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Parlez-vous québécois 1

CRAIN (Kay) - 9

Parce que je suis tombée sur un bouquin qui m’a beaucoup plu, je vais lui consacrer plus d’un dimanche à partir d’aujourd’hui. Cela fait partie du bonheur et de la liberté d’avoir un lieu à soi!

Il s’agit du livre Parlez-vous québécois? de Claire Armange, publié en 2011, dont j’ai extrait de nombreuses expressions que vous aurez – je l’espère – le plaisir de les découvrir pour certains et de les redécouvrir pour d’autres, notamment Armando, Anémone et Anne qui ont visité le Québec récemment ou il y a quelques années.

Les lecteurs et les lectrices qui les présenteront n’auront peut-être pas, à première vue, de points communs pour autre que moi. En effet, je les ai choisis parce qu’ils me donnaient l’impression d’être des voyageurs, en commençant cette lectrice peinte par Kay Crain pour qui j’ai choisi cette expression :
Aboyer à la lune : perdre son temps à essayer l’impossible, souvent en se plaignant de ne pas obtenir ce qui est désiré.

Quand on n’a que l’amour 3

BRON (Odile)

Je respire par tes mains
Je me couvre de ta peau
Je te bois
Je deviens
Soleils rouges
Tu es mon paysage mon tempo ma cadence
Mon naufrage et ma rime ma vague et mon volcan
Mon îlot de lumière ma bouteille à la mer
Mon homme argile

Imasango
(dans Quand on n’a que l’amour de Bruno Doucey et Sabine Péglion)

*choix de la lectrice d’Odile Bron

Quand on n’a que l’amour 2

BOYER (Richard) - 2

Je suis ton aube
Je suis ta nuit
Je suis une poussée de fièvre
Je suis un battement d’aile
Je suis une ardeur lycéenne
Je suis un cri sans fin
Je suis cette main tendue au coin d’une rue
Je suis cette faim qui rend toute pensée frêle
Je suis le sommeil d’un peuple millénaire
Je suis une angoisse inexpliquée
Je suis cette femme qui vient d’être aimée
Une langueur qui tâtonne
et guette l’aurore au fond d’une falaise
Un désir, un souvenir de ce que tu fus,
Longtemps,
Longtemps,
Avant d’être ce que tu es.
Je suis un songe de liberté
Et cette nuit,
C’est de toi,
Terre d’émeraude,
Que j’ai rêvé.

Ketty Nivyabandi
(dans Quand on n’a que l’amour de Bruno Doucey et Sabine Péglion)

*choix de la lectrice de Richard Boyer

Quand on n’a que l’amour 1

BOURLA (Irit) - 17

On partira c’est sûr
appuyés l’un à l’autre

parmi le cri des mouettes
délivrant la mer
les lueurs de l’aube
inclinant l’horizon
et ce sillage au loin
qu’il nous faudra franchir

On partira c’est sûr
appuyés l’un à l’autre

Mais que ta main encore
sur la mienne se pose

passerelle de vent
occultant l’abîme

en cette course
à l’infini des jours

qu’elle inscrive sur la berge
la caresse de l’instant
la profondeur des choses
la trace de nos pas

ce sillage fragile
minutes partagées
à la saveur du vivre

Sabine Péglion
(dans Quand on n’a que l’amour de Bruno Doucey et Sabine Péglion)

*choix de la lectrice d’Irit Bourla

Rouge vive 3

PILOCO (Richard) - 16

Il m’a guidée
vers son refuge
Maison tiède

Sa tanière
de rosiers carmins

Estelle Fenzy, Rouge vive

*choix de la lectrice de Richard Piloco

Rouge vive 2

PICCATTO (Gabriella) - 6

Je me sens chez moi soudain
dans la lucarne entrouverte du soir
sur ce sentier de cordages

où amarrer demain

Il m’attendait
de tous ses bras

J’y ai posé mes lézardes
mes érosions

ma liberté injuste.

Estelle Fenzy, Rouge vive

*choix de la lectrice de Gabriella Piccatto

Rouge vive 1

PICARD (James)

À l’heure où les talus s’allument
dans le soleil du bas du jour
et ma robe de vent

l’ampleur de mes pas
et de mon évasion

effraie les ombres

Estelle Fenzy, Rouge vive

*choix de la lectrice de James Picard

Les vers de Benoît 4

BOURLA (Irit) - 20

Il n’y a que toi

Si je te prends par la main
je ne penserai plus
comme ce moment ai bout du grand tremplin
ce pas que je n’arrive pas à faire
c’est toi qui le fais pour moi
nous ne respirons plus
c’est une chute
je veux qu’elle dure
tout au bout
ce sera l’eau
c’est toujours l’eau
quand revient ton jour
ma grande
ma très grande peur
ma seule amour

Benoît Chaput, Les jours sans tain

*choix de la lectrice d’Irit Bourla

Les vers de Benoît 3

ION (Vasile)

Sieste

J’entends la vie qui s’éloigne
par la fenêtre un scooter joue sa partition d’insecte
des pneus chuchotent une pluie éteinte
la voisine siffle un air nerveux, parfait, inventé
les oiseaux de la discrétion dans la présence habituelle
les avions qui ronflent dans la moiteur
et des voix des voix
j’entends la vie qui s’approche
ce sont tes pas qui se mêlent à mon sommeil tout proche
je rêve de la vie avec toi
celle-ci
nul besoin
de là-bas
je rêve
toute crainte endormie
de l’autre côté de la fenêtre
la ville repose

Benoît Chaput, Les jours sans tain

*choix de la lectrice de Vasile Ion

Les vers de Benoît 2

HUYNH (Duy) - 3

Le désir

Il n’y a ici que des choses qui ne m’appartiennent pas
le piano droit, le téléphone à cadran,
l’ordinateur qui ne veut pas démarrer
la maison aux fenêtres battues par le vent
le robinet qui jase toute la nuit
il y a ton cœur dans l’autre pièce
que j’entends battre depuis le début de la soirée
il y a ta tête tes lèvres ton souffle
tout ce qui ne m’appartient pas
tout ce qui donne encore un peu de sens au mot liberté
comme la mémoire et le droit de s’en aller
tout ce qui fait que je reste ici
ton corps mon cœur
qui n’est pas à moi
et que je ne me lasserai jamais d’embrasser

Benoît Chaput, Les jours sans tain

*choix de la lectrice de Huy Duynh