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L’anthologie du dimanche 3

DUNBAR (Polly)

Celui qui entre par hasard…

Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt
II suffit qu’une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d’abeilles
Et 1’odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu’une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d’un arbre dans le matin.

René Guy Cadou
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*illustration de Polly Dunbar

L’anthologie du dimanche 2

ANDERSON (Sophie) - 4

D’un vanneur de blé aux vents

A vous, troupe légère,
Qui d’aile passagère
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,

J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces œillets aussi.

De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j’ahane
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour.

Joachim du Bellay
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de Sophie Anderson

L’anthologie du dimanche 1

ALLINGHAM (Helen) - 12

Comme c’est aujourd’hui que se termine la semaine de relâche des enfants montréalais, les jeunes lectrices peintes par Helen Allingham ont invité des amis lecteurs au pays ce dimanche afin de partager avec eux l’anthologie de poèmes destinée aux jeunes Demain dès l’aube, réunissant des textes colligés par Jacques Charpentreau et Dominique Coffin, intitulée Demain dès l’aube. Et pour entamer cette journée, ce poème de Marceline Desbordes-Valmore :
Les roses de Saadi

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Frayer 3

SUGG (Cindy)

nos rêves sentent la boucane et dessinent
un voilier d’oies blanches
sur le plafond des possibles

j’ai dans le ventre un ski-doo la nuit sur l’asphalte
avec toutes les étincelles que ça peut faire

Marie-Andrée Gull, Frayer

*choix de la lectrice de Cindy Sugg

Frayer 2

DEDEBANT (Éric)

chercher sans relâche
quoi faire de sa peau

par les petites rues les chemins de bois
les raccourcis de cimetière et de chemin de fer
chercher

chercher

Marie-Andrée Gill, Frayer

*choix de la lectrice d’Éric Dedebant

Le chat lecteur

IMG_20170116_0021
(illustration de Victor Chizhikov)

Aujourd’hui, je prendrais bien sa place. Et pas qu’aujourd’hui.
Comment fait-on pour se glisser dans une carte postale?

Ce que mots vous inspirent 1915

COLVIN (Rob)

Le monde est un beau livre, mais il sert peu à qui ne le sait lire. (Carlo Goldoni)

*toile de Rob Colvin

Frayer 1

CYANKIEWICZ (Zdzislaw) - 1

Caresser la cassure, la parole

ce moment où personne ne me dit
à quoi je devrais ressembler.

Marie-Andrée Gill, Frayer

*choix de la lectrice de Zdzislaw Cyankiewicz

Ce que mots vous inspirent 1914

TROPININ (Vasily) - 2

Pour être heureux, il faut essayer de vivre chaque minute au charme que nous lui trouverons lorsqu’elle ne sera plus qu’un souvenir. (Henri Troyat)

*toile de Vasily Tropinin

Chants d’automne 4

LOZANO (Nydia) - 3

Nous partons avec les vents contraires
les plus longues des marées
et de toutes parts revient le sel
par l’arbre et la neige

Ô je revois la campagne et ses épis
par myriades dorées
et par dessus les monts
les parfaites étoiles
que l’âge a recueillies
– que l’âge a assemblées

Christiane Saleh, Chants d’automne

*choix de la lectrice de Nydia Lozano