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La maison en petits cubes

La maison en petits cubes a d’abord été un film d’animation avant qu’il ne soit adapté et complètement réécrit par ses deux concepteurs, Kunio Katô pour les illustrations et Kenya Hirata pour le texte. Il s’agirait, aux dires de ceux qui ont vu le film, d’une prolongation du film puisque l’album va plus loin tout en nous racontant la fabuleuse histoire d’un vieil homme qui est maintenant le seul habitant d’une ville qui a été complètement engloutie par l’eau au fil des ans.

Alors que les maisons gagnaient en hauteur, à la manière de cubes qui s’emboitent et s’empilent, celles qui les précédaient étaient immergées avec les souvenirs qu’elles contenaient tandis qu’il fallait un bateau pour visiter ses voisins, ce qui a poussé chacun à partir, petit à petit.

Mais le vieil homme ne partira pas. Là est sa maison, celle qui a vu grandir ses enfants, celle où il a soigné sa femme disparue, celle où il compte bien finir ses jours. Sa maison en petits cubes.

Vous aurez compris que j’ai eu un véritable coup de foudre pour cet album plein de poésie, de douceur et de tendresse, inspiré par le film éponyme à qui on a décerné l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation.

En direct de Palerme

C’est à Palerme que Pietro Sciortino puise ses idées et exerce ses talents. Pour aller au-delà de ces scènes livresques, un voyage ici s’impose.

Ce que mots vous inspirent 932

La poésie possède une force de percussion et de vibration, qui fait ressentir, et, dès le plus jeune âge, son caractère profond. Qu’on la lise ou qu’on l’écoute, elle reste partageable par tous. (Jean-Pierre Siméon)

*toile de Louise Camille Fenne

Voix d’Égypte 3

Reste avec moi ce soir

Reste avec moi ce soir, j’ai même peur de l’ombre
Que pleuvent les grands pins sur la route de l’étang,
Pour nous voir nous aurons l’hésitante pénombre
Que ma langue réveille au calice du temps.

Rien que pour rencontrer mon âme vagabonde
Dans le pays du songe où ton souffle l’étreint,
Reste avec moi ce soir, déjà le soir éteint
Dans l’appel sanglotant ta chevelure blonde…

Je veux poser à tes pieds nus l’automne d’or
Avec ses fruits vermeils, ses épis et ses roses,
Que tu sois mon amante ou l’image de la mort,
Laisse l’ombre bleuir sous mes paupières closes…

Ma maison est profonde et sonore des pas
Du silence qui fait pleurer l’eau des fontaines,
Reste avec moi ce soir pour qu’il ne meure pas,
Ton charme évocateur de mes forces lointaines…

Arsène Yergath
(extrait de l’Anthologie de la poésie francophone d’Égypte de Jean-Jacques Luthi)

*choix de la lectrice de Coles Phillips

Au pays des origines

Quand survient cet accident de personne qui fait office de titre, Charline est en route vers son destin, mais ne le sait pas encore. Une jeune femme s’est jetée sur les rails. Quelques minutes seulement avant que le train n’arrive à destination, la petite ville où Charline a passé une grande partie de sa vie et qu’elle n’a pas revue depuis plus de dix ans.

C’est à la suite du décès de sa sœur jumelle qui s’est jetée par la fenêtre, croyant qu’elle serait en mesure de voler si elle y croyait très fort, que le quotidien de Charline est devenu invivable et que la famille a fini par quitter cette petite ville où trop de souvenirs les poursuivaient.

Pourquoi la préférée était-elle morte et non pas elle, croyait-elle lire dans le regard de ses parents avec qui elle a fini par couper les ponts pour se résoudre à vivre, loin des reproches. Mais l’heure est venue, parce qu’elle n’arrive plus à peindre, de cesser de tourner en rond et de s’occuper. Autrement. À n’importe quoi. C’est la raison pour laquelle elle se trouve dans ce train qui la ramène à sa ville natale. Charline a en effet accepté de s’occuper du chat d’une vieille dame pendant son absence pour éviter de demeurer prostrée, en attendant que revienne l’inspiration qui l’a quittée il y a des mois.

La ville a beaucoup changé. Elle la reconnaît à peine quand elle décide de se rendre aux funérailles de celle qui est devenue un fait divers. Parce qu’elles étaient dans la même classe lorsqu’elles étaient enfants. Parce qu’elle aurait si souvent voulu prendre sa place, Viviane ayant des parents si aimants, si attentionnés.

Parce que Charline n’a jamais été en mesure de se lier, qu’elle n’a jamais cessé de parler à sa sœur disparue, et qu’elle a décidé de rapporter aux parents de Viviane le mouchoir qu’ils ont oublié sur un banc, la jeune femme va voir le cours de sa vie complètement changé alors que ceux-ci vont littéralement l’adopter. Basculant constamment entre la réalité qui n’est pas sans rappeler ses rêves d’autrefois et des cauchemars troublants qui nous sont relatés, Charline finit par perdre pied.

À la fois comédienne et dramaturge, la Suissesse Anne-Frédérique Rochart a le sens du drame et de la mise en scène. Elle propose d’ailleurs avec Accident de personne une structure narrative qui n’est pas sans rappeler l’usage des voix off au théâtre, procédé intéressant. Si la tension qui grandit à mesure que se noue une relation parents/enfant entre les Dubois et Charline est palpable et bien exploitée, on pourrait par contre reprocher à l’auteure les quelques personnages-accessoires qu’elle laisse tomber sitôt qu’elle les a utilisés ainsi que les morts passées qui s’additionnent à la fin du roman pour expliquer le geste de Viviane, lesquels ne convainquent pas.

Accident de personne demeure tout de même un premier roman réussi, grâce à sa construction solide et à l’attachement que le lecteur éprouve d’emblée pour cette Charline un peu paumée qui mange la peau de ses doigts jusqu’à ce que cela saigne pour se punir de n’avoir pas su, avec ces mêmes mains, retenir sa sœur quand elle a sauté dans le vide.

Accident de personne lui rappelle qu’il est l’heure pour elle de cesser de marcher sur un fil.

Titre pour le Défi Premier Roman

Texte publié dans

Vive les écriteaux!

Ce sont eux qui nous aident à donner des noms aux arbustes quand on fait le tour du Jardin botanique de Montréal. Sans celui-ci, je n’aurai jamais su que j’avais devant moi une viorne de Carles!

Ce que mots vous inspirent 931

Rien n’est impossible à celui que n’arrête pas l’improbable. (Raoul Vaneigem)

*toile de Michael Sweerts

Voix d’Égypte 2

Soir

C’était un calme soir de l’été somptueux,
Dans la campagne rose en sa tunique neuve,
Et loin des noirs faubourgs toujours tumultueux,
Sous les grands arbres assoupis au bord du fleuve.

Des pêcheurs obstinés, au fond du flot changeant,
Poursuivaient un désir fluide, insaisissable,
Ou bâtissaient un rêve avec l’or du couchant,
Heureux comme l’enfant qui dresse un mur de sable.

Tout respirait le calme et la sérénité.
L’heure coulait, divine, ainsi qu’une lumière,
Et la terre, en l’orgueil de sa fécondité,
S’offrait toute à la nuit qui baissait ses paupières.

Mais toi que je cherchais, ô douloureuse sœur,
Tu suivais longuement, des yeux, le blanc sillage
Des bateaux en allés sur le fleuve, et ton cœur,
Chargé du beau destin qui fut celui des mages,

Tressaillait quand l’aboi des canons, quelquefois,
Mourrait en une plainte étrange au fond des plaines.
Ô ma très douce amie, entendais-tu ma voix
Qui te parlait tout bas pour mieux bercer ta peine?

Je voulais que ce soir d’universel oubli
Mît sur ton âme en pleurs l’infini de ton charme;
Hélas! Quand je baisai ton visage pâli,
Sur tes beaux yeux profonds je bus de froides larmes.

Fernand Leprette
(extrait de l’Anthologie de la poésie francophone d’Égypte de Jean-Jacques Luthi)

*choix de la lectrice de Karl Hofer

L’incroyable histoire de mademoiselle Paradis

C’est au hasard des rayons d’une des bibliothèques que je fréquente que j’ai croisé la Viennoise Maria-Theresia von Paradis. Elle se promenait de rayon en rayon, caressait les livres, les respirait. Puis elle s’écartait pour laisser la voie libre à qui arrivait. Nul n’aurait pu deviner que Maria-Theresia von Paradis était aveugle.

Or Maria-Theresia von Paradis, qui est née en 1759 et doit son prénom à l’impératrice d’Autriche, n’a pas toujours été aveugle. Elle a connu les couleurs, les nuances, l’ombre et la lumière avant que tout ne s’éteigne soudainement. Belle et talentueuse, elle a été remarquée par l’impératrice elle-même. Cette dernière compte bien en faire une des étoiles de la société musicale viennoise et contribue financièrement aux besoins de la jeune fille, laquelle pendant 18 ans a subi tous les traitements possibles pour recouvrer la vue, certains d’eux ayant causé une telle souffrance que désormais il n’est plus question que quiconque se serve d’elle pour des expérimentations.

Maria-Theresia von Paradis, à qui Mozart dédiera un de ses concertos, se débrouille très bien sans voir. Elle connaît les distances, la forme des objets, les tissus, le froid et le chaud. Tous ces détails qui la rendent fonctionnelle et lui permettent de s’adonner à ce qu’elle aime le plus : la musique. Mais c’est sans compter sur l’arrivée de Franz Anton Mesmer dans sa vie, grand mélomane et magnétiseur, lequel la subjuguera à un point tel qu’elle acceptera de se plier à d’autres expériences. Il est vrai que ce qu’elle éprouve pour Mesmer ne relève pas de la raison et que la passion qui anime la jeune femme et à laquelle cédera celui-ci rend Maria-Theresia prête à tout, d’autant plus que les essais sont concluants. Maria-Theresia retrouve peu à peu la vue, mais du coup ne sait plus jouer, et cette « guérison » fait l’objet de tant de spéculations et d’enquêtes que la jeune femme choisira de ne plus voir afin de ne plus constater de ses yeux la laideur de ce monde.

L’incroyable histoire de mademoiselle Paradis a pu être reconstituée grâce aux cahiers laissés par sa femme de chambre et par ce que l’Histoire a retenu de Franz Anton Mesmer. Le roman de Michèle Halberstadt qui lui rend hommage donne envie d’entendre les œuvres qu’elle a composées, même si la plupart d’entre elles ont été perdues au fil des ans, sauf La Sicilienne, souvent enregistrée, notamment par Lynn Harrell au violoncelle et Victor Asuncion au piano.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Fanga : un goût de revenez-y

Ils sont de Montpellier, mais ils sont de partout et surtout d’Afrique, entre autres du Ghana et du Burkina Faso. En 1998, ils se réunissent sous le nom de Fanga, dont le premier album paraîtra en 2003. Devenu figure de proue de l’afrobeat français, le groupe est de tous les festivals.

Siri Ba, qui date de 2009, devrait faire danser (ou à tout le moins se trémousser) même les plus timides avec les rythmes enlevants de Tiogho Tiogho

et de Ni Ya Wouelle

qui ont un goût de revenez-y et le pouvoir de faire oublier la pluie.
Si, si, je vous le dis. Essayez, vous verrez bien.