Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
L’ardeur 3

SINCLAIR (Suzannah) - 1

Double accès séquentiel

Au début, on cherche une paire d’yeux
et on y enfonce ses regards.
Peut-être que là-bas, dans les profondeurs,
il y a quelqu’un qui aboie,
tranche les têtes, tire les cordages.

On prend ensuite une paire de lèvres
et on dessine leur contour,
délicatement, avec le bout de la langue.

Puis, une paire de bras
qui ressemblent à quelques ailes endormies,
qui, tangentiels, par-dessus tes épaules,
sont en train de s’arquer.

Et à tout cela s’ajoutent la paire d’yeux,
la paire de lèvres, d’ailes endormies,
de cuisses, qui sont tiennes.

S’y ajoute ainsi, paire et sans paire, tout le reste,
jusqu’à ce qu’on arrive à une paire de cœurs.
Jusqu’à ce qu’on arrive à se retrouver soi-même.

Linda Maria Baros, dans L’ardeur : ABC poétique du vivre plus

*choix de la lectrice de Suzannah Sinclair

Ce que mots vous inspirent 2241

WORTH (Alexi)

Tout livre est l’image d’une solitude. (Paul Auster)

*toile d’Alexi Worth

L’ardeur 2

SINGER (Hal)

Patchwork

Depuis que j’écris,
J’inscris ce que je me dis,
Je me raconte,

Mes exclamations,
Mes points d’interrogation,
Mes points de suspension.

Je n’ai pas changé les objets de mes écrits,
Ni ma façon d’écrire.
Tête posée sur l’oreiller,

J’erre dans le silence de la pensée,
Je tiens à quelques mots déposés dans ma mémoire.
Ils me donnent le moyen d’écrire et d’écrire encore.
Je survis à travers quelques mots.

Penchée au-dessus de mon clavier,
Les doigts en suspens dans l’indifférence des mots,
J’attends la salvatrice illumination.

J’ai scandé des tresses en vers à contre-sens,
J’ai fabriqué des chemins de mots,
Je n’ai pas pensé à charge de revanche.

Je n’ai pas arraché de la terre médusée les mots de mauvaise herbe,
J’ai regardé l’étendue des lignes aux mots flotteurs,
Je m’y suis attachée parfois,
J’écris la vie qui me serre et me bouleverse.

D’une émotion à l’autre je retiens des bribes,
Que je désespère et poétise,
De ce qui me traverse j’inscris le tangible instant,
Je vagabonde au milieu des mots.

Je chantonne plus que je n’écris.

Flora Devatine, dans L’ardeur : ABC poétique du vivre plus

*choix de la lectrice signée Hal Singer

Ce que mots vous inspirent 2240

YEOH (Robert)

On ne peut pas laisser passer une chance qu’on n’a jamais eue. (Richelle Mead)

*toile de Robert Yeoh

L’ardeur 1

NOOTT (Edward) - 2

Ulysse

Je veux te retrouver enfant
retrouver ces jours de grand vent
qui sculptaient ta chevelure
de sable et de sel

alors tu rejoignais mon antre
à pas lents
pour que j’admire ta coiffe
et ton allure étrange

tu ne parlais plus
tu faisais de grands gestes
le soleil dans ton dos
tu déplaçais les ombres

et je t’appelais Reine

je veux glisser mes mains d’enfant
derrière ta nuque
porter ton visage comme un calice
et danser en aveugle

je veux frôler ton pied
dans la poussière froide
et que ton rire me dévore
je veux dormir quand tu veilles
et que les chèvres dévalent la colline

pour annoncer le soir

je veux te voir partir et rester seul
pour recueillir
au son des cloches animales
les perles de sable et de sel
tombées de tes cheveux

Aurélia Lassaque, dans L’ardeur : ABC poétique du vivre plus

*choix de la lectrice d’Edward Noott

Ce que mots vous inspirent 2239

YOSHIHAMA (Asako)

On dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Ce n’est pas vrai. Le monde appartient à ceux qui sont heureux de se lever. (Monica Vitti)

*illustration d’Asako Yoshihama

Poèmes japonais 4

SMADJA (Isabelle)

Un souci d’amour
Fait couler mes larmes
Qui m’obscurcissent le ciel.
À la lune qui pénètre dans ma chambre
Je ne trouve plus le même éclat.

Fujiwara no Kintsune, dans Anthologie de la poésie japonaise

*choix de la lectrice d’Isabelle Smadja

Un dimanche lusophone 10

DITZ - 2

Pour la lectrice peinte par Ditz, j’ai choisi ce poème de Sophia de Mello Breyner, lauréate 1999.

Un dimanche lusophone 9

DE MAESSCHALCK (Jan) - 4

À la lectrice de Jan De Maesschalck, je propose de faire connaissance avec Vergilio Ferreira, lauréat 1992, grâce à ce billet.

Un dimanche lusophone 8

DE LA TORRE (Romel) - 2

Pour la lectrice peine par Romel de la Torre, j’ai choisi cette citation de Jorge Amado, lauréat 1994.