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L’école des poètes 1

Les personnages de l’illustratrice Catherine Simpson étaient si heureux quand ils ont cogné à ma porte. C’est avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles qu’ils m’ont tendu un très beau recueil de poèmes destinés aux jeunes, tout en souhaitant que j’en fasse le thème de ce dimanche. Et comme j’ai, comme eux, eu un coup de foudre pour L’école des poètes de Joël Sadeler, ce dernier dimanche de novembre sera tout en poésie.

Toutes les deux heures, j’inviterai donc des jeunes lecteurs à se joindre à nous afin de partager quelques poèmes, en commençant par celui-ci, du poète belge Maurice Carême :

La bouteille d’encre

D’une bouteille d’encre,
On peut tout retirer :
Le navire avec l’ancre,
La chèvre avec le pré,

La tour avec la reine,
La branche avec l’oiseau,
L’esclave avec la chaîne,
L’ours avec l’Esquimau,

D’une bouteille d’encre,
On peut tout retirer,
Si l’on n’est pas un cancre
Et qu’on sait dessiner.

À voix basse 2

Diane et l’eau douce

nomade
je me balade avec la douceur de tes yeux
dans mon sac à dos
à court de mots
pour écrire la tendresse
se meurt mon beau parler d’amour

mais claire était l’eau
mais douce était l’eau
et claire et douce la pluie
la pluie sur les errances

à voir tomber
toute la morosité du ciel
on croirait que la nuit
s’installe pour la saison
que le soleil se noie
sans espoir de revoir
tes verdoyantes collines

Maurice Cadet, À voix basse

*choix de la lectrice de Suzanne Féraud

Sept ans

Sept ans.

Ma première bicyclette.
Les livres de la comtesse de Ségur.
Les poèmes de Maurice Carême et de Lucie Delarue-Mardrus.

Sept ans.

L’âge du pays de Lali aujourd’hui.

*illustration de Zuzanna Celej

À voix basse 1

brèves

j’écris
avec une pincée de mots
sans vocabulaire propre
je traîne dans les bavures du temps
mes désirs échevelés
mon chagrin nomade
ma tendresse déchaussée
j’entrelace des saisons contraires
et le verbe en moi
est combustion
ou froidure

au fil des semaines
le vide de ma boîte aux lettres
creuse
ma solitude

Maurice Cadet, À voix basse

*choix de la lectrice de S. Lamm (dont toute trace a disparu)

Ce que mots vous inspirent 804

Ce qui se dit en trois mots n’est jamais si bien dit en quatre; et un bon livre n’est pas celui qui dit tout, mais qui fait beaucoup penser. (André Chénier)

*toile de Jean Raoux

Éphémérides 5

Absurdes raisons

Ceux que j’ai aimés ne l’ont sans doute jamais su.
On aime pour de si absurdes raisons.
Il vaut mieux les cacher.
Que le doute réchauffe ceux
qu’aucun amour ne rassurera jamais, de toute façon.

Monique Bosco, Éphémérides

*choix de la lectrice d’Ethel Walker

Ce que mots vous inspirent 803

Le cœur est humain dans la mesure où il se révolte. (Georges Bataille)

*toile d’Evgeniy Monahov

Éphémérides 4

Le temps perdu

J’ai perdu mon temps de si étrange façon.
En aveugle, sans le voir passer.
Sourde qui n’a pas entendu son tic-tac frénétique.
Muette qui n’osa prononcer les paroles nécessaires.
Je l’ai perdu, comme une folle, qui n’a jamais perçu la dure leçon de la passion.

Monique Bosco, Éphémérides

choix de la lectrice de Jean McReynolds

Ce que mots vous inspirent 802

Il y a deux façons de vivre sa vie : l’une en croyant que rien n’est miraculeux, l’autre en croyant que tout l’est. (Wendy Wunder)

*toile de Fabio Hurtado

Éphémérides 3

Fantôme

De nuit, ton fantôme
Oui, c’était toi, sans nul doute.
Le spectre de l’amour est fidèle.
Je n’ai pas osé feindre l’ignorance.
L’oubli n’est pas mon fort.
Devant le rappel de l’amour mort et perdu
j’ai été aussi faible qu’autrefois.

Monique Bosco, Éphémérides

*choix de la lectrice de Léon Bonnat