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Demeure 4

Accent

je sors de ton sommeil
plus près des nuages aveugles
plus près de l’espace

un oiseau passe
sa syntaxe m’est encore inconnue.

Georges Castera, L’encre est ma demeure

*choix de la lectrice de Trevor Mezak

L’écrivain public

Le titre annonce la couleur : Joe, le narrateur du roman d’Elizabeth Stromme est écrivain public. C’est-à-dire qu’il rédige pour les uns des lettres de doléances, pour d’autres des CV qu’il étoffe afin de les rendre attrayants et pour un client des lettres à des femmes à marier dont il trouve les coordonnées dans des catalogues. En un mot, Joe vivote et n’attend plus grand-chose de la vie en général et plus précisément de celle qu’il mène à Echo Park, au cœur de Los Angeles.

Le jour, il écrit et se laisse parfois emporter par le lyrisme quand il écrit aux correspondantes russes ou asiatiques de son client. Ou il va prendre un café à côté, au salon de coiffure. Le soir, il lit Simenon ou il sort boire une bière. Une petite vie sans surprise. Sans grand intérêt non plus. Enfin, jusqu’à ce que celui qui se croyait revenu de tout fasse la connaissance de Clio chez sa voisine où elle s’est arrêtée pour une coupe à la Jean Seberg.

L’écrivain public, c’est l’histoire de Joe, de Clio, de leur presque amour, de ceux qui gravitent autour d’eux, du faux clodo qui veut mobiliser les gens d’Echo Park, de celle qui fait goûter ses gâteaux à tous, des clients qui s’assoient dans le bureau de Joe en espérant qu’il pourra changer le cours de leur vie grâce à quelques mots bien alignés. L’écrivain public, c’est l’univers un peu glauque, pas tout à fait net de cet Echo Park où se croisent désespérés ou rêveurs.

Malgré une traduction truffée d’anglicismes, malgré aussi des phrases traduites mot à mot qui perdent leur sens quand elles passent d’une langue à l’autre, malgré l’argot un peu trop présent, L’écrivain public n’est pas désagréable à lire tant qu’on le considère comme un roman sociologique et non pas comme un polar, ce que sa publication dans La Noire chez Gallimard aurait pu laisser croire.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

The prettiest little town in North America

Une jolie enseigne…

Une pharmacie…

Une deuxième pharmacie…

Une librairie…

Une deuxième librairie…

Là où nous avons mangé… et quelques fleurs.

Voici quelques images de Woodstock, Vermont (qui m’a rien à voir avec son homonyme célèbre de l’État de New York), laquelle a été désignée par le Ladies Home Journal « the prettiest little town in North America ». Tout à côté du New Hampshire, la petite ville d’un peu plus de 3000 habitants dans une région où les ponts couverts sont nombreux vaut le détour. Ainsi que Quechee.

Ce que mots vous inspirent 962

On peut aimer un endroit tout entier grâce à un seul détail. (David Foenkinos)

*toile de Vladimir Gusev

Demeure 3

le peu de temps qui nous reste
à lécher les songes
penche
dans la nuit des mots
avec rafales d’yeux entre les branches

la mer insuffle la peur
de parler aux rames

parfois
tes yeux sont introuvables

Georges Castera, L’encre est ma demeure

*choix de la lectrice de Taro Takizawa

Pour le réalisme, il faudra repasser

Les critiques parues ici et là dans la presse avaient de quoi allécher quiconque intéressé par les premiers romans. C’est donc pleine de confiance et quasi certaine que m’attendait une écriture nouvelle, fraîche et séduisante que j’ai emprunté Les pieds nus de Marie Simon à la bibliothèque.

Et heureusement que je l’ai emprunté et non pas acheté. Le roman ne tient tout simplement pas la route. Et ce n’est pas parce qu’un roman se voulant poétique et dont le sujet est l’amour absolu que porte une femme à un marin qui a disparu en mer que ledit roman doive faire fi d’un peu de réalisme. Or, pour le réalisme, il faudra repasser. Le livre terminé, le lecteur se demandera de quoi vit la narratrice, et comment elle a pu partir le jour des funérailles en laissant tout derrière elle alors qu’il n’est un mystère pour personne toute la paperasserie que le décès d’un proche entraîne. Il ne comprendra rien non plus à la fête qu’elle organisera après une disparition de plusieurs mois ni à sa façon de se jeter dans les bras d’un autre.

Et pourtant, Marie Simon avait un joli filon au départ que celle de cet amour absolu pour un homme qui a péri en mer et à qui la narratrice s’adresse directement, dans une volonté évidente de voir clair en elle. Mais ça ne marche pas. On n’y croit pas. Ni à elle, ni à lui, ni à cette histoire qu’elle nous raconte. Ni à la vie qu’elle mène, à Biarritz, puis à Paris.

J’aurais pu abandonner la lecture des Pieds nus une vingtaine de fois. Je ne l’ai pas fait. Tant pis pour moi.

Titre pour le Défi Premier Roman

Chez Brenda

Au milieu des cabanes réservées aux oiseaux, des sirènes en plâtre et des pots, sur la US 1, à York, dans le Maine, se trouve une boutique la boutique de fleurs Brenda’s Bloomers. Un décor qui attire le regard et qui incite à s’arrêter. Au moins le temps de prendre quelques photos!

Ce que mots vous inspirent 961

Ce qui se bâtit dans la tempête a plus de chance de durer que ce qui se bâtit par beau temps. (Henri Troyat)

*illustration de Darja Charapova

Demeure 2

Certitude

Ce n’est pas avec de l’encre
que je t’écris
c’est avec ma voix de tambour
assiégé par des chutes de pierres

Je n’appartiens pas au temps des grammairiens
mais à celui de l’éloquence
étouffée
Aime-moi comme une maison qui brûle.

Georges Castera, L’encre est ma demeure

*choix de la lectrice de Tymon Niesiolowski

Il était une fois sous le kiosque à musique…

Quel bel album que celui imaginé par Anne Kalicky et illustré par Dorothée Duntze! Chaque page d’Il était une fois sous le kiosque à musique est si belle qu’elle donne envie de partir à la recherche de ce magnifique kiosque qui abritait les jeux des princesses Sol et Luna avant le décès de leur mère et l’arrivée de la seconde épouse du roi, qui n’a rien à envier aux méchantes belles-mères des contes de fées classiques.

En effet, jalouse de l’amour qui unit père et filles, elle profite de l’absence du roi pour les maltraiter, les enfermer et même les transformer en oiseaux en cage afin de laisser croire que les princesses sont mortes subitement, ce qui plongera le roi dans un chagrin dont il ne sortira plus. Mais c’est sans compter sur la visite de deux princes d’un royaume voisin qui découvriront le kiosque abandonné toujours aussi beau et rendront visite au roi. N’est pas dit qu’un oiseau à qui on a ouvert la cage ne deviendra pas une princesse à nouveau…

Pour la beauté des illustrations, pour ce qui se dégage d’amour de ce très beau conte traditionnel, Il était une fois sous le kiosque à musique… fait partie de ces albums qui font rêver. Rien de moins.