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Une histoire qui remonte à très loin

ce_sullivan

Il me semble n’avoir jamais beaucoup dormi.

C’est une histoire qui remonte à très loin. Je n’en ai pas le souvenir, puisque je n’avais que six mois, mais maman aime raconter cette histoire de sa fille qui se réveillait avec le soleil et qui gazouillait comme les oiseaux, plutôt que de pleurer. Si bien que quand mes parents ont quitté l’appartement aux cloisons minces pour la maison qu’ils habitent toujours, leurs voisins ont affirmé que mes babils d’enfant heureuse leur manqueraient.

C’est une histoire qui remonte à très loin. Celle d’une enfant, levée souvent plus tôt que tout le monde qui s’asseyait sur le tapis du salon pour feuilleter les encyclopédies. Celle d’une adolescente qui lisait la nuit avec une lampe de poche sous les draps, en catimini. Celle d’une jeune femme qui avait toujours l’impression de rater quelque chose si elle dormait trop et qui pour cela se mettait rarement au lit avant deux heures du matin.

C’est une histoire qui a toujours cours. Celle d’une femme, semblable au personnage peint par Cornelius Edmund Sullivan, qui tarde à se coucher parce qu’elle est à lire ou à écrire et qui se lève alors que la nuit est encore opaque pour les mêmes raisons.

5 réponses

  1. Avoir peur de rater quelque chose: voilà! Je comprends maintenant la boulimie de lire, la boulimie de vivre! Merci Lali! C’est une réflexion que je vais approfondir.

    Tes textes sont magiques et me portent toujours plus loin.

    Bonne journée

    Flairjoy

  2. « C’est une histoire qui remonte à très loin. Celle d’une enfant, levée souvent plus tôt que tout le monde… »
    Une autre histoire lui fait écho, jolie histoire, celle de Colette dans « Sido » et les derniers mots du texte sont plein de promesses !
    « Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense. J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues. À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion… Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son œuvre, « Chef-d’œuvre », disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillée sur les autres enfants endormis. »

  3. Je suis contente que tu reviennes Reine!

    Tout ce que tu déposes sur ce site sont pour moi des joyaux de plus ajoutés à ceux de Lali!

    Merci!

    Flairjoy

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