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En vos mots 977

 

Alors que je viens à l’instant de valider les commentaires déposés sur l’illustration de dimanche dernier, je vous propose de vous attaquer à ce tableau de Charles-Robert Bellenfant afin de le faire vivre en vos mots, comme vous les faites si bien semaine après semaine.

Comme le veut l’habitude, aucun texte ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc amplement le temps devant vous pour examiner cette lectrice sous tous les anglers avant d’écrire quelques lignes. C’est avec plaisir que nous vous lirons.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les liront.

2 réponses

  1. Elle ne disposait pas de beaucoup de temps. Juste celui de se poser en déséquilibre sur un tabouret de bar pour un déjeuner furtif et le réconfort d’un thé bien chaud.
    Entre les multiples tâches qui lui incombaient, tout son être était aux aguets. Sur le qui-vive. Tout le temps. En permanence.
    Elle avait saisi un magazine qui traînait là, mais impossible bien sûr de se concentrer. Elle avait bien d’autres choses à faire et à penser. Il fallait envoyer plusieurs mails et messages, dont un au plombier concernant la fuite à réparer d’urgence dans la salle de bains. Et un autre à l’électricien, au sujet de réparations diverses à effectuer dès que possible
    Allait-elle être à l’heure à son rendez-vous chez l’avocate ? La procédure de divorce n’avançait pas. Ensuite elle passerait voir sa vieille amie à la maison de repos. Ce serait l’heure des embouteillages, mais tant pis. De toute façon, des bouchons maintenant, il y en avait toute la journée. Ce matin elle était restée bloquée dans la circulation et était arrivée chez son dentiste presque en retard. Voilà à quoi ressemblait pour elle un jour de congé.
    Pour son amie, elle avait encore divers achats à accomplir. Des articles d’hygiène et quelques gâteries, qu’elle se réjouissait de lui apporter. Mais après l’avocate, il faudrait se dépêcher pour être dans les délais des heures de visite.
    Pourquoi s’était-elle habillée en rouge aujourd’hui ? Cette couleur l’irritait au plus haut point, réveillait en elle une sourde et profonde colère : celle de n’avoir jamais de temps pour elle. Chez son amie elle se posait un peu, c’est vrai, et c’était un bonheur pour elle de la retrouver, de lire ensemble quelques poèmes.
    Mais quand allait-elle arriver à boucler le roman qu’elle écrivait ? Quand pourrait-elle s’inscrire aux séances de danse dont elle rêvait?
    De plus, tout était rouge ici : les murs, la nappe… Tout concourait à entretenir en elle un feu qui couvait .
    Il fallait que les choses changent. qu’elle cesse de vivre sous un influx nerveux qui la laissait chaque soir plus épuisée et incapable de penser à elle-même, d’écrire, d’aller à un spectacle ou à un concert.
    Oui, il fallait que cela change. Et elle savait qu’elle seule était l’artisane de sa vie.
    Elle allait commencer par refuser ce surcroît de dossiers que son patron lui imposait toujours plus chaque jour. Elle s’efforçait de tous les traiter par conscience professionnelle, et par compassion pour les clients, afin de ne pas les faire attendre. Quand on travaille dans le social et qu’on prend son travail à coeur, on n’a jamais fini. Et on se soucie des résultats. De mettre en oeuvre tout ce qu’on peut pour soulager et aider les autres qui dépendent de notre bon vouloir.
    Mais il fallait apprendre à savoir dire non. Il aurait fallu une employée de plus, c’est certain, mais cela n’était pas de son ressort.
    Oui. Il fallait maintenant apprendre à savoir dire oui. Oui à elle-même, à ses aspirations, à ses désirs. Quelque chose en elle avait envie de dire: je commence demain. Mais on sait ce que valent les bonnes résolutions de cette espèce. Il fallait commencer aujourd’hui, tout de suite, par un acte, sans rien reporter, sans tergiverser une minute de plus.
    « Je vais terminer de lire à l’aise cet article qui m’intéresse », se dit-elle alors soudain. « Et pour mon rendez-vous, no stress, je m’offre un taxi ».

  2. À mes heures perdues, je me balade, dans ces temples où des livres, déjà lus, attendent ma visite. Je m’attarde sur quelques lignes. Je me laisse surprendre par des façons de dire ce je crois si bien connaitre avec des mots qui m’étaient jusqu’à lors étrangers. Et pourtant, ils pourraient être miens. Parce que ce sont des mots qui dansent, qui nous murmurent, malgré nous, d’autres mots qui nous dessinent des sourires ou bien des larmes. Des mots vivants.

    Il y a toujours ceux qui sont ailleurs. Je les vois accrochés à leur lecture. Devant moi. Mais je sais qu’ils sont ailleurs. Sûrement en survolant le monde accroché aux ailes d’un dragon ou d’un aigle royal. Ou alors, perdus quelque part, dans une autre siècle, égarés dans une romance de Jane Austen, éperdus par un amour inaccessible. Et j’entends battre leurs cœurs. Comme des jeunes premiers à la Saint-Valentin. Avec leur maigre bouquet de roses.

    Puis soudain, le piège du regard qui s’accroche à la dame en rouge assise, seule, dans un coin. Je ferme les yeux et voyage…

    Les mots d’une chanson s’accrochent : Je n’ai vu la robe que tu portes, ni le reflet dans tes cheveux, ni les couleurs de yeux, j’étais aveugle… Lady in red, dance with me…

    Souvent, quand on ferme les yeux, le monde est plus beau. Beaucoup plus beau. Et quelques pas de danse, encore.

    Je l’ai appris dans les livres. C’est tout. Et cela me suffit pour y croire.

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