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Comme autant d’évidences

Avec peu de moyens et un minimum de mots, Bruno Lemieux signe avec Dans le ventre de la nuit un premier recueil poétique efficace et évocateur où le ventre de la nuit est cet espace dans lequel évolue le poète quand il décide de sortir de chez lui et de lui-même :

je sors de chez moi et j’entre
jour après jour
dans les regard des autres

Au moyen de vers ou de prose poétique, il dessine des images qui peuvent sembler banales mais qui déploient force et énergie, comme en témoignent ces lignes :

j’écris je tranche
l’intérieur des mots
cœur faisceau viscères
parlent de nous
vivants
dans les lustres des lunes

L’écriture, l’absence, comme autant d’évidences, jalonnent le parcours du poète qui y cherche les raisons de (se) dire alors que se pose aussi la question de contrer les barrières, les mouvements et les sons à mesure que le silence imprègne l’espace qui est devenu sien :

mais ton absence
soudain
ton absence
satellite dans le vrombissement des foules
signe l’intervalle

Dans le ventre de la nuit, sans être léger, ne pose pas la question de la gravité, mais celle de l’appartenance et des origines alors que tout s’emmêle, se mêle et se démêle dans un foisonnement de nuances et d’images dont le lecteur ne peut sortir qu’ému, souvent aux prises avec ses propres questions et doutes.

Nul doute que Bruno Lemieux, qui a choisi la poésie minimaliste pour exprimer ses émotions et ses préoccupations, agitera quelque chose en vous et que vous aurez envie de retenir ces mots :

je me pose en théorème
métronome dans le miroir
le bras à la rencontre du bras
s’éloigne de la mesure
ma chair en images

Texte publié dans

Les jolies couleurs de la rue Châtelain

Une autre raison d’emprunter des chemins autres que ceux habituels!

Ce que mots vous inspirent 969

Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. (Pascal Quignard)

*toile de Vincent Giarrano

Un pont 4

Le lieu révèle ce qui échappe au regard
la clarté des murs où le rien se perd en méandres
Murmure rendu possible
derrière la porte le vide s’est dissipé
La tête rafistolée sur les épaules
je recompose l’image de ma présence
je m’approche du réel
Le temps tarde à couvrir la surface du paysage
les heures défilent sans écriture si ce n’est
le toujours bref balancement des branches d’un arbre
qui forment un pont au-dessus du vide
.

Claude Paradis, Un pont au-dessus du vide

*choix de la lectrice de Poul Friis Nybo

Pas besoin d’être mélomane, mais cela ne nuit pas!

Imaginez un avocat qui connaît la musique, un musicien qui connaît les mots. Il s’appelle Mathieu Boutin.

Imaginez une plaidoirie qui n’en est pas une, où le narrateur omniscient se permet des apartés savoureux sur la musique. Imaginez un roman mettant en scène de jeunes violonistes vivant souvent d’expédients; un violon presque détruit au cours d’une séance de chatouillage; une pianiste excentrique aux prises avec l’Alzheimer; son fils violoniste malhabile avec les êtres humains; un luthier dont on envahit les lieux pour faire la fête; une organisatrice de concerts aimant les déguisements; une salle de clavardage un peu chaude; un policier mélomane aimant (étonnamment) la musique contemporaine. Vous avez là un aperçu du premier roman de Mathieu Boutin, L’oreille absolue. Un roman qui se lit avec ou sans musique; il suffit de consulter la liste des pièces à la toute fin du roman si le cœur vous en dit, ou si la curiosité vous pousse à le faire.

Si vous aimez la musique, les jeux de mots, le sens de la répartie, les personnages hors de l’ordinaire, les situations cocasses, les histoires d’amour imprévisibles, L’oreille absolue est un roman fait sur mesure pour vous. Vous oublierez tout pendant un peu plus de 250 pages tant vous serez absorbé par cette histoire qui vous transporte du XXIe siècle à celui de Bach, du Japon à Paris, en passant par les coulisses de la salle où se produit l’orchestre symphonique. Vous oublierez tout ce qui se passe hors de ce roman ludique et à la fois terriblement humain, le temps que durera votre lecture et même après. Car il se peut que vous soyez victime d’un véritable coup de foudre pour l’écriture de Mathieu Boutin, à la plume et au regard aiguisés, dont les premiers pas dans le domaine de la littérature pour adultes après une incursion dans le monde des plus jeunes (romans et livres-CD).

C’est ce qui m’est arrivé. Je n’ai pas été en mesure de déposer L’oreille absolue plus de cinq minutes tant je me suis prise d’affection pour presque tous les personnages inventés par Mathieu Boutin, tant je voulais savoir ce qui allait advenir de chacun d’eux. Tant j’étais séduite par le rythme, la musicalité et le sens de la (dé)mesure de l’auteur.

Mathieu Boutin connaît la musique : il a fréquenté le Conservatoire. Il connaît les mots et comment les utiliser à bon escient : il a étudié le droit. Mais surtout, il s’amuse. Si, si. Il prend même beaucoup de place dans L’oreille absolue en livrant ici et là des renseignements utiles pour le simple plaisir de le faire et pour nous rappeler que c’est lui l’auteur. Ce qui m’a fait sourire. Et qui m’a beaucoup plu.

L’oreille absolue est à mes yeux le meilleur premier roman de l’année 2013 à ce jour. Je risque de beaucoup suggérer et offrir ce livre. Il ne devrait faire que des heureux.

Titre pour le Défi Premier Roman

et pour le Challenge Des notes et des mots

Texte publié dans

L’univers de Catherine

Entrer dans l’univers de Catherine Chauloux, dont voici quelques scènes livresques des plus colorées et invitantes, c’est prendre le risque d’être séduit et d’y rester un long moment.

Ce que mots vous inspirent 968

Il faut rire de l’absurdité qu’on ne peut enlever au monde. (Jean-Pierre Martel)

*toile de Philip Alexius de László

Un pont 3

L’air du soir détache tout avec précision
même la mort d’un insecte ne passe pas inaperçue
Je rassemble autour de moi les éclats des peines
Le centre se précise parmi quelques voix étouffées
visage redessiné sur les lèvres écho d’un nom
auquel ne répondent pas tous les visages
Tant de gestes s’accompagnent de solitude
j’entends derrière la musique pour piano de Beethoven
le froissement des doigts qui tournent les pages d’un livre
tout ce que je veux prendre avec moi
comme on apprend à mémoriser un poème
peut-être pour ne pas mourir.

Claude Paradis, Un pont au-dessus du vide

*choix de la lectrice de Bernardino Licinio

Ce qu’on disait autrefois 10

Chevalier de la triste figure : homme bizarre, ridicule, dont l’aspect prête à rire.

(tiré du livre de Catherine Guennec, Espèce de savon à culotte!… et autres injures d’antan)

*toile de Joseph Scheurenberg

Ce qu’on disait autrefois 9

Chantre de lutin : mauvais musicien.

(tiré du livre de Catherine Guennec, Espèce de savon à culotte!… et autres injures d’antan)

*toile de Cleto Luzzi