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Ce que mots vous inspirent 1564

POLYA (Ivan) - 3

La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d’exister, d’être ici et maintenant; sans elle le cœur de l’homme serait une planète sans vie. (Jon Kalman Stefansson)

*toile d’Ivan Polya

Odeur de varech 3

REID (John Robertson)

bourrasque
des ombres mouvantes
sur le sable

Gilles Ruel, Odeur de varech

*choix de la lectrice de John Robertson Reid

Ce que mots vous inspirent 1563

PAZ SILVA (Maria) - 1

Le manque est une brèche dans la muraille du monde – un appel d’air, auquel l’écriture répond. (Christian Bobin)

*toile de Maria Paz Silva

Odeur de varech 2

RENOIR (Pierre-Auguste) - 61

aujourd’hui
la route frôle la mer
marée d’automne

Gilles Ruel, Odeur de varech

*choix de la lectrice de Pierre-Auguste Renoir

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 10

CHALON (A. F.)

Si contre Amour je n’ay autre deffence

Si contre Amour je n’ay autre deffence,
Je m’en plaindray, mes vers le maudiront,
Et apres moy les roches rediront
Le tort qu’il faict à ma dure constance.

Puis que de luy j’endure cette offence,
Au moings tout haut, mes rithmes le diront,
Et nos neveus, a lors qu’ilz me liront,
En l’outrageant, m’en feront la vengeance.

Ayant perdu tout l’aise que j’avois,
Ce sera peu que de perdre ma voix.
S’on sçait l’aigreur de mon triste soucy,

Et fut celuy qui m’a faict ceste playe,
Il en aura, pour si dur coeur qu’il aye,
Quelque pitié, mais non pas de mercy.

(Étienne de la Boétie)

*toile d’A. F. Chalon (à propos duquel toute trace a disparu)

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 9

BROWN (Ford Madox)

Ores je te veux faire un solennel serment

Ores je te veux faire un solennel serment,
Non serment qui m’oblige à t’aimer d’avantage,
Car meshuy je ne puis ; mais un vray tesmoignage
A ceulx qui me liront, que j’aime loyaument.

C’est pour vray, je vivray, je mourray en t’aimant.
Je jure le hault ciel, du grand Dieu l’heritage,
Je jure encor l’enfer, de Pluton le partage,
Où les parjurs auront quelque jour leur tourment ;

Je jure Cupidon, le Dieu pour qui j’endure;
Son arc, ses traicts, ses yeux et sa trousse je jure :
Je n’aurois jamais fait : je veux bien jurer mieux,

J’en jure par la force et pouvoir de tes yeux,
Je jure ta grandeur, ta douceur et ta grace,
Et ton esprit, l’honneur de ceste terre basse.

(Étienne de la Boétie)

*toile de Ford Madox Brown

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 8

BORGES (Norah)

Je tremblois devant elle, et attendois, transi

Je tremblois devant elle, et attendois, transi,
Pour venger mon forfaict quelque juste sentence,
A moi mesme consent du poids de mon offence,
Lors qu’elle me dict :  » Va, je te prens à merci.

Que mon loz desormais par tout soit esclarci :
Emploie là tes ans, et, sans plus, meshuy pence
D’enrichir de mon nom par tes vers nostre France,
Couvre de vers ta faulte, et paie moi ainsi.  »

Sus donc, ma plume ! Il faut, pour jouir de ma peine,
Courir par sa grandeur d’une plus large veine.
Mais regarde à son oeil, qu’il ne nous abandonne.

Sans ses yeux, nos espritz se mourroient languissants :
Ilz nous donnent le coeur, ilz nous donnent le sens :
Pour se payer de moy, il faut qu’elle me donne.

(Étienne de la Boétie)

*toile de Norah Borges

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 7

PILOCO (Richard) - 6

Helas! combien de jours, helas ! combien de nuicts

Helas! combien de jours, helas! combien de nuicts
J’ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure!
C’est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j’ay eu tout un siecle d’ennuis.

Je n’en veux mal qu’à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j’en pleure;
C’est que, mal advisé, je laissay, en mal’heure,
Celle la que laisser nulle part je ne puis.

J’ay honte que desja ma peau decoulouree
Se voit par mes ennuis de rides labouree :
J’ay honte que desja les douleurs inhumaines

Me blanchissent le poil sans le congé du temps.
Encor moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.

(Étienne de la Boétie)

*toile de Richard Piloco

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 6

PAPP (Robert)

C’estoit alors, quand, les chaleurs passees

C’estoit alors, quand, les chaleurs passees,
Le sale Automne aux cuves va foulant
Le raisin gras dessoubz le pied coulant,
Que mes douleurs furent encommencees.

Le paisan bat ses gerbes amassees,
Et aux caveaux ses bouillans muis roulant,
Et des fruictiers son automne croulant,
Se vange lors des peines advancées.

Seroit ce point un presage donné
Que mon espoir est desjà moissonné ?
Non certes, non ! Mais pour certain je pense,

J’auray, si bien à deviner j’entends,
Si l’on peult rien prognostiquer du temps,
Quelque grand fruict de ma longue esperance.

(Étienne de la Boétie)

*toile de Robert Papp

Un dimanche avec Étienne de la Boétie 5

ERDMANN (Otto Wilhelm) - 1

C’est faict, mon coeur, quitons la liberté

C’est faict, mon coeur, quitons la liberté.
Dequoy meshuy serviroit la deffence,
Que d’agrandir et la peine et l’offence?
Plus ne suis fort, ainsi que j’ay esté.

La raison fust un temps de mon costé,
Or, revoltée, elle veut que je pense
Qu’il faut servir, et prendre en recompence
Qu’oncq d’un tel neud nul ne feust arresté.

S’il se faut rendre, alors il est saison,
Quand on n’a plus devers soy la raison.
Je voy qu’Amour, sans que je le deserve,

Sans aucun droict, se vient saisir de moy;
Et voy qu’encor il faut à ce grand Roy,
Quand il a tort, que la raison luy serve.

(Étienne de la Boétie)

*toile d’Otto Wilhelm Erdmann