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Ça rime et ça rame 7

Liège

Liège au matin sous ses collines
Dans une écharpe de vapeurs,
Rit : la plus tendre et la plus fine
Gaîté luit dans ses yeux moqueurs.

Ta robe grise est toujours neuve
Ô chère ville et mon émoi
Te caresserait si ton fleuve
Ne te caressait mieux que moi.

Lucien Christophe, Poèmes 1913-63, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*toile d’Anselm Cester

Ça rime et ça rame 6

En mon pays presque de France

En mon pays presque de France
entre Allemagne et Néerlande
avec mon patois paysan
ma langue issue du vieux latin
je reste debout comme un chêne
et ceux qui viennent des USA
veulent me faire oublier mes plaines
et mes collines et mes bois
et la Semois et puis la Meuse
et la brume e le plein brouillard
et la pluie qui est amoureuse
de mes toits qui s’endorment tard

Julos Beaucarne, Julos écrit pour vous, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*toile de Glenda Brown

Ça rime et ça rame 5

Ma ville

Ô ma ville, dans le ciel,
au bord de la voie lactée,
et l’Escaut aérien
près des clochers en prière.
Il n’est plus de cimetière,
les nuages dans le vent,
à ceux que l’on croyait morts
versent le lait des vivants.
Les bourdons au mufle d’ombre
flairent la dernière étoile
à ma lucarne éveillée
dans l’air des processions
où les figures vont, passent.
puis doucement se retracent…

Géo Libbrecht, Poèmes cachés, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*dessin de Karoly Brocky

En vos mots 231

Je l’imagine facilement rêveuse et nostalgique. Mais il se peut que je me trompe. À vous de nous raconter ce que la lectrice peinte par Alina Chau vous inspire, ce qu’elle évoque de souvenirs ou quelle histoire inventée elle suscite. Car c’est ce que propose En vos mots : l’occasion d’écrire dimanche après dimanche à partir d’une toile.

Tous les commentaires reçus d’ici le prochain accrochage, à savoir dimanche prochain, seront accumulés pour être validés en bloc ce jour-là. Libre à vous de prendre votre temps ou d’écrire tout de suite…

Ça rime et ça rame 4

Mer

La mer écrit un poisson bleu,
efface un poisson gris.
La mer écrit un croiseur qui prend feu,
efface un croiseur mal écrit.
Poète plus que les poètes,
musicienne plus que les musiciennes,
elle est mon interprète,
la mer ancienne,
la mer future,
porteuse de pétales,
porteuse de fourrure.
Elle s’installe
au fond de moi : la mer écrit un soleil vert,
efface un soleil mauve.
La mer écrit un soleil entrouvert
sur mille requins qui se sauvent.

Alain Bosquet, Poèmes, un, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*illustration de David Bromley

Ça rime et ça rame 3

Vocabulaire

Les mots couraient en tous sens.
Une cloche sonna.
Ils se mirent en rang,
formèrent une phrase.
La récréation avait pris fin.

Jean Dypréau, Journée libre, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*toile d’Alix Beaujour

Ça rime et ça rame 2

La liberté

Le vent du large la réclame
La flamme de l’hiver veut épouser son ombre
L’eau rêve d’éblouir son corps
La terre la retient la plus souvent possible

Les quatre saisons s’entendent
Pour construire sa maison
Murs de sable de fruits de feuilles et de glace
Et le soleil au plafond

Aux quatre coins du monde
Des hommes l’aiment à mourir
Mais ceux à qui elle pourrait faire honte
L’empêchent de sourire.

Gilbert Varin, Interférences, dans Ça rime et ça rame de Liliane Wouters

*illustration de Becca

Ça rime et ça rame 1

Parce que le recueil Ça rime et ça rame, une anthologie thématique des poètes francophones de Belgique préparée par Liliane Wouters, est un magnifique livre, j’ai eu envie de le faire découvrir à quelques jeunes le temps d’un dimanche. Il n’y aura pas 24 extraits, mais 10, toutes les deux heures, sauf à 8 heures, l’heure de la toile de la semaine, afin qu’elle se démarque de cette journée thématique.

C’est donc en compagnie des lecteurs du peintre russe Fedor Barathyan et sur un poème d’Auguste Marin, extrait de son recueil Le front aux vitres, que nous commencerons ce voyage au pays de la poésie belge.

Si tous les oiseaux

Si tous les oiseaux étaient pris aux pièges
et tous les poissons morts dans les filets,
si tous les arbres fondaient comme la neige
et s’éteignaient, l’été, les feux follets,

si toutes les mers désertaient les grèves
ou s’il n’était plus d’anges dans le ciel,
si tu restais seul avec tes rêves
parmi l’effondrement universel,

trouverais-tu dans ton âme profonde
assez de joie pour recréer le monde?

Les vers d’António 4

nieman-hennie-jr-2.jpg

Le mouvement de la Terre

Ciel plus limpide
que nuit d’été.

On sent
le mouvement de la Terre.

Irreprésentable,
manque la senteur du foin,
la festive sirène
des cigales,
le murmure
des amants.

António Osório, Les yeux d’Ulysse

*choix de la lectrice signée Hennie Niemann Jr

Les réflexions de Jean-Claude Pirotte

L’écrivain belge Jean-Claude Pirotte a tant publié que je me demande comment j’ai pu passer à côté de ses livres sans en ouvrir un seul au fil des ans. Je veux bien croire que certains aient pu être plus ou moins diffusés (notamment ceux publiés au Temps qu’il fait), mais tous? Aurait-on tout simplement négligé de faire la promotion de cet auteur sous des prétextes que je ne connais pas? L’ancienne libraire que je suis, pourvue d’une assez bonne mémoire, n’a pas souvenir qu’on lui ait un jour présenté cet auteur.

Mais heureusement, il y a bien des façons hors des chemins habituels (les journaux, les librairies, les bibliothèques) de croiser des auteurs. C’est donc grâce à Nadedja, chez Babelio, que j’ai découvert Jean-Claude Pirotte et c’est elle qui m’a suggéré la lecture de Plis perdus, un des livres qu’elle préfère de cette auteur namurois de naissance. Un titre tout à fait inclassable parce qu’il chevauche plusieurs genres. D’un récit, on passe à un poème, et de celui-ci à une lettre adressée à l’écrivain Axel Gauvin (dont j’ai adoré il y a une éternité le délicieux roman Faims d’enfance) avant de revenir à un autre récit qui met en scène les figures littéraires qu’il apprécie (Dhôtel, surtout lui, Arland, quelques autres).

Il aurait été aisé d’être dérouté par un tel assemblage. Et pourtant, non. L’auteur nous accroche dès le début et nous le suivons dans ses réflexions, dans ses analyses, dans ses regards, peu importe où ces derniers se posent. Un livre qui donne envie de lire les livres qu’il mentionne, et surtout de lire à nouveau cet auteur. Merci Nadedja.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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