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Une rencontre surréaliste entre Joyce et Proust

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C’est ce billet de Tania, il y a quelques mois, qui m’a donné envie de lire La nuit du monde de Patrick Roegiers, dont j’avais tant aimé Le mal du pays il y a près de cinq ans. Une lecture qui m’a emballée et que je m’empresse de vous suggérer sans aucune hésitation.

La nuit du monde qui met en scène la rencontre entre Marcel Proust et Joyce au Ritz à Paris en mai 1921 dans un premier temps, et l’enterrement de Proust dans les dernières pages de ce roman fantaisiste, est un bijou d’écriture où la grande connaissance de ses personnages donne à Roegiers toute la liberté de s’amuser en toute impunité. Ce qu’il fait allègrement au moyen d’énumérations à n’en plus finir et en usant de néologismes plus succulents les uns que les autres et d’un humour bien belge, c’est-à-dire, surréaliste.

Vous l’aurez compris, j’ai dévoré La nuit du monde. Rien de tel pour faire fi du ciel gris que ce livre qui est un bonheur d’inventivité et qui vous fera sourire maintes et maintes fois!

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Vous connaissez peut-être un G.S.

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Le narrateur de G.S., écrivain tout simplement du Bruxellois Stefan Liberski est pédant, arrogant, arriviste, insipide, mais il se croit doté d’une intelligence supérieure et imagine sans peine qu’un jour il écrira un grand roman qui marquera l’histoire de la littérature et qu’il la bousculera si bien qu’on ne pourra que lui décerner le prix Nobel.

Or, justement, G.S. est un écrivain sans livre paru, un paperassier qui accumule des carnets faits de citations ou dans lesquels il écrit quotidiennement son Journal (avec un J majuscule), mais dont on a pu lire deux ou trois articles dans des revues, ce qui lui a ouvert les portes des cercles mondains où poudre aux yeux fait bon ménage avec conversations sans substance. Ce qui lui permet de citer Lacan dont il n’a jamais lu un seul livre au complet tout en mettant de l’avant sa passion pour l’art conceptuel dont il peut pratiquement tout dire sans que personne ne vienne s’opposer à ses affirmations vides et truffés de clichés.

D’ailleurs, G.S. n’est-il pas un cliché lui-même? Un roman qui frôle le cynisme, mais dans lequel certains reconnaîtront peut-être de leurs congénères. Hélas. À moins que cela n’ajoute au plaisir de la lecture de roman féroce.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Au quatrième étage, l’amour

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L’immeuble tient à peine debout, les deux premiers étages sont condamnés. Tout là-haut vivent dans une seule pièce Marie, malade, alitée, et Thomas, qui lui tait la vérité concernant tout ce qui n’est pas eux, qui n’a plus rien à troquer contre quelque nourriture déjà improbable à trouver et qui doit partager, avec des gens qui lui ont été imposés par son propriétaire parce qu’il n’est plus en mesure de payer son loyer, le reste de l’appartement.

Tour pour protéger Marie. Tout pour qu’elle se repose. Tout pour qu’elle ne sache rien. Et cela veut dire soir après soir l’histoire de Serge qu’il lui raconte pour l’endormir. L’histoire d’un improbable plombier qui arrive un jour au quatrième étage d’un immeuble. Ce même quatrième étage, celui où il vit avec Marie, on le comprendra en cours de route.

Un roman aux accents de désespoir dans une ville qui a perdu son humanité. Un roman où le seul espoir s’appelle aimer. Envers et contre tous, contre tout. Là, au quatrième étage d’un immeuble qui tombe en ruines. Un roman à l’écriture imaginative, colorée, mettant en scène des personnage auxquels on s’attache et pour lesquels on tremble. Un roman qui donne envie de lire les autres livres de l’auteur qui publie ici aussi. À suivre, donc.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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La mort a-t-elle un sens quand on a 17 ans?

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Sylvia a dix-sept ans, deux petites sœurs de cinq ans et des parents qui ont choisi la garde partagée au moment de leur séparation. Une situation dont elle ne veut plus et dont elle a parlé avec sa mère qui n’a rien contre le retour à temps plein de son aînée chez elle. Une situation dont elle a touché à son père dans un message et avec lequel elle a une courte conversation avec lui à ce sujet, jusqu’à ce que celle-ci se trouve interrompue par un bang fatal.

Ne plus vivre avec son père, ça ne voulait pas dire ne plus avoir de père. C’est pourtant ce à quoi Sylvia, qui a toujours douté de l’amour de son père, se verra confrontée. C’est aussi pour elle la découverte d’un père qu’elle ne connaissait pas et dont le décès va changer la vie et jusqu’à un certain point lui donner un sens, puisque c’est elle qui prendra en charge toute la cérémonie des funérailles, selon un livre sur le culte des morts et des ancêtres au Vietnam qu’elle a trouvé sur la table de chevet de son père.

C’est un magnifique livre, plein de tendresse et de rage, de douleur et d’amour, que nous offre Eva Kavian dans ce livre destiné aux adolescents mais que je conseille à tous. Parce que l’auteure a cette écriture pleine d’images qui me touche à tous les coups, cette manière à elle de dédramatiser, ce regard sur la beauté du monde et la fragilité de la vie qui n’appartiennent qu’à elle.

Un remarquable roman sur l’aphasie

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Certains livres abordent des sujets graves sans porter sur eux tout le poids de cette gravité. Tel est le cas de La dernière licorne de la Namuroise Eva Kavian, une auteure dont j’ai apprécié chacun des livres (voir ici, et là aussi) et qui, avec celui-ci, fait une incursion dans la littérature jeunesse. Un livre porté par l’amour : celui qu’on donne, celui qu’on reçoit, celui qu’on espère, celui dont on doute.

Et c’est cet amour plus fort que tout que Paula a pour Anna, sa sœur aînée devenue aphasique lors d’une chute où la plus grande a tout fait pour protéger la plus petite qui constitue la ligne directrice de ce splendide roman fait de tendresse et d’humour, ceux qu’on retrouve dans tous les livres d’Eva Kavian et qui en font des livres remarquables et marquants.

Un amour tel qu’un jour, pour sauver Anna, Paula ira jusqu’à prendre sa place dans une institution. Un séjour qui la révélera à elle-même et qui fera qu’en quelques semaines tous les événements venus bouleverser son quotidien (notamment la mort de son grand-père) déclencheront une suite d’événements dont tous sortiront métamorphosés.

Un livre qui pose en même temps un regard sur l’aphasie, sur ce monde dans lequel vivent ceux qui en sont atteints et sur les manières de les aider à vivre une vie normale. Un sujet grave, disais-je. Mais c’est sans compter la façon de raconter d’Eva Kavian, sa manière de présenter chacune des étapes de l’apprentissage de Paula avec les yeux d’Anna, qui savent donner juste assez de légèreté au sujet pour que nul n’étouffe, impuissant.

Une fois de plus, chapeau à Eva Kavian qui m’a transportée dans sa Wallonie le temps de quelques expressions bien belges (« faire les poussières », entre autres) tout en nous livrant un roman fort où domine l’amour.

Pour ceux qui aiment marcher dans les villes

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C’est la plupart du temps en parcourant les blogs amis et d’autres sources — et non pas les critiques des journaux où le cœur n’y est pas, mais seulement le devoir — que je fais mes plus belles découvertes. Celle du jour, Ceux qui marchent dans les villes de Jean-François Dauven, je l’ai faite en lisant la Lettre Wallonie-Bruxelles au Québec de mars 2010, une infolettre d’une quinzaine de pages à laquelle je suis abonnée, qui annonçait la venue à Montréal de l’écrivain né à Bruxelles à l’occasion du festival Metropolis bleu. Or, avec les avions qui ne décollaient pas, Jean-François Dauven n’a pu participer à l’événement, alors que je savourais son troisième roman qui nous emmène à Lisbonne, à Prague, à Marseille, à Portosera (ville imaginaire où se déroulent ses deux autres romans), à Bruxelles (qui met en scène un personnage qui travaille rue Belliard), à Paris, à Séville, à Londres, à Rome et à Oviedo.

Chacun des chapitres nous propose des personnages qui marchent dans une ville. Des personnages qui n’ont l’air d’avoir rien en commun mais qu’un fil ténu relie les uns aux autres. Des personnages qui nous font découvrir chacune de ces villes en les parcourant à pied, en s’arrêtant dans des cafés ou ailleurs.

Un roman que la marcheuse que je suis ne pouvait qu’aimer, surtout qu’il m’a entraînée dans des villes aimées ou dont je rêve. Un livre que je vous recommande sans aucune hésitation.

Des histoires courtes à savourer

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Je savais avant même d’ouvrir Zoologie de Francis Dannemark que j’allais aimer ce livre. Parce que j’ai aimé tous les livres de cet auteur, et aussi parce que Zoologie réunit des histoires courtes, comme je les aime, tantôt fables, tantôt récits. Des moments, des souvenirs, des digressions, des regards, autant d’hommages à l’écrivain Richard Brautigan, dont je n’ai rien lu et qui a écrit : « Nous avons tous une place dans l’histoire. La mienne, c’est les nuages. »

Petit livre d’une centaine de pages, il peut se dévorer rapidement, comme on peut le traîner des jours et des jours pour savourer chacune de ses histoires, parfois clins d’œil, parfois en trompe-l’œil, chaque fois révélatrice d’un regard sur la société comme sur l’auteur lui-même.

Petits moments dont j’ai retenus ceux- ci :

Papillons

Quand on roule en voiture dans la ville, j’aime bien m’arrêter pour céder le passage à des piétons : parfois ils me sourient. Et tous ces sourires adressés au vent, je les conserve précieusement, au fil du temps, comme s’ils m’appartenaient.

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Il y a des jours où la pluie semble avoir été inventée pour accompagner les notes jouées lentement par un sax soprano.

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Si les gens qui écrivent se mettaient enfin à lire, les éditeurs et les libraires se porteraient mieux.

Tout sauf ordinaire

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Stella Corfou est tout sauf un roman ordinaire. C’est à cette conclusion que je suis arrivée quand j’ai déposé le livre de Béatrix Beck (qui a vécu une dizaine d’années au Québec), dont j’avais tant aimé Une mort irrégulière il y a de cela près de trente ans. En effet, comment pourrait-il être banal ce roman qui met en scène une marginale à la tignasse et au corps remarquables et dont le talent ne réside pas seulement dans ses extravagances de toutes sortes mais aussi dans le langage qu’elle réinvente à sa manière?

Histoire d’amour, histoire d’exil intérieur, personnages tissés avec le sens du grotesque mais sans que ça le devienne, Stella Corfou est un roman qui brise les barrières de la pudeur – il vaut mieux que vous le sachiez au cas où. Il n’en reste pas moins qu’une telle imagination, qu’une telle écriture, qui vous font parfois perdre le souffle, font qu’on ne peut rester insensible devant ce roman mettant en lumière une passionara – un peu – dingue, mais attachante.

Des nouvelles déroutantes

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Doux leurres, de Colette Lambrichs, née à Bruxelles, regroupe de courtes nouvelles, chaque fois incisives et déroutantes. Concises, presque économes, la plupart d’entre elles portent un regard énigmatique sur le réel. On peut aimer, ou pas. Or, moi j’aime ce regard, j’aime être déroutée, emmenée dans des univers qui n’ont rien du connu et sur lesquels on dérape.

De la mer du Nord en passant par Sintra et Paris, Colette Lambrichs nous offre des décors insolites pour des nouvelles qui ont plus qu’un ton. Des nouvelles qui portent en elles l’art de nous faire fléchir dans l’abîme du rêve. Et des questions.

Quand François Emmanuel raconte la passion

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La passion et tout ce qu’elle a d’interdit ont mené sa mère à la mort. Mais ça, Jeanne l’ignore quand s’ouvre le roman en 1941. Sa curiosité et son acharnement lui feront découvrir le secret de Millie Savinsen à l’heure où elle-même, Jeanne, sa fille, celle qui tient le château familial malgré sa jeunesse en l’absence de son père emprisonné et des absences de son grand-père qui a laissé sa tête se perdre dans ses souvenirs, aimera de la même manière que sa mère a aimé.

Sa mère a aimé un autre que son père avec une passion sans retenue. Jeanne aimera un ennemi, un Allemand qui aime la langue française, les poètes, la musique. Un homme qui la sortira d’elle-même et la fera rêver dans ces Ardennes occupées, dans ce château qui est le sien et qu’on a réquisitionné. Amours interdites, amours contrecarrées, amours marquantes.

La passion Savinsen, histoire d’amour, histoire de guerre, histoire tout court. Magnifiquement écrite par François Emmanuel qui chaque fois a les mots et le regard justes sur ce qui anime l’être humain. Un grand roman pour lequel on lui a décerné le prix Rossel en 1998.