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Ce que mots vous inspirent 972

Sur la toile de l’écorce terrestre une main invente notre destin à chaque déluge de rêve. (Alain Suied)

*illustration de Zuzanna Celej

Un pont 7

Un arbre n’est jamais ancien
un amour toujours commence au lieu où je le trouve
ainsi de chaque détail jusqu’à la mort
qui ouvre elle-même à une connaissance nouvelle
étonnamment profonde
Au centre du paysage je suis surpris
par la beauté des choses et des êtres
j’écoute et ne remarque pas l’éternelle absence
de ce qui n’existe pas
je ne remarque que la possible tranquillité
qui règne au centre du paysage
comme un tableau ou une photographie
un espace paisible où être soi
.

Claude Paradis, Un pont au-dessus du vide

*choix de la lectrice de Pierre Cornu

La grève du bain

Maman a beau dire à tout le monde qu’elle est en amour avec sa nouvelle baignoire, ça ne convaincra pas l’héroïne de La grève du bain que celle-ci est beaucoup mieux qu’Agathe, la petite baignoire sur pattes qu’elle a toujours connue. Non mais! Pas question d’utiliser cette baignoire gigantesque quasi aussi grande qu’une piscine! Et si elle s’y noyait? Les vagues et les remous, ça peut être dangereux! Et puis, c’est assourdissant quand on aime bien se laver au calme!

La petite n’a pas le choix. Elle ne se lavera pas dans ce monstre qui pourrait l’engloutir malgré tout ce que son père trouvera de jeux et de jouets pour l’attirer. Pas question! Et pourtant, le papa ne manque pas d’imagination.

Sauf que… Vient un jour où on sent mauvais, où on est sale et collant de toutes parts. Vient un jour où il faudra apprivoiser la nouvelle baignoire et s’habituer à elle.

Les illustrations de Geneviève Després donne au texte rythmé de Pierrette Dubé une idée de la taille de la baignoire dans la tête de la petite fille ainsi que de la saleté qui s’accumule au fil des heures, et rend cet album tout simplement ir-ré-sis-ti-ble.

Quelques pots

… et quelques jolies fleurs.

Ah! comme j’aime Montréal en été.

Ce que mots vous inspirent 971

Il nous appartient de nous libérer du connu, d’inaugurer d’autres voies, d’inventer d’autres merveilles de ce mystère ou de cette absence de mystère qui continue et continuera sans doute à jamais de décliner nos existences. (Jean-Pierre Otte)

*toile de Jan Van Beers

Un pont 6

De sa main qui touche mon visage
ou de sa bouche lorsqu’elle prononce mon nom
de presque rien d’une caresse
je puise une lueur qui m’apprend à voir
C’est un éclair dans la clarté
ce rayonnement de beauté que je reconnais
le mot en soi est sublime ô beauté
et ce vide entre nous qui éclate
est une fenêtre qui ne cesse de s’ouvrir
sur le soleil même quand il pleut
.

Claude Paradis, Un pont au-dessus du vide

*choix de la lectrice de Bruce Timson

Un premier roman à 88 ans!

Après un récit relatant son expérience dans les usines allemandes au cours de la Seconde guerre mondiale et Gen Paul à Montmartre, où elle parle des quinze années ou elle a côtoyé le peintre montmartrois proche de Louis-Ferdinand Céline, la Bretonne Chantal Le Bobinnec signe, à 88 ans, un premier roman, une autofiction, où se retrouvent une faune littéraire des plus colorées de même que l’attachant Claude Duneton dont l’auteure était proche.

Au départ, on se demande à quoi on a affaire. Un roman? Un récit? Une autobiographie? Puis, on se rend compte, à mesure qu’on avance dans ce drôle de livre, que Chantal Le Bobinnec a décidé de s’amuser un peu en mettant en scène quelques personnages dont elle a grossi les traits, entre autres celui qu’elle appelle « son ami le libraire » ou le « Petit Fol », coureur de jupons et alcoolique, avec qui elle aime discuter même s’ils sont loin d’être toujours d’accord. C’est d’ailleurs lui qui la poussera à écrire son premier livre.

Ce sera aussi l’occasion de faire connaissance avec des éditeurs dont la façon de faire dépasse l’entendement et va au-delà de la caricature. Bien sûr, cela donne un livre léger, pas toujours cohérent, avec de longs glissements des saisons. Mais on ne peut qu’aimer cette vieille dame indigne qu’est la narratrice de Mon ami le libraire. Une narratrice qui doit beaucoup à Chantal le Bobinnec elle-même, sans (peut-être) être calquée sur l’originale, l’autofiction permettant quelques écarts avec la réalité.

Mais le roman lui-même, malgré une langue colorée, des comparaisons qui font sourire et un sens de la démesure, bien que non dénué d’intérêt, demeure peu intéressant malgré de belles images et des réflexions justes sur l’amitié. C’est qu’il manque quelque chose qu’on a du mal à définir, mais dont l’absence prend toute la place. Le réalisme? Peut-être. À moins que ce ne soit cette volonté de faire vrai qui nuise? Peut-être aussi.

Mais bon. Il n’en reste pas moins que Chantal Le Bobinnec signe un premier roman à 88 ans, et qu’il n’est pas mauvais sans être bon. Et qu’on y aimera ce qu’elle dit de Claude Duneton.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

et pour le Défi Premier Roman

De bien jolies couleurs

Et de plus, des couleurs auxquelles je n’ai pu résister!

Ce que mots vous inspirent 970

Quoique contienne le moment présent, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi. (Eckhart Tolle)

*illustration de Mary Engelbreit

Un pont 5

La ville se réduit à une promesse d’aube
La distance creuse un fleuve où s’enchevêtrent des énigmes
le voile d’une voix se retire des eaux glauques de l’absence
Le vide où l’on demeure embrasse tout l’horizon
chaque détail de soi dans le silence
découd paupières et papiers
Je réinvente la silhouette d’une femme
.

Claude Paradis, Un pont au-dessus du vide

*choix de la lectrice de Leonard Campbell Taylor