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Les arbres aussi 1

EPSTEIN (Henri)

avec le temps
les racines s’implantent
dans la terre ferme de l’éloignement
le vent efface les pas
sur le sable de la réminiscence

Alain Mabanckou, Les arbres aussi versent des larmes

*choix de la lectrice signée Henri Epstein

Le peintre des drapeaux

peintre-drapeaux

On peut faire preuve de sobriété dans les dessins et de simplicité dans le texte sans pour cela ne pas émouvoir et sensibiliser. C’est le cas de l’album concocté par Alice Brière-Haquet et Olivier Philipponneau intitulé Le peintre des drapeaux, lequel met en scène un peintre — évidemment — dont le bonheur est de dessiner jour après jour des drapeaux pour tous les pays du monde. Des drapeaux pour prôner la liberté de chacun. Pour diffuser l’amour qui se tisse entre les uns et les autres. Pour parler de l’égalité qui permet d’être heureux.

Et pour cela, il utilisait le rouge, le bleu, le jaune, le vert, le noir et l’orange. Inlassablement et avec un bonheur évident et incontestable qui devenait celui de tous ses clients, qui repartaient heureux, avec leur drapeau coloré sous le bras.

Mais il ne pouvait en être ainsi éternellement. Il fallut qu’un général devenu président veuille ajouter des étoiles à son drapeau. C’est ainsi que le peintre des drapeaux apprit ce qu’était la guerre. La boue grise des tranchées. Et la mort malgré le drapeau blanc qu’il avait tendu dans un geste ultime et fou pour tenter d’arrêter les combattants.

On raconte que, depuis, les coups de feu s’arrêtent quand quelqu’un passe avec un drapeau blanc.

Une histoire toute simple, mais qui porte en elle le poids des guerres et de la paix, une fois de plus un thème beaucoup trop présent dans l’actualité. Un livre qui aidera à expliquer. Même si nous ne comprendrons jamais le pourquoi des guerres.

La citation de Hrabal

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C’est dans la vitrine d’une librairie de livres anciens de la rue Sainte-Catherine Ouest qu’on peut lire cette citation de Hrabal. Comme si elle venait tout juste d’être tapée à la machine.

Ce que mots vous inspirent 1147

TISCHLER (Victor)

Tout ce qu’on ne connaît pas paraît magnifique. (Tacite)

*toile de Victor Tischler

Bras

BELENIKIN (Valeriy)

Quelques traces de rose vacillent au loin, déformant la ligne d’horizon, comme si le jour hésitait à s’installer. Comme s’il voulait rester encore un peu dans les bras de la nuit.

Je sais ce qu’il ressent. Je le sais si bien.
Le bonheur est au creux de bras qui ne nous retiennent pas.

*toile de Valeriy Belenikin

Quelques jours avec Marie-Hélène 7

DAISAY (Karine) - 3

et quand les phrases commenceront
à exister nous saurons
que nous sommes bien chez nous

Marie-Hélène Sarrasin, Géographie en courtepointe

*choix de la lectrice de Karine Daisay

Monsieur Julot

monsieur julot

Quand on travaille de près avec les personnes touchées par le cancer, même si ce n’est pas à titre de membre du personnel médical, on ne fait pas exprès pour se plonger dans des livres qui traitent de cette maladie qui touchera près de deux Canadiens sur trois au cours de sa vie.

Mais il arrive qu’on passe outre, que ce qu’on a lu au sujet d’un livre nous pousse à aller y voir de plus près, nonobstant le sujet. Et même s’il est abondamment question de cancer dans Monsieur Julot, la narratrice devant affronter une nouvelle batterie de traitements afin d’en finir, une fois pour toutes espère-t-elle, avec le cancer qui s’est attaqué à elle pour la deuxième fois, il est beaucoup question d’amour, des liens pas toujours évidents qui unissent les êtres humains et la difficulté de vivre avec un secret toute sa vie.

Véronique ne s’attendait pas à être aux prises avec le cancer à nouveau. Et si elle raconte à la fois son combat, son quotidien auprès des siens, pour elle comme pour eux, au « je », il ne s’agit pas que d’elle, mais aussi de celle qu’elle avait croisée lors de ses précédents traitements. Marie-Louise, qui a atteint un âge vénérable, ne va pas s’en sortir cette fois et, au seuil de la mort, raconte sa vie à Véronique et lui parle notamment de ce fils adoptif qui ne vient pas la voir.

Sur un coup de tête, Véronique décide de lui écrire afin qu’il vienne visiter sa tante, qui l’a élevé. Et ce qui est d’abord un cri du cœur devient une longue correspondance entre Véronique et un être totalement muet. Car Henri (Julot) ne répond pas. Même si elle en fait son confident et lui parle de sa maladie, de son fils, de tout ce qu’elle souhaite. De tout ce qui lui passe par la tête. Sans pudeur. Comme si elle le connaissait depuis toujours, comme elle se confierait à sa meilleure amie, voire à son psy.

Et j’avoue que ça m’a dérangée qu’elle se confie ainsi à un étranger. Beaucoup, même. Mais j’ai fini par me laisser prendre au jeu. Séduite par l’écriture, quelques belles envolées, le sens de la dérision de l’auteure, quelques répliques cinglantes, et son regard extraordinaire sur la vie, la maladie et même la mort.

Marie-Christine Bernard a déjà fait face au cancer. Deux fois plutôt qu’une, comme Véronique. C’est probablement la raison pour laquelle ce qu’elle a écrit est poignant sans être déchirant, parfois drôle en demeurant subtil, juste et sensible.

Monsieur Julot est un beau roman. Un très beau roman. Sur la vie, la maladie, l’amour. Quiconque y entre sera touché et ne regrettera pas son intrusion dans la vie de Véronique et de Marie-Louise. Pas une seconde.

Ce que mots vous inspirent 1146

McVINISH (Christopher)

L’esprit ne peut refléter sa propre image que lorsqu’il est au repos. (Indra Devi)

*toile de Christopher McVinish

Quelques jours avec Marie-Hélène 6

GRAU-SALA (Emilio) - 3

les livres
entassés dans les boîtes
dans l’attente
nous en déballons une
juste une
pour tisser un passage
avec les mots des autres

Marie-Hélène Sarrasin, Géographie en courtepointe

*choix de la lectrice d’Emilio Grau-Sala

Un dimanche avec Stendhal 10

INDUNO (Gerolamo)

Les aveux vraiment flatteurs ne sont pas ceux que nous faisons, ce sont ceux qui nous échappent. (Stendhal)

*toile de Gerolamo Induno