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Les espaces 4

WRAGG (John)

si tu dessines par soustraction
il n’y aura rien à compter

reste debout et logique
reste derrière tes mains
l’air te traverse

tu n’es qu’un espace comme les autres

Jean-Simon DesRochers, Les espaces

*choix de la lectrice de John Wragg

Les espaces 3

OWEN (Bradley)

même si le mot ne livre pas la pensée du mot
je garderai mon calme (je veux rester lisible)

voilà :
les pages forment les écrans le rêve
traversés de corps images
corps écoles et corps de rien

quand tu reprendras ton souffle
raconte-moi le temps si près d’hier

Jean-Simon DesRochers, Les espaces

*choix de la lectrice de Bradley Owen

Les espaces 2

EISAKU (Wada) - 3

le mot contenant tous les mots
n’habite pas la saison d’une tête

je ne peux rien sinon couvrir l’espace
remuer les eaux avec mes vents paraboliques
faire tomber le jour et ses lendemains
cacher une école dans les replis d’un drap noir

Jean-Simon DesRochers, Les espaces

*choix de la lectrice de Wada Eisaku

Les espaces 1

razza

on te l’a dit
la terre dépasse ton idée du monde
la terre : une rivière sans berges

tu le découvres un matin de pluie
créature aux lumières lâches
égarée entre ses jeux et leurs espaces

Jean-Simon DesRochers, Les espaces

*choix de la lectrice d’Al Razza

Les yeux d’Elsa 5

VAN GOOL (José) - 10

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu
Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

*choix de la lectrice de José Van Gool

Les yeux d’Elsa 4

VAN HOOK (George) - 14

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin, minuit, midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble
C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

*choix de la lectrice de George Van Hook

Les yeux d’Elsa 3

SMITH-WILLOW (Neal) - 2

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

*choix de la lectrice de Neal Smith-Willow

Les yeux d’Elsa 2

SMIT (Peter) - 1

Elle avait peur que la nuit fût trop claire
Elle avait peur que le vin fût grisant
Elle avait peur surtout de lui déplaire
Sur la colline où fuyaient des faisans
N’aimes-tu pas le velours des mensonges
Il y a des fleurs qu’on appelle pensées
J’en ai cueilli qui poussaient dans mes songes
J’en ai pour toi des couronnes tressées

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

*choix de la lectrice de Peter Smit

Les yeux d’Elsa 1

LANGLEY (Walter) - 9

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Louis Aragon, Les yeux d’Elsa

*choix de la lectrice de Walter Langley

Poèmes de toujours 3

KOTSKA (Andrey Andreevich)

Ce monde est-il rêve? Réalité?
Réalité ou rêve, je ne sais, puisque étant, il n’est pas.

Auteur anonyme, dans Poèmes de toujours, colligés par Makota Ôoka

*choix de la lectrice d’Andrey Andreevich Kotska