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Infranchissables 5

MAINARDI (Sebastiano)

Debout sur les versants
je voudrais te voir
caresser ton visage
les bras alanguis
en ton sommeil
l’effilochage de l’épaule
dans le chas de l’amour
le cœur qui endure
veille sur toi

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice de Sebastiano Mainardi

Infranchissables 4

FREUD (Lucian) - 4

Approche-toi de la mer
écoute monter la rumeur
des cris au rebord
le blé perpétuel
qui se tresse
au souffle coupé de la lumière
les bouches ouvertes
la multitude des mains au couchant
ce don laissé
dans l’éclair du retournement
la terreur de l’offrande au passage

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice de Lucian Freud

Infranchissables 3

FOX (Marie) - 15

L’enfant demeure en cette parole
lisibilité de l’âme
dans la transparence des mains
quelle promesse franchis-tu
en cette distance immaculée

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice de Marie Fox

Infranchissables 2

FETTI (Domenico) - 3

Le balaiement de l’œil
dans l’écart des gestes
notre mouvance dans l’ombre
avons-nous été plus sûrs de nous-mêmes
qu’un caillou simple
qu’un scintillement d’étoiles
juste plus seuls
nous agrippant
au seuil de l’amour

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice de Domenico Fetti

Infranchissables 1

FAVRE (Yvan)

L’avenir brillait de toutes ses lames
léchant le sel des images
c’était à celui qui devait revenir
intact dans la blancheur
une ombre entraîne
avec elle le début du monde
ce commencement que nous désirons
dans l’éclair où se consume
l’inachèvement de nos mains

Michel Létourneau, Nos vies infranchissables

*choix de la lectrice d’Yvan Favre

Les poèmes de Louise 5

PILLAULT (Loetitia)

J’ai vu

J’ai vu plus d’un adieu se lever au matin,
J’ai vu sur mon chemin plus d’une pierre blanche,
J’ai vu parmi la ronce et parmi le plantain
Plus d’un profil perdu, plus d’un regard éteint
Et plus d’un bras, la nuit, que me tendaient les branches.

Par le calme et la pluie et le souffle du vent,
J’ai vu passer les mots qu’un baiser accompagne
J’ai vu ces baisers-là s’en aller au couvent,
Et dans le flot des lacs où le temps va, rêvant,
J’ai vu plus d’un noyer dont je fus la compagne.

J’ai vu tous mes regrets guetter mon avenir,
L’amour me délaisser pour une autre nature,
Mon cœur, mal estimé, de loin me revenir
Et ce cœur me rester pour battre ma mesure.

Ces mains, ces yeux, ces bras où passa mon destin,
Ces profils éperdus ne pesant plus une once,
Je les revois dans l’onde et l’arbre et le plantain
Et je me vois gisant dans l’entrelacs des ronces.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Loetitia Pillault

Les poèmes de Louise 4

PIREDDA (Flavio) - 1

Le sable du sablier

Sur le Danube en février
Les longs îlots d’herbe frissonnent,
Ce sont des tombeaux oubliés
Que la brume d’oubli couronne.

Les souvenirs y sont couchés
Pareils à des anges malades,
Les souvenirs anges cachés
Au cœur d’anciennes promenades.

Le fleuve glisse bras ouverts
À la poursuite d’un visage
Et fait danser tête à l’envers
Les amants en pèlerinage.

Quand meurt aux abords de l’Été
Le grand vent qui souffle d’Asie
Le papillon vient grelotter
Sur ces tombeaux de fantaisies.

Oh! fantaisie! Oh! vérité!
L’heure est partie en étrangère
De ces souvenirs désertés
Dont elle fut la passagère.

Gardienne de ces reposoirs,
La ronce, négresse en broussailles,
Vient apporter ses bijoux noirs
Au pied du lit des épousailles.

Mais les anges n’ont d’autre ami
Que ce fleuve au destin tranquille
Et leurs noms se sont endormis
Sous l’herbe haute de ces îles.

Sur le Danube en février
La mouette lourde et sauvage,
Dans le sable du sablier
Ensable à jamais nos images.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Flavio Piredda

Les poèmes de Louise 3

PLANTAGENET (Rowan)

Attendez le prochain bateau

Belle, sous la mauvaise étoile,
Un soir, une dame à vapeurs,
Sur le pont d’un bateau à voiles
Soupirait pour un voyageur.
Mais insensible aux vœux d’un cœur
Il aimait une dame à voile
Au bord d’un navire à vapeur.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

Plus tard, devenue dame à voile,
À bord d’un navire à vapeur,
Elle revit ce voyageur
Blanchi aux feux de son étoile.
Mais il avait perdu son cœur
Sur le pont d’un bateau à voiles
Aux pieds d’une dame à vapeurs.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Rowan Plantagenet

Les poèmes de Louise 2

POPOVIC (Atanasije)

L’œil et l’œillet

L’œillet grenat et l’œillet mauve
Dans la chambre des jours heureux
De leur parfum font une alcôve
Pour mon amour dont l’œil est bleu.

L’œillet grenat et l’œillet rose
À l’heure où le baiser se prend
Parfument la main que je pose
Sur mon amour dont l’œil est grand.

Si de mon amour l’œil est triste
L’œillet mauve et l’œillet grenat
En leur parfum qui tant insiste

Raniment l’heure qui sonna
Et le geste qui vient se rendre
À mon amour dont l’œil est tendre.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice d’Atanasije Popovic

Les poèmes de Louise 1

ALABASTER (Vera)

Adieux

Les mots sont dits, les jeux sont faits
Toutes couleurs toutes mesures,
Le danger cueille son bouquet,
Aux falaises de l’aventure
Je ne reviendrai plus jamais.

Adieu chapeau de Capitaine
Adieu gais écheveaux du vent,
Astre du Nord, étoile vaine,
Un baiser est au firmament
Des jardins où je me promène.

Adieu bateaux au jour défaits,
L’heure attendue est bien venue,
L’amour me choisit mes secrets.
À la tour des peines perdues
Je ne monterai plus jamais.

Louise de Vilmorin, Poèmes

*choix de la lectrice de Vera Alabaster