Elle, déjà si seule, sait que plus le temps passera, plus elle le sera. Que même ceux qui comptent finiront par se lasser. Que le vide se fera sans qu’elle n’ose un geste pour empêcher la chose. On ne retient pas les êtres. Même si on sait que leur absence sera intolérable à supporter.
La lectrice de Roderic O’Conor, déjà si seule, sait qu’un jour plus personne ne cognera à sa porte, que plus personne ne téléphonera, que plus personne n’écrira. Que le processus est déjà enclenché. Mais on ne retient pas les êtres contre leur gré. Surtout quand on a conscience du peu qu’on est, du peu qu’on sait donner, du peu qu’on apporte, et du fait que n’importe qui d’autre peut le faire beaucoup mieux que soi.
Elle, déjà si seule, ne répond plus à mes appels.

Une réponse
« Si la solitude sépare, elle tranche bien des liens qu’on ne coupe qu’à regret, mais elle permet de plonger des racines dans ce qui est essentiel ».
[Eugène Delacroix]