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Un dimanche russe 1

Quand les lectrices d’Elya Yalonetski, sculpteure et céramiste d’origine russe, ont eu fini de parcourir le livre de Constantin Mourousy intitulé Le grand livre des proverbes russes, elles ont décrété qu’il fallait qu’elles le prêtent à d’autres lecteurs et lectrices afin qu’à deux ou à plusieurs, ils puissent les lire à haute voix pour vous, en commençant par celui-ci :

Maison sans livres est comme corps sans âme.

Parce que l’idée m’a plu, ce dimanche sera russe!

Illuminures 4

Mot à mot j’ai appris à vivre
pas à pas je suis revenu
à mon chant de silence
je ne cherche plus le verbe
qui va tuer la phrase.

Roland Giguère, Illuminures

*choix de la lectrice de Karen Kinser

Un roman à la mesure de son héroïne

Parfois, il fait bon entrer dans des univers où l’on perd pied, tant tout est presque plausible même si on fait appel bien davantage à l’imagination qu’à la réalité. C’est à un tel univers que se voit confronté tout lecteur qui ouvre Une lilliputienne de Béatrix Beck, laquelle met ici à profit son sens de la dérision et du surréalisme avec un plaisir évident. Pour ceux qui ne connaissent pas l’écriture de celle qui fut la dernière secrétaire d’André Gide, l’exercice peut s’avérer périlleux. En effet, les phrases sont souvent très courtes et les pronoms absents pour maintenir un rythme où tout déboule à la vitesse grand V et afin de mettre de l’avant une langue proche de l’oral.

Lia, le personnage central d’Une lilliputienne, est petite, très petite. Si petite qu’il lui fallait un roman à sa mesure. D’où de courtes phrases et des épisodes brefs. Et une vie loin d’être facile tous les jours. Le monde n’est pas fait pour les personnes minuscules, aussi jolies soient-elles. Lia l’a compris dès le départ, alors que sa sœur la considérait comme une poupée plus que comme une sœur de chair et de sang. Elle ne sera pas la seule. Ce qui donnera lieu à des situations parfois loufoques, parfois tristes, le plus souvent surréalistes.

Un personnage hors de l’ordinaire autour duquel gravitent d’autres personnages qui le sont tout autant, des rêves, des espoirs, de l’amour, et un grain de folie composent ce roman qui n’est que distraction. Quoique. Béatrix Beck, qui pose un regard incisif sur la société dans la plupart de ses livres, ne rate pas l’occasion de pointer du doigt non pas ceux qui sont différents mais ceux qui profitent de leur différence. Tant pis si ça fait grincer des dents. L’humour noir n’a encore tué personne. Enfin, je crois.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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L’ombre du magnolia

Petit clin d’œil avant qu’il ne tire sa révérence…

Des tulipes à profusion

Voici plusieurs jours que je les photographie, au hasard ma route, afin de vous les offrir. Les voici donc!

Il ne vous manquait que la plume…

Voilà plusieurs jours que vous examinez l’illustration de dimanche dernier. Il ne vous manquait que la plume pour écrire quelques lignes… À vous de jouer maintenant. Vous avez 24 heures devant vous avant la validation des commentaires reçus.

*illustration de James et Michael Fitzgerald, alias The Project Twins

Illuminures 3

Il n’y avait rien dans ces sentiers battus
pas de traces pas de pistes pas de mots
que nos pas qui allaient vers le nord
en silence vers l’étoile aperçue.

Roland Giguère, Illuminures

*choix de la lectrice d’Amber Lounder

Dix jours qui n’en finissent pas de s’étirer

Dès les premières pages de Dix jours en cargo, une impression de déjà vu s’est emparée de moi. Et pour cause. Les romans qui portent sur la volonté d’écrire et sur les difficultés qui sont reliées à ce désir légitime sont courants, très courants. J’ajouterais : trop courants et trop nombreux.

C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai été agacée. J’ai d’ailleurs eu du mal à passer outre mes réticences malgré ma bonne volonté. J’aurais voulu avoir de la sympathie pour cette femme qui a quitté Barcelone pour Rio, comptant profiter de la traversée pour mettre la main à la pâte parce qu’à bord rien ne pourra la déranger de son objectif. Mais ce fut peine perdue. Je ne suis pas plus arrivée à m’attacher à la narratrice que cette dernière n’a réussi à travailler à son roman.

Trop de choses la dérangent. La mer la trouble. L’équipage uniquement masculin dont les membres ne sont pas particulièrement aimables ne s’intéresse pas à elle ou en fait trop. L’image de celui qu’elle tente d’oublier autant par l’écriture que par cette expédition qui n’a rien à envier aux découvreurs d’un autre siècle s’estompe peu à peu. Mais rien n’y fait. Les mots lui manquent et l’impossibilité d’écrire a pris le pas sur tout le reste.

Il y a pourtant de jolis passages poétiques. Vite oubliés quand on tombe sur des phrases comme : « Lorsque je tiens entre les mains un livre qui me parle, je sens qu’il me travaille autant que l’écrivain qui l’a composé. » Mais tout cela, qui relève du cliché et de l’anecdote, est trop peu pour nous donner un roman solide, sensible, allant au-delà des apparences et dépassant la facilité. Trop fade pour conserver l’intérêt du lecteur qui peine à aller au bout de court roman d’une centaine de pages à peine tant son ennui est grand.

L’idée de départ était pourtant belle. Nombreux sont ceux et celles qui ont un jour rêvé de traverser l’Atlantique sur un bateau, d’être en mesure de décrire toutes les teintes de l’océan et le ciel qui aborde la ligne d’horizon, parce qu’ils les auront vus de près. Même la narratrice voudrait pouvoir le faire. Or elle n’a d’encre que pour exprimer son impossibilité à écrire ce qu’elle voulait écrire.

Le passage de la poésie au roman n’est pas donné à tous et les Louise Dupré sont rares. Isabelle Miron le prouve, même si, au détour d’une page, après plusieurs paragraphes, voire plusieurs pages sans intérêt, le lecteur pourrait être happé par une phrase poétique d’une certaine qualité. Quelques phrases bien ficelées ici et là ne sont pas suffisantes pour faire de ces Dix jours en cargo autre chose qu’une expédition dont le sens finit par nous échapper.

Titre pour le Défi Premier Roman

Texte publié dans

Ce que mots vous inspirent 927

Parfois, il est bon de changer et, même si on s’est fixé des objectifs, de les transgresser pour se sentir plus vivant. (Sergi Pàmies)

*dessin d’Emma Ehrling

Illuminures 2

Gardez vos rêves et vos espoirs
gardez tout ce que vous pouvez
dans cette avalanche d’un soir
gardez la dernière lettre effacée.

Roland Giguère, Illuminures

*choix de la lectrice d’Eugenio Viti