La lectrice de Pal Fried ne peut que nous inspirer. Nous avons tous un jour acheté un livre sur les quais. Ou alors nous avons rêvé des bouquinistes.
C’est donc avec plaisir que je vous l’offre. Pour qu’en vos mots vous nous parliez d’elle. Ou de vous. Ou de votre rencontre avec elle. Imaginaire ou réelle. Pour qu’en vos mots vous nous parliez d’un livre un jour acheté sur les quais.
Pour le plaisir du partage. Pour l’aventure qui se poursuit de dimanche en dimanche, alors que nous entreprenons la deuxième année de ce voyage au pays de votre imagination.
À dimanche prochain!

3 réponses
LA BOUQUINEUSE
Les vieux livres s’alignent et attendent preneur.
Elle s’approche gourmande pour choisir le meilleur.
Mais la crise boulimique assaille la lectrice,
Elle gave son cabas comblant tous ses caprices.
Un Gustave Flaubert, un Proust et un Stendhal,
Un Prévert écorné et un Sartre un peu sale,
Un Simone de Beauvoir, un Camus, un Daudet,
Et puis comme dessert un Tintin au Tibet.
Elle repart tête haute mais l’épaule un peu basse
De tenir dans son sac tant de vieilles paperasses.
Dévorée par la soif elle n’a plus qu’un seul but:
S’asseoir sous un arbre et déguster ces crus.
Flairjoy
À la fin du jour une brise
Vient s’amuser de ses cheveux
Comme une caresse exquise
Un souvenir des jours heureux
Elle se perdait dans les bouquins
Sa grande passion de toujours
Elle n’attendait plus rien
Sauf peut-être un peu d’amour
Et elle se souvient de lui
D’ailleurs veut-elle l’oublier
C’était un après-midi à Paris
En plein cœur de l’été
Elle contemplait l’eau
La Seine qui coule plus bas
Il l’a prise en photo
Sur le Pont Alexandre III
Il lui a dit qu’elle était belle
Elle a eu presque envie de sourire
Il lui a dit qu’elle était celle
Qu’il voulait pour l’avenir
Il lui a lu quelques poésies
Quelques rires libres et joyeux
Il était fou mais ses folies
Semblaient le rendre heureux
C’était au temps de sa jeunesse
Son parfum traînant si fort
Quelquefois comme une caresse
Elle sentait frémir son corps
Elle se souvient de lui
D’ailleurs comment l’oublier
C’est sur les quais de Paris
Qu’il lui a offert un baiser.
Le rêve d’Odette s’est enfin réalisé. Cela faisait plusieurs années qu’elle en rêvait. De sa petite province d’Italie, Odette a été à l’école, bien sûr mais a surtout travaillé très jeune pour subvenir à sa famille, ses deux sœurs et ses trois frères. Chaque mois, elle mettait un peu d’argent de côté pour faire ce voyage. C’était un rêve qu’elle avait au fond de son cœur. A sa majorité, elle compta son argent, le recompta et se dit, qu’enfin, elle peut partir. Elle ne fera pas de folie, elle se trouvera une petite pension pas chère mais ce qu’elle désire avant tout, c’est visiter Paris et surtout les bouquinistes dont elle avait vu des photos dans certaines revues. Le rêve ! Odette aime par-dessus tout les livres. Neufs ou d’occasions. Une petite préférence pour les livres d’occasions. Pas parce qu’ils étaient moins chers, non, mais surtout pour leur odeur bien caractéristique.
Oui, elle est bien là, à Paris !
Sa première visite est consacrée aux quais au bord de la Seine avec tous ses bouquinistes. Elle n’a pas assez d’yeux pour tout regarder comme les yeux d’un enfant émerveillé devant des bonbons. Il y a tellement de livre tentants et aussi de magnifiques toiles.
On lui avait dit, si tu vas à Paris, ne manque surtout pas d’aller sur les quais. Ta surprise sera très grande et c’est ce qu’elle est en train de constater. Parents et amis ne se sont pas trompés.
Elle ouvre ses yeux ronds comme des cerises devant le stand d’un bouquiniste. Odette n’avait jamais vu autant de livres. De très beaux ouvrages et certains d’entre eux avaient encore leur splendide reliure. Ils sont là, devant elle, bien alignés et lui tendent les bras. Mais lequel choisir ?
Son regard se porte sur les auteurs dont elle a entendu parler, certains titres également. Des livres qu’elle avait lus à l’école supérieure.
C’est vraiment trop de bonheur pour Odette. Mais sa surprise fut encore plus grande lorsque sur place, elle se rendit compte d’une chose que personne n’avait pu lui dire ! Sentir et s’imprégner de l’atmosphère autour des bouquinistes. Une atmosphère réelle, très chaleureuse, conviviale où les clients parlaient aisément entre eux et aussi avec le vendeur.
Quant au vendeur, il se faisait une joie de donner quelques conseils, un site à visiter ou l’adresse de bon petit restaurant typiquement parisien. Enfin, toutes ces choses simples de la vie qu’Odette ne connaissait pas.
Aujourd’hui, elle n’a pas pu faire son choix mais une chose est sûr, sa place sera là demain.
Pour l’instant, Odette a besoin de flâner, de réfléchir, de sentir Paris et surtout besoin de passer une bonne nuit après cette cette journée inoubliable. Tout se bouscule dans sa tête mais demain est un autre jour.
Monsieur, merci infiniment pour votre amabilité, je reviendrais demain !