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Pour l’amour d’un lieu

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C’est encore une fois un billet signé Tania — que je vous invite à lire — qui m’a fait découvrir un très beau livre. Un livre empreint de vent, où l’amour se tisse à la mesure des dunes et de l’océan dans ce Cape Cod que je connais bien. Un roman qui se déroule sur un peu plus de trente ans dans ce lieu qui a été très couru du temps des grandes heures du Provincetown Playhouse (dont il n’est pas question, mais dont il faut prendre note afin d’expliquer pourquoi tant d’artistes se sont installés dans ce lopin de terre qui entre dans la mer). Un lieu où le moindre bled regorge de galeries et d’ateliers d’artistes. Ce même Cape Cod où au large baignent les îles de Nantucket et de Martha’s Vineyard, que choisit l’écrivaine Lilian Hellman pour ses derniers jours. Ce même Cape Cod qui fit les beaux jours de la presse dans les années 60 parce que le clan Kennedy avait installé son fief à Hyannis.

Il est en effet impossible de ne pas parler de Cape Cod. Car cet endroit n’est pas qu’une toile de fond. C’est un lieu où on débarque sans savoir à quel point il agira sur soi, un lieu qu’on n’arrive pas à quitter, qu’on finit par avoir dans les veines et auquel on revient toujours. Pour y mourir ou aimer une dernière fois. Tel pourrait être le propos de L’amour des Maytree. Cet amour pour un lieu, pour ces vagues qui s’écrasent devant la porte, pour ces dunes qui n’en finissent pas, pour ces pêcheurs, pour ces hommes et ces femmes qui n’ont jamais pu le quitter, car c’est peut-être là l’amour le plus fort, ce qui unit vraiment les Maytree qui ont été mariés pendant quatorze ans et séparés les vingt années qui ont suivi avant de se retrouver réunis à l’heure d’une vie qui s’achève et qui emportera au large les vers qu’il n’aura pas écrits et les toiles qu’elle aura détruites.

Un très beau roman que propose ici Ann Dillard et que je vous invite à lire, sans hésitation.

Tiens, tiens, du vert!

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Ce n’est pas moi qui vais dire à ces feuilles que nous allons vers l’hiver…

La suggestion du 17 novembre 2010

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Et si je proposais à la lectrice de l’artiste Arthur Becher une promenade haute en couleur sous le vent d’autan?

Couleurs d’automne 21

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De quoi donner envie de s’attarder sur son chemin…

Ce que mots vous inspirent 277

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Ce qui est trop clair n’est pas intéressant. (Alexandre Soljenitsyne)

*toile de Gaspare Traversi

À l’heure où…

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Et souvent cette envie de prendre le large. De m’abandonner au vent et à l’océan. Loin de tout, de tous. Près des mots. À l’heure où les jours sont de plus en plus courts. À l’heure où j’entre peu à peu dans la léthargie de la saison à venir.

*toile de William Orpen

En compagnie de Pablo Neruda 9

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Mienne, que ton sommeil repose en mon sommeil.
Amour, douleur, travaux, c’est l’heure de dormir.
Et dans la nuit tournant sur ses roues invisibles
comme l’ambre endormi contre moi tu es pure.

Nulle autre, amour, ne dormira avec mes rêves.
Tu iras, nous irons, sur l’eau du temps, ensemble.
Et dans l’ombre avec moi nulle autre voyageuse
que toi, lune et soleil, toujours mon immortelle.

Ouvertes sont tes mains et leurs poings délicats,
de doux signes sans but en sont déjà tombés
tes eyux se sont fermés comme deux ailes grises.

Que filent leur destin la nuit, le vent, le monde,
moi je ne suis en toi que cette eau qui m’emporte
et sans toi je ne suis plus rien de plus que ton rêve.

Pablo Neruda, La centaine d’amour

*choix de la lectrice de Miklós Barabás

Quand Sternberg se prend pour Dieu

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La déception

Le premier jour, Dieu se créa lui-même. Il fallait bien un commencement à tout.
Un commencement qui le laissait insatisfait. Il était assez lucide en effet pour juger qu’il aurait pu être plus réussi. Physiquement et moralement surtout, car il se trouvait bourré d’insupportables défauts. Parmi lesquels la vanité, la susceptibilité, l’agressivité, l’intolérance, la mesquinerie et la cruauté.
Pour se prouver qu’il n’était pas dupe de lui-même, il se fit un plaisir de créer l’homme à son image.

C’est sur ce ton incisif, ironique, parfois même cynique et caustique que se déploient les nouvelles mises en scène par le non moins mordant Jacques Sternberg qui est, selon moi, l’un des auteurs incontournables de la littérature belge, dans un recueil qui souligne l’omniprésence de Dieu. Et comme c’est toujours le cas avec Sternberg, ce qui fait qu’on aime ou pas, il y a des allers et venues dans le temps, quelques textes fantastiques, mais, et il faut le souligner car c’est là la force de cet Anversois de naissance, des traits d’imagination irrésistibles qui font qu’on rit jaune et qu’on grince des dents.

Ceux qui me lisent depuis un moment savent que j’aime cet auteur. Je l’ai d’ailleurs exprimé ici et , en plus de lui consacrer le dimanche 6 juin 2010.

C’est donc enchantée que j’ai déposé Dieu moi et les autres. Un des rares titres de cet auteur qu’il me restait à lire et que je recommande à ceux qui apprécient l’humour noir et le fantastique. Et qui ne crieront pas au meurtre parce que Dieu est égratigné au passage.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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J’aime les regarder

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J’aime les regarder courir vers l’école le matin. Comme si là les attendaient les plus beaux secrets de l’univers. J’aime les voir se précipiter vers le parc ou à la maison en fin d’après-midi. Comme s’ils avaient tous les mystères du monde à divulguer.

Et alors, je pense à ce poème de Denis Grozdanovitch :

Formule innocente

Les petits enfants reviennent de l’école
par le sentier plein de vent qui ébouriffe leurs cheveux
soulève leurs manteaux.
Ils tiennent leurs lourds cartables
à bout de bras.

Malgré toute la tristesse du soir d’automne
qui s’accumule derrière eux dans les bois assombris
ils ne cessent de rire de gesticuler.

Grâce à la formule magique
de l’enthousiasme innocent
en cet instant sans le savoir
ils écartent facilement
les ogres.

*toile d’Edmund Adler