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Les vers de Roland 4

Adieu

Je n’ai plus que tes yeux
pour fermer la nuit
je n’ai plus que ta bouche
pour ouvrir le jour
je n’ai plus que tes mains
pour prendre le large
et me perdre à jamais
dans les remous du temps

je n’ai plus que ton amour
qui coule dans mon sang

Roland Giguère, Cœur par cœur

*choix de la lectrice de Virio da Savona

L’enfant d’octobre

À dire vrai, je n’ai pas lu le quatrième de couverture quand j’ai choisi ce titre au hasard des rayons de la bibliothèque. J’ai juste pensé que c’était un Philippe Besson que je n’avais pas lu.

Et maintenant que j’ai fait mon pensum, que j’ai lu la moindre ligne de ce roman écrit à partir de l’affaire Grégory Villemin qui a fait la une et les beaux jours des Paris-Match et autres magazines de même acabit, s’intéressant de près aux malheurs d’autrui avec photos à l’appui, j’éprouve toujours le malaise que j’ai éprouvé dès les premières lignes.

Comment l’auteur a-t-il pu se glisser dans la peau de Christine Villemin qu’il n’a jamais rencontrée et à propos de laquelle il n’a lu que ce que tout le monde a pu lire? Oui, comment? Comment a-t-il pu lui prêter des mots et des sentiments? L’auteur vous dira qu’il s’agit de fiction, que l’histoire qu’il relate ici en deux temps — les faits et la version de Christine Villemin au je — est inspirée d’un fait réel, mais que le reste est de la fiction.

Mais peut-on se permettre d’écrire de la fiction à propos de personnes qui sont toujours vivantes, à propos d’une enquête non résolue, à propos d’une histoire dont on parle encore dans certaines chaumières? Je me pose la question.

Je ne vois pas l’utilité de ce livre. Je ne lui vois même pas de qualités littéraires. Je ne vois là qu’un écrivain opportuniste qui s’est servi du malheur des autres pour augmenter son lectorat. À mettre à la poubelle.

Ce jeudi, un peu de jazz

Du jazz qui nous arrive de Catalogne. Un album intitulé En la imaginación, signé Sílvia Pérez Cruz y Javier Colina Trio, à propos duquel vous saurez tout en consultant cette page. Un album dont je vous offre la chanson d’ouverture, Debi Llorar Giraldo.

Côté cour 3

Ça donne envie de sortir de chez soi, non?

Ce que mots vous inspirent 523

Le meilleur moyen de salut est la présence d’esprit. (Proverbe allemand)

*toile de Luong Duong

Les vers de Roland 3

La main au cœur

Comme la main creuse sa ligne de vie
sur le cuivre verni
comme la main cherche
dans les fibres du poirier
le fruit du hasard
comme la main trace sur la pierre calcaire
un moment de pur désir
comme la main glisse sur la soie
et laisse l’empreinte infinie du destin

la main sait toujours où elle va
dans l’âme blanche du papier

Roland Giguère, Cœur par cœur

*choix de la lectrice de la peintre brésilienne Georgina de Albuquerque

Un lourd silence

Un lourd silence met en scène Vincent, un adolescent lyonnais qui, parce qu’il ne comprend pas le silence qui entoure la vie de son grand-mère, supposément héros de la Résistance, décide de faire enquête à partir des maigres indices qu’il réussit à glaner de peine et de misère auprès des intéressés qui à la vérité ont préféré un silence vague, arguant qu’il leur est trop douloureux de parler de celui qui est mort au nom de la liberté.

C’est ainsi que Vincent fera connaissance avec une vieille Juive qui habitait le quartier où vivaient ses grands-parent lors de la Seconde guerre mondiale et avec laquelle il se liera d’une amitié profonde et indestructible. C’est aussi ainsi qu’il ouvrira le grand cahier où son grand-père notait ses faits et gestes, bien loin de ceux d’un vaillant résistant. Le grand-père se révèle en effet être un collaborateur, au grand désarroi de Vincent à qui on a raconté une histoire cousue de fil blanc qu’il a cru comme croient tous les enfants quand il s’agit de faire des leurs des héros, malgré qu’on ne lui ait jamais fourni de détails autour de cet aïeul qu’il admirait comme quiconque admire ceux qui sont entrés dans la Résistance.

Un lourd silence est un livre sur la vérité comme sur le mensonge qui, bien qu’il porte sur un sujet grave, ne verse jamais dans le drame, ce qu’il aurait été facile de faire. Or, Murielle Szac, en offrant à Vincent un entourage qui lui permettra d’accepter le passé de son grand-père, un passé qui n’est pas le sien, signe là un magnifique roman sur un sujet dont les Français ne sont pas fiers, mais dont nul ne peut ignorer l’existence.

Charme automnal

Une bien jolie fleur qui n’a froid ni aux yeux ni aux pétales!

Côté cour 2

Parce que je ne me lasse pas!

Ce que mots vous inspirent 522

Les adieux ressemblent à des oiseaux qui apprennent à voler. (Dominique Sampiero)

*toile de John Durand