j’ai dévisagé les deux fillettes qui n’avaient jamais quitté mes pensées. Deux belles et silencieuses femmes au regard triste et anxieux. Nous nous sommes regardés longtemps comme pour nous apprivoiser à nouveau après toutes ces années. Je ne m’étais même pas aperçu que des larmes muettes coulaient sur mes joues. Nous n’avons fait que nous regarder ce jour-là. Rien d’autre. Aucun mot n’est venu troubler la sérénité de ces retrouvailles.

    Des mois ont encore passé et les visites sont devenues de plus en plus régulières. Nous n’avons jamais parlé de cette nuit tragique. Pas plus que de mon procès. Ni de leur profonde douleur qui était aussi la mienne. Je me rappelle que Julie m’a dit « maman est morte » et que, comme soulagés, nous avons plongé dans un nouveau silence. Un silence douloureux et paisible. Un silence solidaire. On se tenait par la main. On se regardait. On se souriait. Et on était heureux. Je les aimais tant et elles les savaient.

    C’est Éléonore qui m’a tendu la clef de la maison, en me disant « ouvre, tu es revenu chez toi ». Tout me semblait si serein, si paisible, si rangé, si lumineux, si propre que j’avais du mal à comprendre comment un soir, il y plus de vingt ans…

    Sur la table, Les Amours des Anges et les Mélodies Irlandaises, de Thomas Moore, étaient restées toutes ces années, à la même place, à m’attendre. J’ai regardé Julie et Éléonore en silence et je me suis souvenu que la dernière fois qu’on s’était trouvés ensemble dans cette pièce, je leur lisais, au temps de nos complicités heureuses, à voix haute un morceau des Amours des Anges.

    Je me suis assis, de peur de tomber, et j’ai cherché la page où notre vie s’était arrêtée, alors qu’un prélude de Bach est venu laver nos peines et nos souffrances de l’inutilité du temps passé comme pour nous faire renaitre à la vie… Enfin.

  3. Florence… la petite citation à la fin qui tombe toujours à point… ça y est, je reconnais bien là le style de Denise 😉
    Quant à Armando…. une petite enfant méduse (Sylvie Germain) qu’il nous met en scène… oui, la vie s’arrête quelquefois, mais elle repart toujours….. grâce à « l’Amour des Anges »…..
    (petit clin d’oeil à Margotte avec Sylvie Germain)

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