C’est avec la lectrice peinte par l’artiste Jean-Jacques Dubosc que nous avons rendez-vous ce dimanche. Un rendez-vous que vous pouvez prolonger, interrompre, reprendre, puisqu’elle attendra toute la semaine que vous racontiez en vos mots ce qu’elle évoque pour vous.
En effet, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche. Le temps pour vous de faire connaissance. De l’apprivoiser. De la laisser se raconter. De l’écouter. D’écrire.
Que cette rencontre vous inspire!

6 réponses
Fractale.
Mes pinceaux qui caressent la toile grise,
L’eau qui mouille encore le papier,
La tache blanche qui scintille.
La tache noire. Ombrage
Sans âge.
Sage.
Pas un bruit, et le journal apparaît, esquissé.
J’entends ses feuilles froisser.
Le papier sur le papier.
La liseuse adossée
En à plats
Est là.
Est-elle aussi sur le journal ?
Se contemplant à l’infini
Jusqu’au fin fond
De cet abyme,
Enchevêtré.
Vertige.
Ici, et
Là.
Seuls quelques spasmes de l’aube illuminaient la grande table en désordre qui lui servait de bureau quand Sébastian est entré dans la pièce.
Il est resté debout, quelques instants, méprisant l’interrupteur, à attendre que se yeux apprivoisent ces ombres difformes et inertes que la lumière du jour allait finir par éteindre. Ça y est. Son regard semblait distinguer les choses, et même s’il n’identifiait pas encore les détails, cela était tout de même suffisant pour qu’il commence à tâter dans la pile de papiers désordonnées qui se trouvaient à gauche de sa table de travail. Sa recherche s’est poursuivie, sans mouvements exaspérés, sur toute la table de travail. Il a écarté un bloc de post-it, puis une clef usb, puis sa montre, un trousseau de clefs, un mince livre, qu’il a ouvert au hasard et mis devant ses yeux, tourné délicatement vers la fenêtre, s’efforçant de lire quelques lignes : « des papillons de nuit se collaient aux lampes, et des pommiers fleurissaient sur la crête des vagues, lorsque tu dors tu te tiens si loin, du déversement de ma contemplation ». Puis il le déposa délicatement, sur la pile de papiers à gauche, et le voilà de nouveau dans son recherche minutieuse, semblant ne pas se rendre compte que l’aube a éclairé davantage la pièce.
Maintenant il pourrait arrêter de passer ses mains sur sa table, comme un aveugle.
Il peut distinguer chaque élément qui s’y trouve et pourtant, il continue de promener sa main sur la table de travail. Il écarte son petit appareil photo, puis le paquet de chewing-gum sweet mint white, puis attrape et s’attarde à observer une vieille carte postale de Lisbonne, sans la retourner, comme s’il savait par cœur ce qui est écrit, avant de poursuivre son voyage à travers sa table de travail.
Sa main s’arrête et reste immobile quelques instants. Seul un sourire, que le frais soleil du matin caresse tendrement, indique qu’il est arrivé au bout de sa recherche.
Le regard émerveillé comme un enfant, il admire son stylo-plume, observant admiratif l’élégance du corps noir et de son bouchon argenté, qu’il retient jusqu’à l’odeur. Un regard furtif à travers la fenêtre en direction du ciel bleu et puis délicatement et lentement il enlève le bouchon, comme s’il craignait de déshabiller trop vite son stylo, comme le fait bien trop souvent un amant maladroit avec une femme qu’il désire depuis longtemps.
Il s’arrête, caresse longuement du regard la plume, avant de fermer les yeux comme s’il cherchait ce mot juste capable de ne pas nuire au silence dans lequel il est plongé.
Le ciel est bleu. Peuplé de quelques rares nuages fins. On se croirait encore en été si, de sa fenêtre, on ne distinguait pendues aux arbres quelques feuilles rouges et or annonçant l’arrivée de l’automne.
Paisible, Sébastian a pris une feuille blanche, une feuille qu’il aime appeler vierge.
De sa main gauche, il a caressé la feuille vierge. Comme pour l’initier et la préparer tendrement aux mots qu’il s’apprête à écrire. Puis il a regardé une fois encore sa plume, a souri, puis promené sa langue autour de sa bouche et, d’une écriture irrégulière et sans ratures il a écrit à l’encre bleue « Je t’aime ».
Il a replacé le bouchon et posé doucement la plume sur la table.
Il a tendu la main vers la pile de papiers à sa droite et a repris le mince livre, qu’il a ouvert. Au hasard. Comme il aime tant le faire. Et son regard doucement nostalgique s’est noyé dans les mots de Marie Uguay : « Chaque chose a sa place et chaque heure dans son bâtiment secret. Les ombres s’accumulent autour de nous, les jours nous distancient…”, avant qu’une larme incolore ne vienne s’écraser sur la feuille blanche. À coté de son « Je t’aime ». Bleu. Comme un ciel d’automne.
Le gris-bleu de Scheveningen
Il venait de la Mer du Nord, et m’a laissé au fond des yeux
Le gris-bleu qu’avec ses pinceaux il diluait dans ses tableaux,
C’est tout ce qu’on m’a dit de lui, du peintre un jour évanoui,
Laissant à l’enfant que j’étais comme une esquisse inachevée,
Des pastilles de couleurs craquelées,
Les couleurs des aquarelles, de ses aquarelles brisées,
Les couleurs des aquarelles, de ses aquarelles brisées.
Et j’ai connu d’autres rivages, bien au loin de Scheveningen,
J’ai grandi face aux Logoden qui m’ont donné d’autres images,
J’avais des plages pour rêver, mais l’eau des larmes est trop salée,
Et jamais je n’ai pu trouver cette eau douce qu’il me fallait
Pour diluer les couleurs séchées,
Les couleurs des aquarelles, de mes aquarelles fanées,
Les couleurs des aquarelles, de mes aquarelles fanées.
Et le gris a pris trop de place dans ma vie d’ardoise et d’hiver,
Mouillée dans l’eau des yeux gris-bleu comme l’étaient ceux de mon père,
Mais le vent d’Ouest et l’vent du Nord ont repoussé mon ciel chargé,
Moi j’ai glissé dans mes paroles les mélodies qu’ils m’apportaient,
Et depuis mes chansons s’envolent….
Et depuis, mes chansons s’envolent, tour à tour couleur Logoden,
Ou teintées des couleurs anciennes du gris-bleu de Scheveningen,
Le gris-bleu de Scheveningen,
Le gris-bleu de ses yeux, le gris-bleu de Scheveningen,
Ce gris-bleu dans mes yeux, le gris-bleu de Scheveningen…
Anne Vanderlove
Un geste si simple. Et pourtant si gracieux. Elle vient de remonter ses cheveux et je découvre sa nuque. Même le soleil frémit qui vient de déposer juste à la racine une ombre dorée, divine … La douceur d’octobre fait glisser sa chemise en arrière, ses jambes sont croisées et son journal grand ouvert. Elle est si absorbée par sa lecture, toujours. Voilà trois mois que je m’assieds derrière elle, cinq jours par semaine. Voilà trois mois que je rythme mes journées à notre rendez-vous secret. Une heure chaque jour, une heure comme une île déserte, une heure entre parenthèses. Et le temps comme suspendu. Je me nourris de chacun de ses gestes, je sais quand les mots la font sourire à ses épaules qui se soulèvent doucement, je sens quand certains la font frissonner à la main qui serre un peu plus fort le papier. Et je voudrais capturer les mots qui la font rêver quand sa tête se lève et que son regard se perd loin devant. Souvent elle écrit sur son carnet à spirales et je me liquéfie et je suis mille ruisseaux qui glissent au confluent de son encre bleue. Mais jamais elle ne semble sentir ma présence. Peut être suis-je vraiment transparent ? Mes couleurs diluées entre les ombres et les lumières qui dansent à son dos … Demain. Demain, j’aurai le courage. Je me lèverai et devant elle, pauvre écran de son soleil, je lancerai « Bonjour. Je suis Angel ». Je n’aurai pas besoin de plus de mots pour la rencontrer ; oui demain. Parce qu’il me suffira peut être de tendre la main, pour toucher son cœur …
Je suis venue vous relire. Et puis vous dire que j’aime vous lire. Parce que je ne sais pas rester sans déposer quelques mots dans cette si jolie « rubrique » , dans cet espace ouvert « en vos mots »…
Parce que je peux y lire vos couleurs en écriture et que j’ai besoin de vous dire ce qui me touche. Alors voilà . 🙂
Merci Hespérie pour tes doux mots…Tes mots dans cette rubrique me font toujours chaud au coeur comme ceux de nos amis! C’est un moment bien agréable de vous lire tous.