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Parlez-vous québécois 43

CAMPION (Pascal) - 10

Menterie : mensonge
(dans Parlez-vous québécois? de Claire Armange)

*illustration de Pascal Campion

Parlez-vous québécois 42

carella 8

Grafignure : égratignure, éraflure
(dans Parlez-vous québécois? de Claire Armange)

*toile de Magda Carella

Parlez-vous québécois 41

CARDUCCI (Judith)

Notre voyage au pays des expressions québécoises et des mots propres à la langue de chez nous continue grâce au livre de Claire Armange intitulé Parlez-vous québécois? pour une autre semaine, en espérant qu’il est aussi agréable pour vous de les découvrir que pour moi de les partager avec vous.

Et pour commencer, cette expression choisie par la lectrice peinte par Judith Carducci :
Se faire aller les baguettes en l’air : gesticuler de choix ou de colère

L’odeur des jacynthes 4

MUIR (Barbara) - 4

Je voudrais t’emporter dans un monde nouveau
Parmi d’autres maisons et d’autres paysages
Et là, baisant tes mains, contemplant ton visage,
T’enseigner un amour délicieux et nouveau,

Un amour de silence, d’art et de paix profonde :
Notre vie serait lente et pleine de pensées,
Puis, par hasard, nos mains un instant rapprochées
Inclineraient nos cœurs aux caresses profondes.

Et les jours passeraient, aussi beaux que des songes,
Dans la demi-clarté d’une soirée d’automne,
Et nous dirions tout bas, car le bonheur étonne :
Les jours d’amour sont doux quand la vie est un songe.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice de Barbara Muir

L’odeur des jacynthes 3

MUNOZ (Alephredo)

Sur le bras, il posa d’abord ses lèvres chaudes,
Au poignet où la vie passe et bat plus sensible,
Où la peau est très blanche et les veines très bleues;
Sur le bras, il posa d’abord ses lèvres chaudes.

Sur la tempe où plus blonds s’ébrouent les cheveux fins
A deux bras enlaçant le cou d’un cercle étroit,
Il posa, il laissa longtemps ses lèvres chaudes
Sur la tempe où plus blonds s’ébrouent les cheveux fins.

Pour les yeux, les grands yeux dont il sait le pouvoir,
Diamants bleus ayant les paupières pour écrin
Il trouva des caresses plus douces, peut-être afin
De capter les grands yeux dont il sait le pouvoir.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice d’Alephredo Munoz

L’odeur des jacynthes 2

MUKTA

Elle est venue un soir d’hiver,
Un soir de brume et d’amertume.
Je rêvais aux rêves d’hier
Qui m’ont laissé seul dans la brume.

J’étais tout seul avec la vie
À qui je parlais du passé.
La triste, l’inclémente amie
Me répondait d’un ton lassé :

« Laisse les rêves d’autrefois
Dormir aux plis de leur suaire.
Ne réveille pas leurs émois,
Pense à des choses moins amères. »

Mais moi, je rappelais mon rêve
Ou bien je reprenais le livre
Que je lisais alors sans trêve,
Que je lisais comme on s’enivre;

Les heures s’en allaient très lentes,
C’était un soir d’ennui amer.
Un soir de mortes et d’absentes,
Je rêvais aux rêves d’hier.

Elle est venue un soir d’hiver.
Ses yeux déchirèrent la nue
Elle est venue, c’était hier.
Elle est venue.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice signée Mukta (dont toute trace a disparu)

L’odeur des jacynthes 1

muhlen

Les cœurs dorment dans des coffrets
Que ferment de belles serrures;
Sous les émaux et les dorures
La poussière des vieux secrets
Et des lointaines impostures
Se mêle aux frêles moisissures
Des plus récentes aventures :
Chère, ôtez vos doigts indiscrets,
Les cœurs dorment.

Vos doigts ravivent des blessures
Et vos regards sont des injures,
Laissez-les reposer en paix.
Comme des rois dans leurs palais
Ou des morts dans leurs sépultures,
Les cœurs dorment.

Rémy de Gourmont, L’odeur des jacynthes

*choix de la lectrice signée Hermann Mühlen

La blessure des mots 2

MYZNIKOV (Gennady) - 1

Intimité amoureuse

De ta voix cajoleuse au frisson virginal,
Laisse flotter sur moi le désir qui m’enjôle,
Ce rêve qui chuchote au creux de mon épaule
Et qui me tient si chaud, parfois, que j’en ai mal.
Un soupir, une haleine, un délice amical
Te livrent chancelante à l’amour qui te frôle,
L’amour dont, comme toi, je pressens tout le rôle
Dans le souffle d’un vœu fragile et musical.
Fais naître, s’il te plaît, l’extase d’une étreinte;
La douceur met sur nous une invisible empreinte
Avec des mots au loin caressant l’horizon;
Un beau ciel alangui se drape de mystère;
Et nos yeux fascinés par la même oraison,
Semblent depuis longtemps avoir quitté la terre.

Thierry Cabot, La blessure des mots

*choix de la lectrice de Gennady Myznikov

La blessure des mots 1

MÜTZNER (Samuel)

Pressez-vous de m’aimer. J’avais froid tout à l’heure.
Le vent du soir gémit comme enfant glacé.
D’infatigables maux pleuvent sur ma demeure,
Et mes élans d’hier ont pour toujours cessé.

Car hier est si loin… si loin que, terrassé,
Je sens de toutes parts le néant qui m’effleure;
Le fantôme d’un songe à peine commencé
Où ma vie, un moment, apparaissait meilleure.

Oh! Pressez-vous! Je n’ai rien fait. Voilà demain.
Votre joue adorable et votre douce main
Seules peut-être ici, réchaufferont mes lèvres.

Pressez-vous. Le temps fuit. J’ai vécu par hasard;
Mon cœur faible a sombré dans des jours las et mièvres.
Et je veux tant qu’on m’aime avant qu’il soit trop tard.

Thierry Cabot, La blessure des mots

*choix de la lectrice Samuel Mützner

Du monde entier 3

KRAVCHENKO (Boris)

Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à son cœur.

Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde

*choix de la lectrice de Boris Kravchenko (dont toute trace a disparu)