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En vos mots 220

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La lectrice de l’artiste Nancy Shea est prête à prendre vie, à déployer ses ailes et à sortir du cadre. Mais pour cela, il lui faudra votre aide, votre imagination et vos mots.

À vous pour cela de vous prêter au jeu d’En vos mots et de vous laisser inspirer par la force évocatrice de la toile du jour. Les résultats, qu’ils soient en vers ou en prose, seront connus dans sept jours et pas avant.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

4 réponses

  1. Faut dire que je hais tous ces dimanches où je me trouve seule. Comme une prisonnière. La solitude s’invite alors que j’ai une profonde envie de parler. D’entendre des voix. D’offrir des confidences. D’entendre de rires. De rire. De marcher. D’être vivante.

    Jean-Marc est parti. Il s’en est allé vivre tout seul. Avant de partir, il a prétendu que ce serait mieux pour nous. Que chacun allait avoir son espace. À son goût. Selon sa personnalité. J’ai appris qu’il n’avait jamais été vraiment heureux chez moi. Qu’il n’avait jamais trouvé vraiment sa place chez moi. Puisque c’était décoré à mon goût. Pas au sien. Quel salaud.

    Moi qui avais toujours cru qu’il était avec moi. Pour moi. Pour nous. Pas chez moi. Et que ce chez-moi n’avait aucune importance puisqu’on s’aimait. Et que c’était tout ce qui comptait. J’ai toujours cru qu’on était ensemble parce qu’on s’aimait. Et que cela nous était suffisant. Mais il faut croire…

    J’enchaînais le flot amer de mes pensées dans les pages d’un vieux livre lorsque j’ai entendu la radio débiter son quota de mauvaises nouvelles. Puis un air doux et nostalgique s’est envolé dans mon espace. Chet Baker. Oui. C’était Chet Baker. Cela me vient maintenant. Sur le coup je ne m’en étais pas souvenue. J’étais ailleurs. Mais c’est clair maintenant. Ce vieux et somptueux Chet Baker. Comme sa musique était apaisante pour mon cœur en défaite. Je me suis promis que je ne pleurerais pas. Toute seule. Chez moi.

    Et c’est en regardant à travers la fenêtre que les mots de Marie Uguay m’ont traversé l’esprit : « … il fallait bien parfois que le soleil monte un peu de rougeur aux vitres pour que nous nous sentions moins seuls… « 

  2. « Avant que tu ne t’en ailles

    Avant que tu ne t’en ailles,
    Pâle étoile du matin,
    – Mille cailles
    Chantent, chantent dans le thym. –

    Tourne devers le poète,
    Dont les yeux sont pleins d’amour;
    – L’alouette
    Monte au ciel avec le jour. –

    Tourne ton regard que noie
    L’aurore dans son azur;
    – Quelle joie
    Parmi les champs de blé mûr ! –

    Puis fais luire ma pensée
    Là-bas – bien loin, oh, bien loin !
    – La rosée
    Gaîment brille sur le foin. –

    Dans le doux rêve où s’agite
    Ma mie endormie encor…
    – Vite, vite,
    Car voici le soleil d’or. – »

    Paul Verlaine

  3. Une envie de relire les poèmes aimés, elle ouvrit « Le temps des merveilles » de Pierre Seghers à la page 177.

    – La vie –
    « Ainsi passe la vie, de l’un à l’autre va
    Se fait et se défait, s’invente, se prolonge
    S’endort dans des maisons que bâtissent les songes
    Se rêve et s’éveillant ne se reconnaît pas.

    Ainsi passe la vie. Quand le soleil va naître
    Il partage déjà ses hautes graminées
    Ses nuages, ses fleurs, ses défuntes années
    Son devenir de feux passant dans nos fenêtres.

    Ainsi passe la vie. On entend des bourdons
    tracer dans la lumière un sillage illusoire
    Pour lui seul le poète écoute ses histoires
    et plonge au coeur des fleurs pour apprendre leurs noms.

    Ainsi passe la vie à surprendre un langage
    inaudible et pourtant comme l’herbe vivant
    de l’éternel azur qui n’est fait que de vents
    De silence, d’attente et d’autres paysages… »

    Et son regard s’évada par la fenêtre, dans ses yeux, des larmes.

  4. THÉOLOGIE

    Petite, elle songeait au Paradis. Pour elle, c’était une grande bibliothèque où l’on ne faisait que lire et lire et lire.

    Grande, elle apprit que le Paradis n’existe pas. Il n’y a que cette vie. Et elle ne faisait donc que lire et lire et lire.

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