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L’odeur des jacynthes 2

MUKTA

Elle est venue un soir d’hiver,
Un soir de brume et d’amertume.
Je rêvais aux rêves d’hier
Qui m’ont laissé seul dans la brume.

J’étais tout seul avec la vie
À qui je parlais du passé.
La triste, l’inclémente amie
Me répondait d’un ton lassé :

« Laisse les rêves d’autrefois
Dormir aux plis de leur suaire.
Ne réveille pas leurs émois,
Pense à des choses moins amères. »

Mais moi, je rappelais mon rêve
Ou bien je reprenais le livre
Que je lisais alors sans trêve,
Que je lisais comme on s’enivre;

Les heures s’en allaient très lentes,
C’était un soir d’ennui amer.
Un soir de mortes et d’absentes,
Je rêvais aux rêves d’hier.

Elle est venue un soir d’hiver.
Ses yeux déchirèrent la nue
Elle est venue, c’était hier.
Elle est venue.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice signée Mukta (dont toute trace a disparu)

Ce que mots vous inspirent 2327

NAMEROW (Jorge)

Les secrets trop bien gardés sont comme des cartouches dans un stylo d’enfant. Quand ils éclatent, une encre sombre s’écoule et ça ressemble à du sang. (Éric Fottorino)

*toile de Jorge Namerow

L’odeur des jacynthes 1

muhlen

Les cœurs dorment dans des coffrets
Que ferment de belles serrures;
Sous les émaux et les dorures
La poussière des vieux secrets
Et des lointaines impostures
Se mêle aux frêles moisissures
Des plus récentes aventures :
Chère, ôtez vos doigts indiscrets,
Les cœurs dorment.

Vos doigts ravivent des blessures
Et vos regards sont des injures,
Laissez-les reposer en paix.
Comme des rois dans leurs palais
Ou des morts dans leurs sépultures,
Les cœurs dorment.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice signée Hermann Mühlen

Ce que mots vous inspirent 2326

NAKAHARA (Arisa)

Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux, il faut lire. (Michel Foucault)

*toile d’Arisa Nakahara

La blessure des mots 2

MYZNIKOV (Gennady) - 1

Intimité amoureuse

De ta voix cajoleuse au frisson virginal,
Laisse flotter sur moi le désir qui m’enjôle,
Ce rêve qui chuchote au creux de mon épaule
Et qui me tient si chaud, parfois, que j’en ai mal.
Un soupir, une haleine, un délice amical
Te livrent chancelante à l’amour qui te frôle,
L’amour dont, comme toi, je pressens tout le rôle
Dans le souffle d’un vœu fragile et musical.
Fais naître, s’il te plaît, l’extase d’une étreinte;
La douceur met sur nous une invisible empreinte
Avec des mots au loin caressant l’horizon;
Un beau ciel alangui se drape de mystère;
Et nos yeux fascinés par la même oraison,
Semblent depuis longtemps avoir quitté la terre.

Thierry Cabot, La blessure des mots

*choix de la lectrice de Gennady Myznikov

La danse à la ville

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S’il est un artiste qui n’a pas besoin de présentation, c’est bien Renoir.
Et je dois avouer que ce tableau intitulée La danse à la ville est rien de moins que sublime.

Ce que mots vous inspirent 2325

NADLER (Ellis) - 2

Réfléchir c’est difficile, c’est pourquoi la plupart des gens jugent. (Carl Gustav Jung)

*toile d’Ellis Nadler

La blessure des mots 1

MÜTZNER (Samuel)

Pressez-vous de m’aimer. J’avais froid tout à l’heure.
Le vent du soir gémit comme enfant glacé.
D’infatigables maux pleuvent sur ma demeure,
Et mes élans d’hier ont pour toujours cessé.

Car hier est si loin… si loin que, terrassé,
Je sens de toutes parts le néant qui m’effleure;
Le fantôme d’un songe à peine commencé
Où ma vie, un moment, apparaissait meilleure.

Oh! Pressez-vous! Je n’ai rien fait. Voilà demain.
Votre joue adorable et votre douce main
Seules peut-être ici, réchaufferont mes lèvres.

Pressez-vous. Le temps fuit. J’ai vécu par hasard;
Mon cœur faible a sombré dans des jours las et mièvres.
Et je veux tant qu’on m’aime avant qu’il soit trop tard.

Thierry Cabot, La blessure des mots

*choix de la lectrice Samuel Mützner

Ce que mots vous inspirent 2324

HARTMAN (Christine) - 2

Les écrits sont la descendance de l’âme comme les enfants sont celle du corps. (Clément d’Alexandrie)

*toile de Christine Hartman

Du monde entier 3

KRAVCHENKO (Boris)

Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à son cœur.

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde

*choix de la lectrice de Boris Kravchenko (dont toute trace a disparu)