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Aurore

Aurore

C’est à la faveur d’une carte postale que j’ai découvert le travail de l’illustratrice et auteure jeunesse Binette Schroeder. Comme quoi, les cartes postales mènent (presque) à tout et à ce magnifique album qu’est Aurore, lequel vous laissera des étoiles de bonheur dans les yeux quand vous l’aurez lu, relu, et encore relu.

L’histoire ne vous révélera aucun secret que vous ne connaissiez déjà, à savoir la richesse qu’est l’amitié et la peur que peut engendrer la nuit. Et pourtant, vous ne verrez plus ni le noir ni l’amitié tout à fait de la même façon quand vous aurez fait la connaissance d’Aurore et de Timothée, frère quasi jumeau de Humpty Dumpty, lesquels connaîtront en duo les plaisirs liés à l’amitié comme jouer à danse-nuage, à cherche-ombrage, à vole-plumage, à glisse-feuillage, et même à lance-chapeau.

Mais comment fera Timothée pour traverser la nuit sans son amie et faire face aux méchants oiseaux d’éclairs? C’est ce que vous révélera cet album de toute beauté, ou chacune des illustrations emporte le lecteur dans un monde où chaque petit détail éclaire le récit sans trop en dire.

Un album à mettre entre toutes les mains. Sans aucune hésitation.

Un roman qui n’est pas un roman

viperine

Depuis une dizaine d’années, le dramaturge Pascal Brullemans fait régulièrement parler de lui, tant ici qu’à l’étranger, en accumulant prix après prix pour chacune de ses pièces destinées aux adolescents. Vipérine, présentée à la Maison Théâtre cet hiver, ne fait pas exception. Elle a reçu en 2013 le prix Jeune public des Journées des auteurs de Lyon.

L’auteur, n’ayant pas peur des défis, a choisi de passer au roman et a publié en mars dernier La ballade de Vipérine, un roman d’une centaine de pages destiné aux huit ans et plus. Or, si adapter un roman pour en faire une pièce de théâtre n’est pas rare, l’inverse l’est. Et le résultat, dans ce cas-ci, n’est pas des plus heureux.

Le travail d’adaptation a été réduit au minimum et les didascalies ont été transposées telles quelles sans être étoffées, si bien que le résultat n’est qu’un calque de la pièce qui l’a inspiré. De plus, tout ce qui manquait au spectateur de détails sur les personnages et qu’il aurait été en droit d’espérer retrouver ici est absent. Dommage.

Je me suis donc butée aux mêmes questions soulevées par la pièce et me suis aussi retrouvée face à cette impression d’être passée à côté de quelque chose. Est-ce parce que, pour faire face à la réalité, soit le décès de la sœur ainée de Vipérine, il faille passer par des images oniriques et un narrateur qui personnifie la Mort, plutôt qu’affronter ses démons et ses peurs, que je n’ai pas accroché? Fort possible. Et si c’était plutôt la ressemblance avec le roman d’Annabel Pitcher, Ma sœur vit sur la cheminée?

Que ce soit à cause de l’une ou l’autre des raisons, ou même les deux, j’ai eu autant de mal avec le faux roman que la pièce elle-même. Et pourtant, le sujet m’intéressait. Il y a tellement peu de livres qui abordent la mort d’un enfant et encore moins qui s’adressent aux enfants eux-mêmes.

De plus, je suis demeurée quelque peu perplexe quant au surnom de l’héroïne. La vipérine utilisée en pharmacopée pour calmer la toux est parfois une plante envahissante. Or, c’est davantage la défunte que Vipérine qui est envahissante, l’urne renfermant ses cendres trônant au milieu du salon et faisant l’objet d’un culte que Vipérine a décidé de cesser en la jetant dans le fleuve.

Espérons que, lors de la réédition, l’éditeur et l’auteur retravailleront le texte afin d’en faire un vrai roman. Les enfants ne lisent pas de théâtre.

Texte publié dans

Mets-moi dans ton livre!

metsmoi

Quand Hailey demande à l’écrivain de passage dans son école de la mettre dans son livre, car il a besoin d’un personnage, elle n’imaginait sûrement pas qu’il allait la prendre au pied de la lettre! Et pourtant, c’est ce qui est arrivé! Hailey s’est retrouvée pliée et aplatie afin d’entrer dans le livre, rien de moins!

Mais, hélas, plus moyen d’en sortir, malgré toutes les tentatives pour la sortir de là! Pas moyen de la décoller, ni de tenter de déchirer le livre pour qu’elle puisse en tomber! Et le tordre ne donne rien non plus! Décidément, Hailey n’a pas eu une très bonne idée quand elle a proposé à l’écrivain de lui rendre service. Depuis, elle n’a que des ennuis!

Mais tout finira bien. Le tandem composé de l’écrivain Robert Munsch et de l’illustrateur Michael Martchenko auquel on doit nombre d’albums jeunesse remarquables ne laissera pas tomber ses lecteurs et leur offrira une bien jolie surprise pour clore cette aventure dédiée à Hailey et aux élèves de son école, à North Bay, en Ontario.

Mets-moi dans ton livre! est un album réjouissant, plein de surprises, habilement bien mené. Un album qui donne à réfléchir sur la portée des mots tout en faisant rire et sourire. Un moment de pur plaisir. Même si on a largement dépassé l’âge auquel il est destiné. Largement? Non, mais! Certains jours, j’ai encore six ans!

Lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres – Saison 2

Milos le squelette

Milos

Avec Milos (Y a un os!), Véronique Massenot a tenté de prouver que nous sommes pas vraiment différents les uns des autres malgré les apparences. Elle n’est pas la première à le faire et ne sera sûrement pas la dernière, mais je ne suis pas certaine de comprendre sa démarche.

En effet, j’ai un peu de difficulté avec son choix de « décor », à savoir un hôtel parfait, où tout est parfaitement beau et parfaitement bon, où rien ne va jamais de travers et où chacun vit en harmonie. Comme si de tels lieux existaient vraiment… mais bon, c’est là son choix.

C’est d,ailleurs là que va débarquer Milos le squelette qui va faire de ce lieu un endroit un peu moins parfait parce qu’il est si différent de la perfection. Mais le jeune Oscar a décidé de s’en faire un ami et de faire en sorte, avec la complicité du père Noël, que tout le monde finisse par apprécier Milos malgré son ossature apparente. Il y réussira, vous vous en doutez bien.

Milos (Y a un os!) doit bien davantage aux illustrations d’Isabelle Charly, vives, colorées à souhait et pleines d’imagination, qu’au texte de Véronique Massenot, même s’il demeure un album qui fait réfléchir comme il en faut plusieurs dans nos bibliothèques scolaires.

À ne pas mettre de côté malgré mes réticences premières.

Premier chagrin d’amour

a-cote-une-joie

C’est en m’apprêtant à faire le compte rendu du premier roman Pascal Huot, À côté d’une joie, et en relisant le quatrième de couverture que j’ai constaté que l’éditeur considérait que ce livre était pour les 10 ans et plus. Or, le public cible est bien autre. En effet, j’estime qu’il est davantage destiné aux 13 ans et plus qu’à des élèves de l’école primaire.

Ceci dit, Pascal Huot, qui a pu travailler son manuscrit sous l’œil avisé de Jean Lemieux, auteur notamment des romans jeunesse La cousine des États et Le trésor de Brion, grâce à une bourse de Première Ovation en art littéraire de la Ville de Québec, a choisi de se glisser dans la peau de Pierre-Ludovic, adolescent de 13 ans, surnommé Pierrot la lune, pour des raisons que vous devinerez sans effort.

Pierrot la lune, tout comme le héros de Nous sommes un continent, un roman de Pierre Labrie destiné aux adolescents, est poète. Ses parents sont séparés, son frère lui tape dessus. Lui? Il rêve… de Marguerite.

Mais le jour où il est enfin prêt à avouer à la fille qui fait battre son cœur depuis un an qu’il est amoureux, c’est au bras d’un autre qu’il la trouve. Sa vie va donc prendre un tournant auquel il ne s’attendait nullement. C’est anéanti qu’il fera face à la musique.

À côté d’une joie n’est pas un roman à l’eau de rose, même si la première moitié du roman aurait pu donner l’impression au lecteur qu’il se trouvait dans un roman portant sur les premiers pas et les premiers ébats d’an adolescent timide et introverti et que toutes les filles ont des prénoms de fleurs et les poèmes de Pierrot sont d’un romantisme calqué sur les vers de Baudelaire.

À côté d’une joie est un roman qui ne se prend pas au sérieux, malgré le choc et la tristesse. Preuve qu’on revient de tout, même d’une peine d’amour.

Gentiment écrit, le premier roman de Pascal Huot ne changera pas le cours de la littérature pour adolescents, surtout avec le dessin sans intérêt de l’auteur (également dessinateur) qui lui sert lieu de couverture. Mais il n’est pas désagréable à lire… quand on a 13 ans et plus!

Texte publié dans

Rossignol

rossignol

Quand Benjamin Lacombe a commencé à dessiner les planches de ce qui allait devenir Rossignol, il n’avait qu’une idée en tête, enfin sûrement d’autres, mais celle-ci en priorité : donner au texte de Sébastien Pérez aux accents des années 1950 l’idée qu’elles sortaient tout droit d’un film de Jacques Tati.

Mission réussie. On se croirait facilement dans Les vacances de Monsieur Hulot. Pas pour l’histoire proprement dite, mais pour ce qui se dégage du texte sensible. Pour ce que révèlent les illustrations. Pour cette impression que le temps s’est arrêté il y a quelque soixante ans, à une époque où on écrivait encore avec un stylo et du papier. Où on se faisait des amis en les apprivoisant plutôt qu’en passant par des réseaux sociaux.

Et c’est peut-être là toute la beauté de cet album créé en tandem par un duo qui n’en est pas à sa première collaboration. Un album où il est question de poésie, de vacances d’été, de la façon de s’y prendre pour se faire des amis, de ce qui étonne, de ce qui nous démarque, des petits gestes qui changent la vie des uns et des autres, de la beauté du monde, des rêves qui se concrétisent, des yeux qui pétillent et du cœur qui bat si fort.

Rossignol est un album magique. Un album inoubliable. Un album qu’on devrait trouver dans toute bibliothèque scolaire. Pour nous rappeler à quel point l’amitié peut nous donner des ailes quand on sait y mettre le temps et la manière.

Histoire de fils

embrouillaminis

Embrouillaminis, une histoire de fils pourtant racontée avec beaucoup de poésie et offrant de très belles illustrations réalisées par l’artiste hongroise Hajnalka Cserháti, m’a laissée quelque peu perplexe. J’aurais voulu saisir le sens de ce fil qu’on perd, qu’on retrouve, qui nous unit et nous désunit tour à tour, mais je n’ai pas été en mesure de me laisser prendre par l’histoire imaginée par Marie-Laure Alvarez.

J’aimais pourtant l’idée que la vie soit semblable à un fil sur lequel on marche en équilibre. Comme j’aimais aussi celle qui veut que les amis soient réunis par une sorte de fil ténu, à la limite du visible, mais tellement solide qu’il ne peut pratiquement pas se briser. J’aimais l’idée de cette grand-mère qui ne cesse de tricoter.

Mais, curieusement, je ne suis pas arrivée à suivre le fil de cette histoire décousue destinée aux plus jeunes. Pas plus que je n’ai été en mesure de mettre bout à bout ces bribes pour qu’il en reste quelque chose d’autre que de jolies phrases et des images colorées.

Si bien que je me demande – et ce n’est pas la première fois que ça m’arrive – à qui ce livre est vraiment destiné tant j’imagine peu de petites mains y trouver ce qui semble m’échapper…

Un nœud à mon mouchoir

un noeud

Il y a un peu moins de dix ans je quittais le monde de la librairie, non par choix personnel, mais parce que mon patron s’apprêtait à mettre fin à ses activités dans les mois suivants. Or, malgré le fait que je sois passée de libraire à ex-libraire, je n’en demeure pas moins une libraire dans l’âme et j’ai toujours autant de plaisir à lire des albums destinés aux jeunes et à en parler.

Quand je suis tombée sur Un nœud à mon mouchoir au hasard d’une des bibliothèques de quartier que je fréquente, car il m’arrive d’être parfois infidèle, c’est avec un immense bonheur que j’ai retrouvé puis relu cet album relatant une histoire qui pourrait être triste, mais qui ne l’est pas tout à fait.

Antonin vient de perdre son grand-père. Un grand-père exceptionnel, voire une sorte de héros des temps modernes sachant tisser des histoires à partir de rien. Un grand-père qu’Antonin nous raconte au fil des aventures qu’ils ont partagées en mettant de l’avant le grand mouchoir rouge de son grand-père qui a fait partie de tous leurs jeux et que sa mère vient de lui offrir.

Transformé en bandana pour jouer aux cowboys, en voile de bateau de pirates pour traverser les mers ou en baluchon, le mouchoir de grand-père était de tout ce qu’il possédait l’objet qui ne le quittait jamais, lui servant même d’aide-mémoire. Ce qui nous montre à quel point cet objet tout simple était et demeurera à jamais important pout Augustin qui compte bien faire un nœud dedans pour ne jamais oublier son grand-père, lequel faisait aussi un nœud dans son mouchoir pour ne pas oublier d’acheter de la glace pour son petit-fils.

Publié en 2002, Un nœud à mon mouchoir, écrit par Bette Westera et illustré par Harmen van Straaten, est un album comme on en voudrait davantage, un album qui sait parler du deuil avec poésie, sagesse et amour, sans dramatiser les choses qui sont déjà suffisamment graves et bouleversantes.

Pour la Saint-Valentin

splat

Je vous l’avoue sans détour. Je ne suis pas une fan de la Saint-Valentin, même si j’aime bien certaines illustrations avec des cœurs ainsi que des dessins naïfs qui les représentent. Mais bon, j’ai décidé pour une fois — comme une fois n’est pas coutume — de laisser de côté toutes mes idées préconçues de côté.

Comme j’ai bien fait! L’album de Rob Scotton, Splat est amoureux est un pur délice de la première à la dernière image. Avec son sourire timide, son regard mélancolique, ses longues pattes qu’on imagine de velours, Splat qui aime Kattie « beaucoup, beaucoup — encore plus que la glace à la sardine! » a fait ma conquête en moins de deux. Et si Kattie qui lui tire l’oreille, lui noue la queue, lui tape le ventre et lui dit qu’il sent mauvais, ne s’était pas rendu compte que Splat l’aimait, et qu’elle l’aimait aussi, j’aurais sûrement (presque) tout fait pour conquérir celui-ci dans ma prochaine vie, puisque je compte bien être un chat.

Mais pour l’heure, Splat et Kattie se sont trouvés et la petite fille qui sommeille en moi a adoré Splat est amoureux. Tellement qu’elle le conseille à tous ceux qui ont envie de gâter les enfants autour d’eux à l’occasion de cette fête (trop) commerciale. L’album est si tendre, si émouvant, si joliment illustré qu’il mérite qu’on mette de côté ses à priori. Si, si.

Cerise Griotte

lacombe

Si vous aimez les beaux albums, les très beaux albums, ceux qui savent attendrir par la poésie qui se dégage à la fois des textes et des images, Cerise Griotte est pour vous, que vous ayez de petites ou de grandes mains, tant j’ai de plus en plus l’impression que certains albums destinés aux jeunes gagneraient à être mis entre les mains des adultes.

Cerise (qui n’aime pas les cerises, au fait) est une petite fille fermée sur elle-même, qui passe le plus clair de son temps seule, avec pour seuls compagnons de vieux livres qui la passionnent et qui lui permettent de s’évader tandis qu’elle regarde par la fenêtre ce qui se passe dans ce monde qu’elle ne fréquente pas. Jusqu’à ce qu’un jour elle s’éprenne d’un shar-Peï abandonné ou perdu, qui se trouve à la fourrière où son père travaille. Et qu’elle ne souhaite qu’une chose : que ses maîtres ne viennent jamais chercher celui qu’elle a baptisé Griotte, ce qui ferait en sorte qu’elle ne soit plus jamais seule.

Cerise m’est pas une petite fille comme les autres. Elle a même développé une langue bien à elle où abondent les verbes, probablement parce qu’elle s’est imprégnée de ses lectures. Et cela ajoute au charme de cette histoire un peu triste, mais tellement pleine de tendresse, qui fera craquer même le moins sensible des lecteurs à cause de ses images à la beauté grave et aux couleurs sombres et du texte qui révèle à demi-mots et en demi-teintes les secrets de l’âme.

Un magnifique album que celui-ci, signé Benjamin Lacombe que j’appelle « l’enchanteur » parce que chacun de ses livres est un pur enchantement.
Cerise Griotte ne fait pas exception.