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Les vers de Pablo 1

Le choix n’a pas été facile. Il est vrai que la lectrice du peintre Romel de la Torre adore la poésie, autant la poésie dite classique que la poésie actuelle. Mais elle aime tant Pablo Neruda que c’est son recueil La rose détachée et autres poèmes qu’elle a choisi pour les lectrices du soir. Pour qui elle a sélectionné cet extrait :

Image

D’une femme qui fut rencontre fugitive
je conserve le nom bien enfermé : c’est un coffret :
j’en élève parfois les syllabes rouillées
qui grincent tels de vieux pianos désaccordés :
de la pluie surgissent aussitôt les arbres de l’époque,
les jasmins, les deux nattes victorieuses
d’une femme au corps disparu, perdue,
noyée dans le temps comme dans les lentes eaux d’un lac :
ses yeux s’y sont éteints comme charbons en cendre.

Ce que mots vous inspirent 707

Il n’est pas de drame auquel la vie ne puisse donner les couleurs de l’espoir. (Claude Lelouch)

*toile de Carlos C. Lainez

Terre de femmes 16

Renaissance

Tu prends forme
Dans l’arborescence de ma vie
Tout mon être se dilue
Dans le parfum du soir
Et mes jours de brumes tissés
S’allongent sur le parvis
De l’éternité en marche

Les heures qui passent
Entraînent les saisons
Dans la cadence de l’émoi
Et au clair de l’espoir
Je me dirige à pas perdus
Dans les frondaisons des souvenirs

J’insère une note de paix
Dans la partition du présent
Pour la salvation des esprits en sursis

Maggy De Coster
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Sarah Hartzell

Ce que mots vous inspirent 706

Les choses qui vous échappent ont plus d’importance que les choses qu’on possède. (Somerset Maugham)

*toile de Gabriela Labudda

Terre de femmes 15

Poète d’été poète d’automne
Soleil de mes moments de défaillance
À l’ombre de tes lèvres
Je masque mes douleurs
Masque de tes poésies
De tes poésies d’amour
De tes poésies de fin du monde
De ton négro spiritual
Poète d’été poète d’automne
Je remâche constamment tes mots
Tes mots désespérés
T’ont libéré enfin
Les poils de ton corps sont
Une forêt sauvage
Tes baisers sur mes yeux sont les quatre saisons
Un jour tu seras oiseau
Je te volerai dans ta cage

Marie-Laurette Destin
(Dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Barbara Grossman

Un Portugais plein d’imagination

Des livres, oui, mais surtout beaucoup d’imagination, c’est ce que vous trouverez en visitant les pages de l’illustrateur portugais André Letria, récompensé à quelques reprises par des prix prestigieux, que je vous invite à découvrir sans tarder au moyen de ce lien.

Ce que mots vous inspirent 705

Il n’est pas utile de savoir où l’on va. Ni de chercher un lieu où aller. Le monde se propose à notre appétit, quand il le veut. Il s’ouvre. Il dégage des perspectives, élargit le brin d’herbe jusqu’à la forêt et le coin de fenêtre au ciel tout entier. On ne voyage que dans l’abandon. Sans horaires. Et, de préférence, sans retour. (Franz Bartelt)

*illustration de John La Gatta

Terre de femmes 14

La mer au seuil de ma chambre

La mer au seuil de ma chambre
abandonne algues et conques.
Il n’est barque qui n’accoste
aux marches d’une alcôve,
ni bateau qui ne livre ses gréements
au havre d’une épaule.
La mer dans la chambre,
son soleil dans une main,
mouille aux sables de quatre murs.
À l’heure où se meurt l’écume
commence l’odyssée d’un lit
toutes voiles déployées
sur nos marées intérieures.

Kettly Mars
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Reineke Hollander

En vos mots 274

Parce que les dimanches se suivent mais ne se ressemblent pas, la lectrice que je vous propose cette semaine afin que vous la racontiez en vos mots est bien différente de celle de la semaine dernière.

La suite est entre vos mains. Nous ne connaîtrons donc pas le sort que vous réservez à la lectrice de Ramon Lombarte avant dimanche prochain, car aucun commentaire ne sera validé avant, comme le veut l’habitude.

D’ici là, bonne promenade au pays de Lali et bon dimanche à tous!

Terre de femmes 13

Il fait un temps de poème

l’après-midi flambe à travers la fenêtre
à l’heure de la sieste
il est interdit de parler au poète
do not disturb
because
je fais l’amour avec des mots
derrière la porte
et dans mon lit

il ne faut pas déranger le poète
il n’y a pas de réponse au numéro que vous avez composé
je m’absente du monde momentanément
je laisse la misère de côté
le temps de me dire
pousse la porte du pied
prends ton pied

il est interdit de parler au poète
jusqu’au mois d’août
because je suis in the bed
avec des mots
des mots sans pieds ni tête
des mots aboiements de lune aux chiens
des mots frissons d’iguanes éblouis par des roses
des mots tuiles qui me tombent sur la tête
car je ne sais pas jouer la comédie

des mots sables mouvants
des mots clous de crucifixion
et de Pâques ressuscitées
des mots flagellations sur des cuisses dénudées
des mots promissions
des mots Place de l’Opéra
ou Place Saint-Pierre
ou Place où tu voudras
between Brooklyn and Africa

il est interdit de disturb le poète
Je n’y suis pour personne
quand les mots courent dans ma tête
et marchent dans mon sang
trois petits tours et puis s’en vont
attendez la fin de l’été
il fait un temps à mettre un poème à la rue

Michèle Voltaire Marcelin
(dans Terre de femmes de Bruno Doucey)

*choix de la lectrice de Sergei Ivanovich Gribkov