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Ce que mots vous inspirent 930

Tu seras vraiment aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans que l’autre s’en serve pour manifester sa force. (Cesare Pavese)

*toile de Carl Wilhelmson

Voix d’Égypte 1

Les larmes survivront

La rose qu’en ce vase harmonieux j’admire,
Dont le parfum subtil grise qui le respire,
Bientôt verra tomber ses feuilles de satin
Et son calice ardent se flétrira demain.

Le soleil qui, dès l’aube, à l’horizon se lève,
Dont la gloire rayonne au beau ciel de midi,
Retire sa lumière à l’heure où vient le rêve
Clairsemer de son or le manteau de la nuit.

Mais les pleurs de l’amour, perles mystérieuses
Qui roulaient ses sillons vers ses lèvres rieuses,
De ses traits éclairent l’albâtre radieux.

En mon cœur ont marqué leur empreinte profonde,
Et même quand mon âme aura quitté ce monde,
Mon cœur aura gardé les larmes de ses yeux.

Marius Schemeil
(extrait de l’Anthologie de la poésie francophone d’Égypte de Jean-Joseph Luthi)

*choix de la lectrice de Gilberte Schmitt

Monsieur Walser et sa maison de rêve

J’avais adoré Monsieur Brecht et le succès, le premier des 41 titres que nous promet l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares, lesquels mettront en scène 41 écrivains qui vivent dans un décor qu’il a inventé à leur intention : le Bairro.

Dans Monsieur Walser et la forêt, l’action se déroule un peu au large du Bairro. C’est là, dans une forêt, que l’écrivain suisse Robert Walser, reconnu pour ses feuilletons et Les enfants Tanner, a choisi de faire construire sa maison, une maison immense où il pourra recevoir quantité d’invités afin de tenir avec eux de savantes conversations. Or dès l’inauguration de cette maison qui dépasse l’imagination, une maison en tous points parfaite aux dires de son hôte, c’est la débâcle totale. Artisans et ouvriers débarquent chez Walser l’un après l’autre pour réparer une faille, d’un robinet mal ajusté à un trou dans la toiture.

Walser se voit contraint de loger chacun d’entre eux, car de toute évidence il y en aura pour des jours et des jours avant que sa résidence devienne fonctionnelle. Lui qui voulait tant recevoir se voit servi dans cette farce qui n’est pas sans rappeler Mister Blandings builds his dreeam house, le film de 1948 mettant en vedette Cary Grant, lequel avait inspiré en 1986 The Money Pit.

Alors que dans les films mentionnés les deux protagonistes en viennent presque à perdre la raison, Walser choisit de faire contre mauvaise fortune bon cœur, en se disant que sa maison n’en sera que plus solide quand chacun aura fait son travail.

Un court roman savoureux que ce Monsieur Walser et la forêt. Mon petit doigt me dit que je lirai chacun des titres de cette série.

Les collages de Melinda

Originaire de l’Utah, l’artiste états-unienne Melinda Tidwell vit à Santa Fe, au Nouveau-Mexique où, après une carrière dédiée aux mathématiques et aux graphiques, elle se consacre au langage visuel par des collages faits à partir de livres.

Ce que mots vous inspirent 929

L’habitude est un don du ciel qui fait office de bonheur. (Alexandre Pouchkine)

*toile de Beryl Cook

Illuminures 6

Ces rêves étaient bien les nôtres
nous avons tourné la page hier
mais nous n’avons pas fermé le livre

Roland Giguère, Illuminures

*choix de la lectrice de Delphin Enjolras

L’histoire d’Odette

Celle qui a choisi de ne signer que de son prénom son autobiographie Orpheline de la Shoah apporte sa pierre à l’édifice constitué de nombreux témoignages venus de partout afin que jamais le silence ne se fasse sur ceux qui ont péri dans les camps ou sur ceux qui, sans avoir été emprisonnés, ont porté toute leur vie les séquelles de l’internement et de la mise à mort des leurs.

Cachée par une famille pendant la guerre, Odette n’a aucun souvenir de cette époque. Comme si elle n’avait pas vécu les cinq premières années de sa vie. Ainsi débute ce récit qui nous livre le combat d’une petite fille sans repères qui, toute sa vie, a tenté de faire de son mieux malgré son esprit rebelle, sa dyslexie importante et ses parents morts à Auschwitz.

Le résultat est un livre émouvant, malgré des maladresses de style, de la confusion dans la chronologie et des raccourcis qui laissent des questions sans réponse. Orpheline de la Shoah a probablement été dicté (même si ce n’est indiqué nulle part), Odette n’ayant jamais pu écrire autrement qu’au son ou été en mesure de libeller un chèque. Le lecteur a donc davantage l’impression de lire quelque chose destiné à l’oral qu’à l’écrit.

Orpheline de la Shoah est tout de même un beau livre. Le livre d’une battante qui a eu la chance de trouver sur son chemin quelques anges gardiens à qui elle veut rendre hommage. Le livre d’une femme qui n’a jamais cessé d’espérer et à qui il a toujours manqué une mère. Le livre d’une femme qui s’est rendue à Auschwitz en 1995 et qui, en quelques paragraphes, dans les dernières pages de son récit, nous livre un témoignage plus éloquent que nombre d’études savantes.

Les chats de la rue Parthenais

Ce sont les amis du Chat des artistes, que je vous invite à découvrir…

Ce que mots vous inspirent 928

Aucune vie ne se déroule en vase clos, elles se chevauchent toutes et le monde est tout plein d’histoires qui, au bout du compte, finissent par n’en plus former qu’une seule. (Mitch Albom)

*illustration de Michael Fleming

Illuminures 5

Ne vous figurez pas que j’invente
tous ces mots étaient là
entre les plis du lit
la nui renaît toujours
dans des draps nouveaux

Roland Giguère, Illuminures

*choix de la lectrice signée Harry Brooker