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Trop tôt

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Je ne suis plus libraire depuis plus de douze ans. Je ne peux donc pas affirmer qu’il n’y a aucun autre livre portant sur l’arrivée d’un enfant prématuré hormis Trop tôt, paru il y a quelques mois à l’école des loisirs, dans la collection Pastel. Mais je peux par contre dire que cet album tout en douceur est émouvant, de la première image à la dernière.

Tout un tour de force que de dire en peu de mots et en quelques images ce que ressent un enfant en apprenant que son petit frère est arrivé bien trop tôt, qu’il va rester à l’hôpital encore en peu en compagnie de sa maman. Or, Céline Sorin a trouvé les phrases, Célia Chauffrey a créé des images pour les accompagner.

« On ne peut pas arriver comme ça chez les gens!
En avance, sans prévenir,
dans des pyjamas trop grands,
avec un grand frère tout pas coiffé, tout qu’a pas
caché ses jouets interdits aux bébés! »
affirme le héros de l’album, qui n’est pas prêt à cette arrivée.

Et c’est de cela dont il s’agit. Du fait qu’en arrivant avant l’heure prévue, un petit frère bouleverse la vie de son ainé, qui se pose plein de questions, qui veut bien faire les choses, mais qui ne veut pas perdre sa place dans le cœur de sa maman. Du fait aussi que ce nouveau-né est si petit qu’il faut attendre avant de faire sa connaissance. De tout ce qui agite ses pensées, car non, décidément, il est bien trop tôt.

Un livre où il est question d’amour. D’amour, et encore d’amour.
Un très beau livre.

Quelques extraits vous attendent ici si le cœur vous en dit.

Le jardin de Monet

jardin de monet

C’est lors de sa sortie, en 1987, que j’ai découvert le bel album Le jardin de Monet, écrit par Christina Björk et illustré par Lena Anderson. C’est donc avec joie que j’appris qu’il était à nouveau offert aux jeunes lecteurs de 7 à 12 ans depuis 2013.

L’album a peu vieilli, je le concède. En effet, une visite du jardin comme celle que fait Pomme, en toute tranquillité, comme si l’endroit lui appartenait, n’a plus rien à voir avec la réalité actuelle. Le jardin de Monet, à Giverny, est au fil des saisons pris d’assaut par des hordes de touristes. Mais cela, vous le saviez déjà, j’imagine.

Mais pour le reste, le contenu est juste, les illustrations de toute beauté, les toiles de Monet reproduites de belle façon, les photos un ajout intéressant et les renseignements à la toute fin une agréable façon de prolonger le voyage de Pomme à Paris.

Je ne peux que recommander cet album qui nous permet de découvrir le jardin de Monet, l’artiste lui-même, sa vie, ses œuvres, le Musée Marmottan qui lui est dédié (et qui est trop peu connu à mon avis), ce qu’est l’impressionnisme, et tellement plus. Car cet album est un pure ravissement, et je suis fan des illustrations de Lena Anderson.

Sur la route de l’exil

dunes

Il n’est pas facile d’aborder le sujet des migrants et de le rendre accessible aux enfants. Or, Colette Hus-David, qui a signé le texte, et Nathalie Dieterlé, les illustrations, peuvent se féliciter. Elles ont mené à bien, avec beaucoup d’amour le très bel album intitulé Chemin des dunes : Sur la route de l’exil, une histoire qui raconte le parcours de Talia, forcée de quitter le Soudan avec le siens.

Talia a sept ans, un grand frère, une petite sœur à naître. Mais la vie n’est plus possible là où elle vit, ce qui a poussé ses parents à prendre la route de l’exil, avec l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants.

Mais c’est sans compter un immense chagrin au départ, celui de perdre l’un des leurs, leur fils, dans la cohue des départs en bateau vers des ailleurs prometteurs. Sans compter non plus le temps qui n’en finit pas de s’étirer pour venir à bout de tout ce qui entoure la paperasserie avant de légaliser leur situation aux yeux des autorités françaises. Ni tout celui passé à tenter de s’intégrer, à apprendre une langue et des coutumes dont on ne savait rien avant de quitter l’Afrique.

Pourtant, Talia s’y fait, s’acclimate. Le sourire d’une petite sœur toute neuve y est beaucoup. Celui d’une nouvelle amie qui vit la même chose, aussi.

On ferme l’album avec un nouveau regard et une envie de prendre dans nos bras toutes les Talia du monde.

L’horrible Madame Mémé

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J’aime énormément les cartes postales dessinées par Amande Piu. C’est pour cette raison que j’ai eu envie de découvrir qui était cette horrible Madame Mémé, et de savoir si elle était aussi horrible que cela. Et c’est bien le cas. La mémé imaginée par Émilie Chazerand est une vieille dame détestable qui a tout des pires sorcières des contes de fées de mon enfance.

Henri a donc bien raison de ne pas aimer les premiers dimanches du mois, car c’est ce jour-là qu’en famille on va visiter sa grand-mère paternelle. Et il a bien raison aussi de s’inquiéter quand il voit à quel point sa mémé qui sent le vieux gant de toilette ne connait ni la gentillesse ni la tendresse. Si cela venait avec l’âge de devenir ainsi? Si sa propre mère se transformait un jour en horrible mémé?

Voilà là un album pour les 6 ans et plus qui m’a laissée perplexe, même si j’ai beaucoup aimé les illustrations d’Amandine Piu. J’ai pourtant eu une grand-mère paternelle qui avait bien des ressemblances avec celle d’Henri, même si je l’appelais Grand-maman et non pas Madame.
Mais je crois que je n’aurais pas aimé la retrouver dans un livre. Probablement parce que, pas une seule minute, je n’ai imaginé que ma mère pourrait devenir une horrible vieille dame. Elle ne pourrait vieillir que comme ma grand-mère maternelle, qui était une grand-mère parfaite et aimante.

Du coup, je ne sais pas à qui on peut offrir un tel livre ni pour quelles raisons on le ferait. Et ce, même si, la plupart des critiques que j’ai lues sont toutes élogieuses.
Avoir une horrible mémé n’a rien de drôle.

Où est ma chaussure?

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Ceux et celles qui s’intéressent à la littérature jeunesse ont tous à un moment ou à un autre ouvert un album de Tomi Ungerer, Alsacien d’origine vivant en Irlande depuis de nombreuses années. Il a en effet tenu une grande place sur les rayons des librairies et des bibliothèques, particulièrement dans les années 1960 et 1970.

Or, j’ai eu la surprise de constater que son album Où est ma chaussure?, initialement publié en 1964 en anglais, a été réédité en 2012, et eu la curiosité d’y plonger, me demandant jusqu’à quel point cet album avait bien vieilli ou pas. Je ne peux que constater que cet album où les images prennent presque presque toute la place, celui-ci étant axé sur la recherche d’une chaussure page après page, un jeune garçon ayant perdu l’une des siennes, n’a rien perdu de son efficacité.

Les différentes chaussures proposées sont dissimulées dans des objets ou des animaux, et il n’est pas toujours évident de les trouver au premier coup d’œil. Mais je me pose une question. Si cet album n’était pas une réédition, et s’il n’était pas un album de Tomi Ungerer, accepterait-on aujourd’hui de publier un livre dans lequel un enfant trouve une chaussure dans un canon à fût et dans le costume d’un militaire? Oui, je me le demande à l’heure où l’édition est si frileuse, du moins au Québec, qu’elle évite bien des sujets qui laissent entendre que tout n’est ni gentil ni rose.

À chacun de juger s’il veut s’aventurer sur des chemins qui ont tout à voir avec la réalité, et de décider s’il préfère fermer les yeux et éluder de possibles questions.

Le voyage des reines

voyage

Les reines ne sont pas habituées à se salir les mains, préférant de loin prendre le thé et papoter, ce que s’apprêtaient à faire six d’entre d’elles quand un vent les ont soulevées de terre et transportées loin de chez elles. Sans couronne, sans chaussures, une reine est-elle toujours une reine aux yeux de tous?

L’album de l’auteure et illustratrice Caroline Merola pose la question et nous entraîne dans une aventure qui risque de changer la vie de ces reines à tout jamais.

Joliment illustré, finement raconté, Le voyage des reines est l’occasion de prendre conscience du fait qu’il suffit de bien peu pour que ce qu’on croyait inébranlable se trouve complètement chamboulé. C’est d’ailleurs l’une des forces de cet album que cette possibilité de l’adapter aux différentes situations auxquelles petits et grands se trouvent confrontés au cours de leur vie.

À offrir sans hésitation.

L’ourse des neiges

ourse des neiges

Une ourse dormait calmement avec ses deux petits, sans penser que le malheur veillait sur elle, qu’il n’allait pas tarder à prendre forme, et qu’elle verrait l’un d’eux emporté par les griffes de Corbeau. Elle ignorait aussi qu’un chasseur qui passait par là allait trouver un paquet de fourrure abandonné par Corbeau, lequel s’est enfui en entendant les pas de l’homme.

Or, quand le chasseur examina le paquet en arrivant chez lui, il découvrit non pas l’ourson, mais un bébé, un vrai miracle que sa femme et lui attendaient depuis longtemps. Un enfant qu’ils chérirent pendant sept ans. Jusqu’à ce que celui-ci se voit emporté loin, très loin de chez lui par ce même Corbeau qui l’avait enlevé autrefois.

Perdu, apeuré, il se voit rapidement entouré d’un groupe d’ours blancs. Si bien qu’il croit que son heure est venue. Mais ce n’est pas le cas. Parmi ces bêtes se trouve son frère ours qui le reconnait malgré son aspect humain. Or, quand son père le retrouve, l’enfant s’est arraché aux ours, sa première famille, et ne veut pas plus la blesser qu’il ne veut peiner ceux qui l’ont élevé. Si bien qu’un seul choix s’impose puisqu’il a le pouvoir de changer de forme : vivre les mois d’hiver avec les ours, et les mois d’été avec les humains.

Or, si à une époque lointaine, humains et ours vivaient dans une certaine harmonie qui permettait un tel choix, on peut transposer cette histoire à l’époque que nous vivons et imaginer qu’un enfant pourrait, s’il le désire, se partager entre ses parents biologiques et ses parents adoptifs si une telle éventualité se présentait. Le cœur n’est-il pas un muscle extensible?

L’album écrit et illustré par Jackie Morris est de toute beauté. De même que le message d’amour universel qu’il véhicule. Je ne peux donc que le suggérer sans aucune hésitation aux 5 ans et plus.

Chasseurs de dents

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Voilà un album à l’efficacité redoutable, qu’on ne peut pas mettre entre les petites mains sans en avoir pris connaissance et sans s’être préparé aux éventuelles questions qui risquent d’être nombreuses.

En effet, l’album du Coréen Cho Won-hee est dérangeant. Très dérangeant. Et ce, malgré la presque totale absence de texte, car les images parlent haut et fort.

Ici, les rôles sont renversés. On ne chasse plus les éléphants pour leur ivoire. Ce sont les éléphants qui pourchassent les bébés pour leur extraire les dents et en faire des objets décoratifs et inutiles.

Horrible, direz-vous? Oui, sûrement, mais rassurez-vous : ce n’était qu’un rêve. Un très mauvais rêve.
Comme nous l’apprendrons à la touche fin.

Or, nul ne peut sortir pas de Chasseurs de rêves tout à fait intact.
Il est utile de le savoir avant d’y entrer. Tout comme on ne doit pas oublier que cet album ne convient pas aux très jeunes enfants, ni même à certains plus grands, qui pourraient être traumatisés à l’idée que tout cela pourrait être réel.

L’imagination des enfants et leur talent pour la transposition sont infinis.

Un petit chat amoureux

chat amoureux

L’idée était bonne, me dois-je d’affirmer après la lecture du petit album carré Un petit chat amoureux, destiné aux 3 ans et plus. Mais celui-ci me semble plutôt une demi-réussite qu’une réussite à part entière, même si l’objet est bien pensé, puisque les pages résisteront aux taches et à la rudesse, celles-ci étant plastifiées, donc lavables et indéchirables.

Or, je n’ai guère aimé les illustrations de Fabien Öckto Lambert où le petit chat a la gueule ouverte alors que les autres sont plutôt mignonnes, et je n’ai pas compris pourquoi le héros de l’histoire n’avait pas de prénom alors que Zoé, dont il s’éprend, en a un.

Ici s’arrêtent mes réserves. Audrey Bouquet a trouvé les mots justes pour expliquer les effets qu’ont tomber en amour, comme cette impression d’avoir des papillons dans le ventre ou le fait de se trouver sur un petit nuage.

Le petit album va plaire à plus petit que moi, j’en suis convaincue.

Toute une surprise!

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Avez-vous dans votre entourage des personnes qui imaginent toujours le pire au moindre retard ou s’ils voient leur routine bien huilée être modifiée? Qu’ils soient grands ou petits, ils trouveront peut-être de quoi calmer leurs peurs dans cet album pour les 3 ans et plus, intitulé La surprise de Valentine.

C’est en effet ce que je retire de la drôle d’aventure de Valentine, laquelle vit des dimanches identiques semaine après semaine, sans surprises, mais qui ont quelque chose de rassurant. Si bien que quand elle constate que les uns et les autres, de son grand-père à sa petite sœur ne sont pas dans leur lit, et que de la cuisine ne se dégage aucune odeur qui pourrait rappeler le chocolat chaud et les crêpes qui font partie du rituel du dimanche, elle imagine le pire. Les siens l’auraient-ils abandonnée? Une surprise de taille l’attend. Je n’en dirai pas plus.

Mais je ne peux m’empêcher de penser à ceux et celles qui savent tourner la moindre en raison de s’inquiéter. Et si parfois, un retard ne signifiait pas un accident? Et si quelqu’un qui n’est pas dans son lit n’était pas malade, mais en train de regarder la pleine lune? Et si tout ce qui pourrait être matière à faire battre le cœur bien trop rapidement le faisait plutôt battre tout court?

Avec La surprise de Valentine, illustré par AnneMarie Bourgeois, Lou Beauchesne signe un album tout simple et efficace à partir duquel il est possible de dédramatiser les peurs.