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Infranchissables 2

FETTI (Domenico) - 3

Le balaiement de l’œil
dans l’écart des gestes
notre mouvance dans l’ombre
avons-nous été plus sûrs de nous-mêmes
qu’un caillou simple
qu’un scintillement d’étoiles
juste plus seuls
nous agrippant
au seuil de l’amour

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice de Domenico Fetti

Belle invitation

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(aquarelle de Wempy Homeric)

Belle invitation que celle de Laura et de ses collègues bibliothécaires qui me proposent de m’asseoir avec eux au Six Pence Pub de Savannah afin de discuter littéraire autour d’un bol de soupe et d’une salade.

Ce que mots vous inspirent 2124

SEGURA (Jean-François) - 2

C’est une erreur de croire nécessairement faux ce qu’on ne comprend pas. (Gandhi)

*toile de Jean-François Segura

Infranchissables 1

FAVRE (Yvan)

L’avenir brillait de toutes ses lames
léchant le sel des images
c’était à celui qui devait revenir
intact dans la blancheur
une ombre entraîne
avec elle le début du monde
ce commencement que nous désirons
dans l’éclair où se consume
l’inachèvement de nos mains

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice d’Yvan Favre

Ce que mots vous inspirent 2123

SEIFERT (Alfred)

Il est bon d’avoir appris à ses dépends ce qu’on a besoin de savoir. (Herman Hesse)

*toile d’Alfred Seifert

Les poèmes de Louise 5

PILLAULT (Loetitia)

J’ai vu

J’ai vu plus d’un adieu se lever au matin,
J’ai vu sur mon chemin plus d’une pierre blanche,
J’ai vu parmi la ronce et parmi le plantain
Plus d’un profil perdu, plus d’un regard éteint
Et plus d’un bras, la nuit, que me tendaient les branches.

Par le calme et la pluie et le souffle du vent,
J’ai vu passer les mots qu’un baiser accompagne
J’ai vu ces baisers-là s’en aller au couvent,
Et dans le flot des lacs où le temps va, rêvant,
J’ai vu plus d’un noyer dont je fus la compagne.

J’ai vu tous mes regrets guetter mon avenir,
L’amour me délaisser pour une autre nature,
Mon cœur, mal estimé, de loin me revenir
Et ce cœur me rester pour battre ma mesure.

Ces mains, ces yeux, ces bras où passa mon destin,
Ces profils éperdus ne pesant plus une once,
Je les revois dans l’onde et l’arbre et le plantain
Et je me vois gisant dans l’entrelacs des ronces.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Loetitia Pillault

Ce que mots vous inspirent 2122

SENSEI (Yaoi)

Le seul fait d’exister est un véritable bonheur. (Blaise Cendrars)

*illustration de Yaoi Sensei

Les poèmes de Louise 4

PIREDDA (Flavio) - 1

Le sable du sablier

Sur le Danube en février
Les longs îlots d’herbe frissonnent,
Ce sont des tombeaux oubliés
Que la brume d’oubli couronne.

Les souvenirs y sont couchés
Pareils à des anges malades,
Les souvenirs anges cachés
Au cœur d’anciennes promenades.

Le fleuve glisse bras ouverts
À la poursuite d’un visage
Et fait danser tête à l’envers
Les amants en pèlerinage.

Quand meurt aux abords de l’Été
Le grand vent qui souffle d’Asie
Le papillon vient grelotter
Sur ces tombeaux de fantaisies.

Oh! fantaisie! Oh! vérité!
L’heure est partie en étrangère
De ces souvenirs désertés
Dont elle fut la passagère.

Gardienne de ces reposoirs,
La ronce, négresse en broussailles,
Vient apporter ses bijoux noirs
Au pied du lit des épousailles.

Mais les anges n’ont d’autre ami
Que ce fleuve au destin tranquille
Et leurs noms se sont endormis
Sous l’herbe haute de ces îles.

Sur le Danube en février
La mouette lourde et sauvage,
Dans le sable du sablier
Ensable à jamais nos images.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Flavio Piredda

Ce que mots vous inspirent 2121

SERIO (Tony) - 2

La vie possède un secret, celui du constant étonnement. (Gilbert Keith Chesterton)

*toile de Tony Serio

Les poèmes de Louise 3

PLANTAGENET (Rowan)

Attendez le prochain bateau

Belle, sous la mauvaise étoile,
Un soir, une dame à vapeurs,
Sur le pont d’un bateau à voiles
Soupirait pour un voyageur.
Mais insensible aux vœux d’un cœur
Il aimait une dame à voile
Au bord d’un navire à vapeur.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

Plus tard, devenue dame à voile,
À bord d’un navire à vapeur,
Elle revit ce voyageur
Blanchi aux feux de son étoile.
Mais il avait perdu son cœur
Sur le pont d’un bateau à voiles
Aux pieds d’une dame à vapeurs.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Rowan Plantagenet